Ceuta : qui sont les Marocains qui ont afflué dans l'enclave ?

Ceuta : qui sont les Marocains qui ont afflué dans l'enclave ?

Des dizaines de milliers de Marocains ont fait irruption à Ceuta la semaine passée. Quelques jours après cet afflux, il est toujours difficile de se faire une idée des raisons de celles et ceux qui ont entrepris le passage de la frontière. Matthias Raynal, correspondant de Radio France au Maroc, écarte tout profil-type de ces migrants éphémères.

"C'est un condensé de la société marocaine, tout simplement", explique lundi dans Forum le journaliste, qui a récolté plusieurs témoignages à Fnideq, la petite station balnéaire point de départ de l'impressionnant déplacement.

"Beaucoup de candidats à l'immigration sont des hommes jeunes, parfois mineurs. Beaucoup viennent des zones déshéritées des grandes villes marocaines. Ils ont pour la grande majorité un travail, mais souvent précaire", décrit le reporter, arrivé sur place vendredi, alors que commençait le reflux de ces personnes vers le Maroc.

>> L'interview de Matthias Raynal, correspondant de Radio France au Maroc :

Des migrants tentent de passer du Maroc à l'enclave espagnole de Ceuta, ce jeudi 30 juillet. [KEYSTONE - ANTONIO SEMPERE]KEYSTONE - ANTONIO SEMPERE

Comment expliquer cette vague migratoire spontanée à Ceuta? / Forum / 6 min. / hier à 18:09

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Ouvriers, employés d'hôtel, chauffeurs… Autant de travailleurs qui espèrent quitter le pays maghrébin pour mieux gagner leur vie. "Une jeune femme, ouvrière dans une usine de câblage à Tanger, m'a raconté qu'elle travaillait douze heures par jour", indique Matthias Raynal. "La simple perspective de pouvoir faire le même travail de l'autre côté de la frontière, en Espagne, mais pour un salaire plus élevé, l'a motivée à tenter sa chance."

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Sur un coup de tête

Certains ont pris part au mouvement par opportunisme. "Un chauffeur privé de Casablanca raconte avoir tenté la traversée après avoir conduit à Dakar deux filles qui voulaient, elles aussi, tenter la traversée", relate le journaliste. "Il a décidé de garer sa voiture sur place et de se jeter à l'eau. Il a finalement été rattrapé par un policier. Il voulait partir en Espagne pour trouver un job lui permettant de se débrouiller."

D'autres présentent des profils encore plus singuliers. "Un père de famille de la classe moyenne attendait dans la foule sa fille entrée à Ceuta et dont il n'avait plus de nouvelles", rapporte Matthias Raynal. "Il avait l'air totalement déboussolé. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il était à Fnideq pour les vacances avec sa fille et son fils. Tous deux mineurs, ils ont franchi la frontière sans rien lui dire, emportés par ce flot humain qui s'est dirigé vers Ceuta mercredi et jeudi."

Des Marocains fuient des policiers espagnols après avoir traversé la frontière, le vendredi 31 juillet 2026. [KEYSTONE - ANTONIO SEMPERE]
De jeunes Marocains fuient des policiers espagnols après avoir traversé la frontière, le vendredi 31 juillet 2026. [KEYSTONE - ANTONIO SEMPERE]

Le rôle des réseaux sociaux et des rumeurs qui s'y sont propagées a souvent été avancé pour comprendre l'emballement du mouvement, qui a coûté la vie à au moins 72 personnes.

Reste la question de l'implication de Rabat, soupçonné par certains d'avoir favorisé le déplacement de masse afin de faire pression sur le gouvernement espagnol. En froid avec Madrid, les autorités marocaines n'ont pas encore répondu à ces accusations.

Antoine Michel

Propos recueillis par Thibaut Schaller