Qui est Jens Spahn, ce député allemand forcé à la démission pour une affaire privée ?
Ce qui devait être un événement heureux pour Jens Spahn a précipité sa chute : l'arrivée de son fils, né par gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis. Le chef des députés chrétiens-démocrates au Bundestag a annoncé sa démission dans un communiqué publié samedi, affirmant : "Mon bonheur personnel est incompatible avec ma fonction politique".
Jens Spahn ne pensait probablement jamais devoir choisir entre sa famille et sa famille politique. Figure centrale de la CDU, l'homme a grandi dans un petit village près de Münster, dans un milieu catholique mais "ouvert", selon ses mots, quant à son homosexualité. À 22 ans, il devient le plus jeune député de l'histoire du Bundestag. Banquier de formation, il se fait remarquer pour ses positions très conservatrices, notamment sur l'immigration et la retraite, contre le regroupement familial et en faveur de la retraite à 70 ans.
Le ministre allemand de la Défense refuse de partager des renseignements avec les ministres de l'extrême droiteLa consécration et un scandale
La consécration arrive lorsque, ministre de la Santé, il doit gérer la pandémie de Covid-19. Mais malgré une omniprésence pendant la crise, on retient surtout de ces années un scandale. Au printemps 2020, son ministère a commandé 5,6 milliards de masques chirurgicaux pour 6 milliards d'euros. Le tout, en se basant sur des estimations de prix trop élevées, pour des produits de mauvaise qualité, selon de nombreux médias.
Parmi les polémiques qui ont secoué Jens Spahn, figure l'achat d'une villa avec son mari à plusieurs millions d'euros dans un quartier huppé de Berlin. Dont le financement interroge.
Résultat : une grande partie des masques, jamais utilisée, a été détruite. Ce scandale a coûté plus de 2 milliards d'euros aux contribuables allemands, selon Der Spiegel. Autre polémique : l'achat d'une villa avec son mari à plusieurs millions d'euros dans un quartier huppé de Berlin, en pleine pandémie. C'est surtout le financement qui interroge : un prêt accordé au couple par une banque liée à un important donateur de la CDU. L'opposition soupçonne un traitement de faveur, Jens Spahn dément. Aucune irrégularité n'a jamais été établie.
"Le statu quo n'est pas une option" pour le régime allemand des retraitesEn inadéquation avec son parti
Pourtant, ce ne sont pas ces polémiques qui lui auront coûté sa place, mais bien une affaire privée. Ouvertement gay, il a épousé Daniel Funke en 2017. Ils ont annoncé la naissance de leur fils Georg, mercredi dernier, dans un post sur Instagram. Mais rapidement, les sorties de Spahn de ces dernières années sur la GPA ont eu raison de son poste. En 2015, il disait notamment : "En tant qu'homme gay et chrétien, j'ai beaucoup de mal à accepter l'idée d'une mère porteuse." Son parti avait même réaffirmé son hostilité face à cette pratique en février dernier, avec un vote en faveur du maintien de l'interdiction. Le chancelier Merz, ainsi qu'une grande partie de la droite conservatrice allemande, voit dans la GPA une possibilité pour les femmes d'être exploitées.
La chute de Spahn tombe alors que la coalition gouvernementale se cherche un nouvel élan : selon le politologue Wolfgang Schröder, cela pourrait sans doute permettre à Friedrich Merz de resserrer les rangs autour de lui, et éviter les dispersions internes entre sa garde rapprochée et une aile plus libérale et plus jeune de son parti, dont Jens Spahn était une figure centrale
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