Rainmaker peut-elle vraiment faire pleuvoir avec ses drones ?
l'essentiel Avec ses drones chargés d'iodure d'argent, la société américaine Rainmaker affirme avoir fait tomber davantage de pluie lors d'une expérimentation en Alaska. Une avancée technique par rapport à l'utilisation classique d'avions qui ravive une vieille promesse : aider les nuages à produire plus d'eau quand il en manque cruellement.
Face au manque de pluie, on connaît depuis la moitié du XXe siècle l’ensemencement des nuages. Peut-on aller plus loin avec… des drones ? Rainmaker veut y croire. Le 24 août, cette start-up américaine a publié un rapport présenté comme une validation expérimentale de sa technologie. La veille, dans la péninsule de Kenai, en Alaska, deux drones Elijah avaient, en effet, mené sept missions en trois heures dont l’objectif était de disperser de l’iodure d’argent dans des nuages déjà formés contenant de l’eau surfondue, c’est-à-dire restant liquide sous 0 °C.
Le principe n’est pas nouveau : l’iodure d’argent favorise la formation de cristaux de glace, ceux-ci grossissent puis peuvent tomber sous forme de neige ou de pluie. Rainmaker ne « fabrique » donc pas des nuages mais elle tente d’augmenter les précipitations d’un nuage existant lorsque les conditions sont favorables.
La nouveauté tient davantage à la technologie innovante employée. Rainmaker combine, en effet, des prévisions météorologiques, des satellites, des radars et des drones autonomes. Sa plateforme Stratus repère d’abord les nuages susceptibles d’être ensemencés ; les drones Elijah montent alors jusqu’à plus de 4 500 mètres d’altitude pour disperser les particules. Les radars et satellites tentent ensuite d’en mesurer les effets.
71 millions de litres d'eau !
Lors de l’expérience en Alaska, les drones ont dispersé 19 fusées, soit environ 374 grammes d’iodure d’argent, entre 3,6 et 4,3 kilomètres d’altitude. Le radar aurait ensuite observé sept « signatures d’ensemencement », une après chacune des sept opérations, apparaissant entre 17 et 40 minutes après les lâchers.
Rainmaker avance surtout un chiffre spectaculaire : environ 71 000 mètres cubes d’eau auraient été produits, soit 71 millions de litres !
Une promesse évidemment séduisante dans un monde confronté à des sécheresses plus fréquentes. L’entreprise imagine d’ailleurs de nombreux usages comme renforcer le manteau neigeux, remplir des barrages, recharger des nappes phréatiques, soutenir l’agriculture ou l’hydroélectricité, limiter le risque d’incendie ou encore restaurer certains écosystèmes.
Mais ces résultats doivent être maniés avec prudence. Le rapport est celui de Rainmaker elle-même et il pleuvait déjà faiblement sur la zone. Toute la difficulté consiste donc à distinguer l’eau qui serait tombée naturellement de celle qui aurait réellement été ajoutée par l’ensemencement. L’entreprise utilise pour cela les données radar et plusieurs modèles de calcul, mais reconnaît elle-même des incertitudes liées au radar, à l’évaporation ou encore à la présence de pluie naturelle.
Le résultat le plus intéressant est peut-être ailleurs : sept missions ont été suivies de sept anomalies radar. Une seule observation pourrait relever du hasard ; leur répétition renforce l’idée que les drones ont effectivement modifié les nuages. L’expérience constitue donc une preuve de concept intéressante, mais pas encore la démonstration indépendante que 71 millions de litres d’eau supplémentaires sont tombés.
L'ensemencement existe depuis les années 1940
Surtout, il ne faut pas confondre modification de la météo et contrôle du climat. L’ensemencement des nuages existe depuis les années 1940 et plusieurs pays, dont la Chine, l’utilisent déjà. Mais il ne fait pas pleuvoir sous un ciel bleu, ne crée pas d’humidité là où il n’y en a pas et ne peut pas, à lui seul, mettre fin à une sécheresse.
La géo-ingénierie climatique, elle, va beaucoup plus loin, avec des projets comme l’éclaircissement des nuages marins ou l’injection d’aérosols dans la stratosphère pour réfléchir une partie du rayonnement solaire. Des techniques encore expérimentales et très controversées.
Rainmaker ne propose pas une « machine à pluie » mais plutôt une nouvelle gestion de l’eau : utiliser plus précisément certains épisodes météorologiques pour récupérer quelques précipitations supplémentaires. Une piste potentiellement utile, mais pas encore un robinet dans le ciel.