Qui sont les sept victimes de violences sexuelles que le Pape rencontrera à Lourdes
La troisième journée du Pape en France sera encore très scrutée. Il rencontrera notamment une victime de l’abbé Pierre et une victime de Notre-Dame de Bétharram.

JEAN-CHRISTOPHE CHARTRE / Hans Lucas via AFP
C’est à Lourdes que le pape Léon XIV rencontrera sept victimes de violences sexuelles.
Léon XIV est arrivé à Lourdes ce samedi pour célébrer ce dimanche 27 septembre, une messe géante face à 200 000 personnes. Derrière lui se dressera la majestueuse basilique Notre-Dame-du-Rosaire. Mais, pour l’occasion, un détail a été modifié : certaines mosaïques de sa façade ont été masquées. Elles représentent en effet le prêtre slovène Marko Rupnik, accusé d’agressions sexuelles.
Peu après son élection, il y a près d’un an, Léon XIV avait pris la décision de retirer toutes les illustrations représentant ce prête sur les sites internet officiels du Vatican. Une décision forte, alors même que le sujet faisait débat. À Lourdes, le souverain pontife sera cette fois directement confronté à la parole de victimes : il doit s’entretenir dans l’après-midi sept victimes de violences sexuelles dans l’Église.
La rencontre aura lieu à huis clos, mais plusieurs victimes ont d’ores et déjà pris la parole. Dans un communiqué commun, elles ont rappelé que « dialoguer ne signifie pas cautionner » et qu’« être reçu ne signifie pas renoncer à notre exigence ».
Ce groupe de sept personnes a été constitué par la Conférence des évêques de France (CEF), qui est chargée d’organiser le déplacement hexagonal du souverain pontife. L’organisme explique avoir créé un groupe « représentatif » des situations et lieux d’agression des victimes au sein de l’Église : hommes et femmes, mineures ou majeures au moment des faits, diversité des territoires et des lieux (enseignement catholique, paroisse, congrégation…). Le HuffPost fait le point sur les profils présents lors de cette rencontre très scrutée.
• Une victime de Notre-Dame de Bétharram
La liste des victimes qui rencontreront le pape illustre les scandales ayant éclaboussé l’Église de France. On y trouve ainsi une victime de viols au sein de l’école Notre-Dame de Bétharram, Jean-Marie Delbos. Il n’était âgé que d’une dizaine d’années lorsqu’il a été agressé par le curé Henri Lamasse, dans les années 50. « Chaque soir, il venait dans notre dortoir. Il nous baissait le slip, mettait la bouche sur nos sexes, passant d’un lit à l’autre », raconte Jean-Marie Delbos, désormais âgé de 80 ans, au Parisien.
Plus de 200 élèves de Notre-Dame de Bétharram ont porté plainte pour des violences physiques et sexuelles, commises entre 1956 et le milieu des années 2000. Le principal collectif des victimes de Bétharram avait sollicité une rencontre avec le pape lors de sa visite en France, qui a été refusée. Une « immense déception », a-t-elle déclaré dans un communiqué, alors que cinq propositions concrètes avaient été préparées pour être remises au souverain pontife.
De son côté, Jean-Marie Delbos affirme qu’il s’en tiendra à son histoire « personnelle » en portant une « revendication » : la dissolution de la congrégation religieuse qui gérait l’établissement. « Il a intérêt à m’écouter », a-t-il confié au Parisien, déterminé.
• Une victime du prêtre Bernard Preynat
Autre dossier bien connu des Français : celui du prêtre Bernard Preynat. Décédé en 2024, ce dernier avait été condamné en 2020 à cinq ans de prison pour avoir agressé sexuellement de jeunes scouts dans le diocèse de Lyon, entre 1971 et 1991. Lors de son procès, la procureure l’avait accusé d’avoir « brisé » des vies et de s’être « servi du silence des parents et du silence de l’Église » pour multiplier ses abus, rappelle Le Monde.
Une de ses victimes, Bertrand Virieux, rencontrera le pape. Scout de ses 7 ans à ses 11 ans, ce dernier servait la messe célébrée par le père Preynat à Saint-Foy-lès-Lyon. « Il me faisait venir dans une pièce sous l’église, m’enlaçait et me demandait de le serrer, caressait mes cheveux, râlait, sortait ma chemise de mon short, me tripotait, il disait que c’était un secret. C’est arrivé une dizaine de fois », avait-il raconté au Temps.
En 2015, Bertrand Virieux a co-fondé l’association « La Parole Libérée » rassemblant des victimes du prêtre Bernard Preynat. Il avait demandé l’année suivante une entrevue avec le pape François, qui lui avait été refusée.
• Deux victimes d’agressions à l’adolescence par des prêtres
Le groupe compte également deux victimes de prêtres français, qui ont raconté leur parcours dans des livres. Véronique Garnier a été agressée par le prêtre de sa paroisse à partir de 13 ans, en 1975. Après quarante ans de silence, elle a raconté son histoire en 2017 en publiant le livre Au troisième jour. « Pendant longtemps j’ai cru que j’avais été la seule à avoir vécu ça. Parce que c’est tellement incroyable qu’un prêtre fasse ça à un enfant… », avait-elle alors expliqué à France Bleu Orléans. « Petit à petit je me suis rendu compte que non seulement il y avait eu beaucoup d’enfants abîmés comme moi au sein de l’Église, mais aussi que plein de gens le savaient. Et ça, ça m’a mis en colère. » Véronique Garnier est aujourd’hui coresponsable, dans le diocèse d’Orléans, d’un service de protection des mineurs et membre du collectif « Foi et Résilience ».
À ses côtés se trouvera Jérôme Guillement, victime à l’adolescence d’un prêtre vendéen. Âgé de 43 ans, il sera le plus jeune membre du groupe. Il a raconté son parcours dans plusieurs ouvrages et témoigné auprès de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase). Il dit également avoir pu se réconcilier avec la foi.
• Une victime de l’abbé Tartu
Olivier Mardi, cofondateur du collectif de victimes « Voix Libérées de Touraine », fait également partie des sept victimes qui rencontreront Léon XIV. Il a été agressé sexuellement dans les années 1970 alors qu’il était membre des « Petits Chanteurs de Touraine », une chorale fondée par l’abbé Tartu. L’abbé Bernard Tartu a été reconnu coupable en novembre 2024 de viols et d’agressions sexuelles sur au moins 21 enfants par le Tribunal pénal canonique national. Il a été condamné à une interdiction perpétuelle d’exercer.
• Une victime de l’abbé Pierre
Les deux derniers participants du groupe ont pour l’instant choisi de rester anonymes. Toutefois, le communiqué publié par les sept victimes indique que l’une d’entre elles a été victime de l’abbé Pierre. Décédée en 2007, cette figure de l’Église et de l’humanitaire français est accusée d’agressions sexuelles depuis 2024.
En amont de leur entrevue avec Léon XIV, les sept victimes ont pu se rencontrer et échanger lors d’une réunion de préparation le 14 septembre. Son contenu est cependant resté assez secret, si bien que l’on ne sait pas pour le moment ce qu’ils ont prévu de dire au souverain pontife. Léon XIV a quant à lui déjà rencontré des victimes d’agressions sexuelles dans l’Église en juin dernier, lors de sa visite en Espagne. Il avait alors promis des « efforts supplémentaires » et « une réponse plus efficace » aux violences sexuelles dans l’Église.