Jusqu’où va la science ? - Qui étaient les Dénisoviens?
C’est une première : de très rares fossiles de Dénisoviens, les énigmatiques « cousins » asiatiques de Néandertal, ont été mis au jour dans une grotte du sud-ouest de la Chine, aux côtés des outils en pierre dont ils se servaient. Une découverte exceptionnelle qui nous éclaire sur la vie quotidienne et les capacités de ces anciens humains aujourd’hui disparus.
On sait très peu de choses sur les Dénisoviens. Contemporains des Néandertaliens en Asie, ils ont été décrits pour la première fois en 2010 seulement, grâce à leur ADN. Ce qui a d’ailleurs valu le prix Nobel de médecine au paléo généticien Svante Paabo qui, à partir d’un unique fragment d’auriculaire, exhumé dans la grotte de Denisova en Sibérie, dont l’ADN ne correspondait à aucun type humain connu, a réussi à identifier cette « nouvelle » espèce humaine aujourd’hui disparue. Depuis, d’autres restes fossiles de Dénisoviens ont été découverts, ailleurs en Asie, des fragments de mâchoire, quelques dents et des côtes ont été mis au jour sur le plateau tibétain et jusque dans le détroit de Taïwan. Mais Il a fallu attendre 2025 pour que des chercheurs chinois lui donnent un visage, en identifiant comme dénisovien un crâne complet, exhumé près de Harbin au nord de la Chine, surnommé l’homme dragon à cause de son arcade sourcilière proéminente. C’est le seul crâne complet de Dénisovien identifié à ce jour. D’où l’importance de cette nouvelle découverte, pour la première fois des fragments de crâne et un avant-bras de Dénisovien ont été exhumés parmi plus d’un millier d’outils en os et en pierre et de nombreux ossements de mammifères dans une carrière de la grotte de Bianfu située dans la province du Yunnan au sud-ouest de la Chine. Un véritable trésor archéologique qui donne un aperçu sans précédent de la vie quotidienne et des capacités de ces énigmatiques humains anciens.
Que révèlent ces fossiles et ces outils sur les Dénisoviens ?
D’abord qu’ils savaient fabriquer des outils en os et en pierre, les archéologues chinois qui ont publié cette découverte dans deux articles parus dans la prestigieuse revue Nature ont exhumé des racloirs, des hachoirs et des percuteurs ainsi que des dizaines de milliers d’ossements d’animaux notamment de cerfs et de buffles ce qui montre à quel point les Dénisoviens devaient être des chasseurs expérimentés. Certains os d’animaux montrent des traces de boucherie et même d’extraction de la moelle osseuse. Dégustée peut-être, il y a plus de 100 000 par les Dénisoviens dont la morphologie se dévoile aussi peu à peu. Les fragments de crâne exhumés dans la grotte de Bianfu les rapprochent plus, par leur épaisseur, de Néandertal que de Sapiens. Quant à l’os de l’avant-bras, un fragment de radius analysé par les chercheurs chinois, il montre que, à muscle égal, les Dénisoviens peuvent générer plus de force que les humains actuels chez lesquels les Dénisoviens ont laissé des traces. Leur patrimoine génétique se retrouve chez les Tibétains, mais aussi chez les peuples autochtones des Philippines, de Papouasie Nouvelle Guinée et d’Australie. Les Dénisoviens n’ont pas complétement disparu et les chercheurs sont sur leurs traces de l’extrême nord jusqu’au sud de l’Asie.