Qui est Shabana Mahmood, la «dame de fer» de l’immigration au Royaume-Uni?
La secrétaire d’État à l’Intérieur britannique, Shabana Mahmood, a été reconduite à son poste dans le nouveau gouvernement d’Andy Burnham. Issue de l’immigration, elle est à l’origine d’une proposition de loi sur l’asile controversée, même au sein de son camp.
Publié le : 21/07/2026 - 18:57
4 min Temps de lecture
Shabana Mahmood a survécu à ce que le Guardian ou encore le Times britannique ont surnommé la « purge ». À l’inverse de nombreux proches de l’ancien Premier ministre Keir Starmer, cette travailliste de la première heure a été reconduite lundi 20 juillet à son poste de secrétaire d’État à l’Intérieur dans le gouvernement du fraîchement nommé Andy Burnham. Connue comme le fer de lance du durcissement de la politique d’asile, elle s’est targuée dans un post sur son compte X d’avoir « entamé le travail pour une grande réforme, pour sécuriser nos rues et rendre notre système d’immigration juste pour tous. Maintenant, finissons le job ».
Une tâche qui pourrait surprendre pour cette femme politique de confession musulmane et issue de l’immigration. Née à Birmingham de parents pakistanais, Shabana Mahmood passe une partie de son enfance en Arabie saoudite où son père occupe un poste d’ingénieur civil. De retour dans la ville qui l’a vu naître quelques années plus tard, sa famille ouvre une épicerie dans le quartier de Small Heath, dans un centre-ville marqué par l’insécurité. « Son père gardait une batte de cricket derrière la caisse du magasin familial pour repousser les voleurs potentiels », note le Guardian.
Au Royaume-Uni, elle est bercée par les discours de son père, figure du parti travailliste local. Mais selon Parveen Akhtar, chercheuse en politiques et relations internationales à l’université d’Aston qui a retracé le parcours politique de Shabana Mahmood, c’est au lendemain des événements du 11-Septembre qu’elle se politise. Ses origines pakistanaises – pays où le commanditaire des attentats contre les tours jumelles pourrait se cacher – sont régulièrement pointées du doigt. « Elle est tenue responsable pour des faits qui se sont tenus à des milliers de kilomètres », écrit la politologue. Certes, sa famille est issue de l’immigration. Mais d’une immigration légale, qui « respecte les règles », ce qu’elle martèlera plus tard pour justifier ses choix.
Du cabinet fantôme à la loi d'asile
Sa carrière s’envole en 2010 alors qu’elle exerce en tant qu’avocate. Élue au Parlement britannique, elle entre vite au cabinet fantôme – un gouvernement alternatif composé de membres de l’opposition – d’Ed Miliband, également nommé au poste de secrétaire d’État aux Affaires étrangères dans ce nouveau gouvernement. Elle se rapproche alors de Keir Starmer et des sommités du parti jusqu’à devenir, en 2024, secrétaire d’État à la Justice dans le premier gouvernement du désormais ex-Premier ministre, puis de prendre la tête du Home Office, l’équivalent du ministère de l’Intérieur en France.
Elle prend l’immigration illégale à bras le corps, l’un des sujets qui préoccupent l’électorat britannique devant la question économique. En novembre 2025, elle dévoile son texte qu’elle présente comme « la réforme la plus importante du système d'asile britannique depuis une génération ». Statut de réfugié désormais temporaire, résidence permanente permise après 20 ans sur le territoire, regroupement familial limité, expulsion de mineurs et réinterprétation de la Convention européenne des droits de l’Homme par les juges… Une réforme pour « restaurer l’ordre », affirme Shabana Mahmood, fortement critiquée au sein même de son parti.
À lire aussiRoyaume-Uni: le gouvernement face à un torrent de critiques autour de sa réforme de la politique d'asile
Les ONG de défense des droits humains craignent que le gouvernement britannique bafoue son devoir en termes de droit d’asile et, selon le Guardian, une vingtaine de parlementaires travaillistes ont émis des réserves sur les mesures préconisées par la secrétaire d’État à l’Intérieur. « Je ne me suis pas engagé aux côtés des Travaillistes pour que des enfants en difficulté soient placés sur des vols d’expulsion », s’est emporté un député auprès du quotidien britannique. « C’est terrible et tout droit inspiré de la stratégie de l’extrême droite et nous sommes nombreux à ressentir la même chose », s’est inquiété un autre.
La reconduction de Shabana Mahmood pour « terminer le job » n’est en réalité pas une surprise. Si son nom avait circulé dans les couloirs du 10 Downing Street pour s’occuper des Finances, Andy Burnham avait également soutenu sa proposition de loi devant le Parlement. Au final, le projet de loi, amendé par rapport à sa lecture initiale pour « restaurer la confiance de la population au système d’asile », selon les termes de la ministre, a été voté le 13 juillet à 264 voix contre 90.
À lire aussiRoyaume-Uni: «La décentralisation fait partie des grands projets d'Andy Burnham»