Fratrie : l'ordre de naissance influence-t-il le caractère ?

Fratrie : l'ordre de naissance influence-t-il le caractère ?

Grandir avec ou sans frères et sœurs laisse des traces, mais pas forcément celles que l’on imagine. Les études récentes montrent que l’ordre de naissance compte peu, tandis que l’environnement familial et social semble jouer un rôle bien plus important.

Aîné plus intelligent, benjamin plus créatif, enfant unique plus égoïste: les clichés sur la place occupée dans la fratrie ont la vie dure. Mais que dit réellement la recherche? Trois résultats scientifiques viennent bousculer quelques idées reçues.

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SRF 24/09/2026 Aus Einstein

L’idée selon laquelle notre place dans la fratrie façonnerait notre personnalité ne date pas d’hier. Dès le début du XXe siècle, le psychiatre Alfred Adler avançait que les aînés seraient plus responsables et plus intelligents, tandis que les benjamins seraient davantage créatifs et enclins à prendre des risques.

Mais les recherches récentes nuancent fortement cette théorie. Une vaste étude menée sur plus de 20'000 participants en Allemagne, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne n’a constaté pratiquement aucune différence de personnalité liée à l’ordre de naissance.

Une autre étude, publiée en 2024, s’est intéressée plus finement à certains traits, notamment la sincérité et la modestie. Elle relève bien quelques écarts: les enfants du milieu présentent légèrement davantage ces caractéristiques. Mais les différences restent modestes.

Un facteur semble en revanche jouer un rôle plus important: la taille de la famille. Les effets les plus marqués sur la personnalité ont été observés dans les familles de plus de six enfants. L’une des hypothèses avancées par les chercheurs est simple: plus on grandit entouré de frères et sœurs, plus on est amené à coopérer et à composer avec les autres.

Les enfants uniques sont-ils égoïstes?

Egoïstes, gâtés, solitaires: les enfants uniques font aussi l’objet de nombreux préjugés. Une étude publiée en 2024 montre qu’ils obtiennent en moyenne des scores légèrement plus faibles en matière de sincérité et de modestie que les enfants issus de familles nombreuses.

Mais cela signifie-t-il pour autant qu’ils sont plus égocentriques? Plusieurs travaux se sont penchés sur ce cliché, notamment sous l’angle du narcissisme. Deux études concluent que les enfants uniques ne sont pas davantage égocentriques que ceux qui ont grandi avec des frères et sœurs.

La recherche souligne surtout que le développement social ne dépend pas uniquement du cadre familial. La coopération, le partage ou encore la modestie s’apprennent aussi au contact des autres enfants, à la crèche, à l’école ou dans les activités du quotidien.

Les aînés sont-ils plus intelligents?

L’idée selon laquelle les aînés seraient plus intelligents reste largement répandue. Un exemple revient souvent: les premiers astronautes de la Nasa étaient, pour la plupart, des premiers-nés. Mais cette observation tient aussi à un simple effet statistique: toutes les familles avec enfants comptent un aîné, alors qu’elles n’ont pas forcément de deuxième ou de troisième enfant.

D’autres facteurs sociaux entrent également en jeu. Les familles les plus favorisées ont en moyenne moins d’enfants, ce qui peut contribuer à expliquer une partie de l’avantage attribué aux premiers-nés. Le cliché n’est toutefois pas totalement infondé. Dans plusieurs pays occidentaux, les aînés obtiennent en moyenne des résultats légèrement meilleurs aux tests d’intelligence. L’écart reste cependant très faible et difficilement perceptible dans la vie quotidienne.

Surtout, cet avantage n’est pas universel. En Indonésie, par exemple, les aînés ne présentent pas de meilleurs résultats. Dans certains contextes, ils sont au contraire davantage susceptibles de quitter l’école plus tôt pour contribuer aux revenus de la famille. Ces différences suggèrent que le contexte social et éducatif pèse plus que l’ordre de naissance lui-même.

Tobias Müller (SRF)

Baisse de la natalité

Grandir sans frères ni sœurs est une situation de moins en moins rare. À l'échelle mondiale, les taux de natalité sont en baisse: alors que la moyenne avoisinait les 5 enfants par femme dans les années 1960, elle se situe aujourd'hui autour de 2,3.

En Europe, cette moyenne est même inférieure, depuis des décennies, au seuil de 2,1 enfants par femme nécessaire au maintien de la stabilité démographique. En Suisse, le chiffre actuel n'est plus que de 1,28 enfant par femme, soit le niveau le plus bas jamais enregistré (2025).

Dès aujourd'hui, un enfant sur cinq dans le pays est donc enfant unique, une tendance qui ne cesse de croître.