Tensions Israël-Turquie : comprendre l'escalade en 5 points
Cette semaine, Tel-Aviv a bombardé une base militaire en Syrie, près de la frontière turque. Ce nouvel épisode a déclenché une passe d’armes entre le Premier ministre israélien et le président turc, dégradant encore leur relation. Analyse en cinq points par les correspondants de la RTS.
Israël justifie le bombardement, Ankara répond verbalement
Mardi dernier, à l’aube, la base aérienne d’Abu Duhur est bombardée. Cet aéroport militaire hors service du nord-ouest syrien est situé à quelque 70 km de la frontière turque. La frappe ne fait pas de victimes; elle a tout l’air d’un avertissement.
Quelques heures plus tard, mardi soir, Israël finit par en endosser la responsabilité. Le gouvernement israélien la justifie, disant avoir voulu dissuader la Turquie de déployer des troupes sur cette base syrienne. Selon L’Observatoire syrien des droits de l’Homme, quelques jours plus tôt, une délégation turque se serait bien rendue sur cette base désaffectée, mais Ankara dément catégoriquement toute présence militaire.
Le ministère de la Défense turc a immédiatement condamné l’attaque. "Il n’y avait aucune délégation militaire turque" sur place, ont affirmé les autorités. Elles ont ajouté, jeudi, que la Turquie continuerait "de protéger la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie".
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Infographies.
Accepter Plus d'info
Statu quo ébranlé
Ankara œuvre activement à la reconstruction du pays depuis la chute de Bachar al-Assad et offre notamment un soutien militaire qu’elle dit limité à du conseil et de la formation. Depuis un peu plus d’un an, il existe un statu quo plus ou moins tacite. La Turquie continue de déployer son influence dans le nord de la Syrie, dans la région proche de sa frontière, tandis qu’Israël développe son influence au sud.
En frappant à moins de 100 km de la frontière turque, Israël chercherait à renverser ce statu quo, estiment plusieurs analystes en Turquie. Le pouvoir turc n’a pas l’intention d’éviter le bras de fer et il le poursuit sur d’autres dossiers.
Vendredi, le ministre turc de la Justice a déclaré sur son compte X avoir sollicité Interpol pour émettre un mandat d’arrêt international contre Benjamin Netanyahu dans le cadre d’une enquête sur l’interception de la Flottille internationale pour Gaza, au mois de mai.
Les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées ces derniers temps
Les relations se sont dégradées en particulier ces trois dernières années, au vu des actions d’Israël à Gaza et en Cisjordanie occupée. A la fin de l’année dernière, la justice turque a par exemple émis un mandat d’arrêt contre Benjamin Netanyahu pour génocide. Au printemps 2024, la Turquie avait déjà interrompu ses échanges commerciaux avec Israël.
On ne compte plus les passes d’armes verbales entre Recep Tayyip Erdogan et Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien, lui, accuse le dirigeant turc de soutien au terrorisme en abritant sur son sol des responsables du Hamas. Cette année, dans ce contexte, le gouvernement israélien a également reconnu le génocide arménien, un geste qu’il avait toujours évité de faire jusqu’ici pour ne pas dégrader ses relations avec la Turquie.
Risque-t-on de voir un affrontement direct entre Israël et la Turquie?
Jusqu’à présent, l’hypothèse n’était pas envisagée sérieusement en Turquie. Les deux pays sont en effet des alliés des Etats-Unis. La Turquie est la deuxième armée de l’Otan en nombre d’hommes et son industrie de l’armement a enregistré des avancées remarquées ces dernières années, notamment avec ses drones.
Elle vient par ailleurs de signer un pacte de défense avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, le 7 août, qui intègre un principe de solidarité en cas d’attaque de l’un des pays signataires.
Ouvrir un nouveau front avec la Turquie dans la région apparaît très risqué pour Israël, mais les analystes estiment de plus en plus crédible la multiplication d’affrontements sur les différents théâtres d’opérations où leurs intérêts divergent. Or, la Syrie constitue la principale pomme de discorde. Damas tente de reconstituer son armée, soutenue par la Turquie, tandis qu’Israël y voit une menace pour sa sécurité.
Confrontation en Syrie
Il n'y aura "pas de confrontation directe" entre Israël et la Turquie, affirme de son côté dans Forum Sébastien Boussois, chercheur en relations internationales et directeur de l'Institut géopolitique européen. Selon lui, cette confrontation aura bien lieu "sur un terrain de délocalisation [...] en Syrie".
"Israël compte bien évidemment continuer à avoir la main sur la Syrie, en tout cas permettre ce statu quo et éviter que d'autres puissances régionales puissent petit à petit grignoter du terrain et de l'influence", précise aussi Sébastien Boussois, rappelant que "l'arrivée du président syrien s'est faite avec le concours appuyé de la Turquie".
Un contexte de campagne électorale en Israël
Tom Barack, l’envoyé américain pour la Syrie et ambassadeur en Turquie, suggérait qu’une escalade entre la Turquie et Israël pourrait bien servir les intérêts électoraux du Premier ministre israélien. Une partie de l’opposition israélienne a qualifié la récente frappe en Syrie de "provocation dangereuse".
Le risque de voir une confrontation directe entre la Turquie et Israël pourrait être bien moins important si Benjamin Netanyahu perdait les élections du 27 octobre.
>> Voir aussi les explications du 19h30 :
Ariane Ménage en Israël et Céline Pierre-Magnani en Turquie
Adaptation web: Julie Liardet