Raphaël Glucksmann : "Que diable allait-il faire dans cette galère ?"

Raphaël Glucksmann : "Que diable allait-il faire dans cette galère ?"

Chaque samedi Camille Vigogne Le Coat, grand reporter au Nouvel Obs, nous propose son édito politique.

“Que diable allait-il faire dans cette galère ?”, c’est la question moliéresque que se pose ce matin Camille Vigogne en regardant, jeudi soir, le débat de la primaire de la gauche. Une compétition à laquelle le président de place publique a longtemps voulu se soustraire avant de s’y résoudre. Il ne pouvait se passer ni de la machine électorale socialiste, ni de ses financements, et surtout il ne voulait pas prendre le risque d’affronter une candidature concurrente.
Pourtant, cette primaire pourrait faire perdre beaucoup à Raphaël Glucksmann et trois risques principaux se dessinent :

  1. Le premier, c'est celui d’une défaite. Il a beau être favori, Raphaël Glucksmann n’est pas totalement assuré de gagner, il faut le rappeler. Qui sait vraiment ce que réservent ces scrutins insondables, avec un socle électoral inconnu, que sont les primaires semi ouvertes ? Une défaite viendrait clore ses ambitions. Quant à une victoire de peu, ou avec peu de participants, elle amoindrirait sa dynamique.
  2. Le deuxième risque, c’est celui d’un affaiblissement. Ségolène Royal qui le qualifie de stagiaire, n’ayant jamais rien dirigé ? La pique pourrait faire son chemin, et servir à ses adversaires. Tout comme les nombreuses critiques, qui le décrivent en “Macron bis”, pure produit de l’élite trop éloigné des Français.
  3. Et enfin, le risque de rétrécissement. Personne n’accorde assez de capital politique à Emmanuel Maurel ou Jérôme Guedj pour être président de la République en 2027. En s’affichant sur la même ligne de départ que ces élus, Raphaël Glucksmann donne le sentiment de concourir à un congrès socialistes, pas à la présidence de la République.

L’enjeu est pourtant important

Et il dépasse de loin la seule question de Raphaël Glucksmann. "Une sorte de scrutin de la dernière chance pour la social-démocratie française", écrit mon collègue Matthieu Aron dans Le Nouvel Obs cette semaine. Après les échecs cuisants de 2017 et 2022, où Anne Hidalgo récoltait seulement 1.75% des suffrages exprimés. Un panorama dans lesquels les 13.8% de Raphaël Glucksmann aux élections européennes avaient apporté un souffle d’espoir.
Entre-temps, si la gauche socialiste a conservé la plupart de ses élus locaux et de ses députés, ils ne sont toujours pas parvenus à proposer une vision fédératrice, un projet global. Les deux débats passés en sont l’illustration : on s’écharpe toujours sur l’opportunité de s’allier ou non à Jean-Luc Mélenchon, on se dispute pendant des heures sur l’utilisation ou non du mot génocide pour qualifier les massacres de Palestiniens à Gaza. On évoque Jaurès, Blum, Mitterrand, Jospin dans le confort d’un entre soi qui sent la nostalgie, pas la conquête.
En Europe, il existe pourtant des pays où la sociale démocratie remporte des victoires, comme l’Espagne par exemple. Dimanche, un dernier débat aura lieu, cette fois sur BFM TV. Il s’agira de convaincre que cette compétition est un premier pas dans la course présidentielle, et pas une simple course de petits chevaux.