Religion. « Les cathos se réveillent » : 800 000 personnes réunies face au pape pour une gigantesque messe
« Aujourd’hui est jour de fête », ont chanté les fidèles au début de la messe. Et quelle fête ! Quelque 800 000 personnes, selon les chiffres du Vatican, ont assisté à la messe en plein air célébrée par Léon XIV sur la place de la Concorde. Soit 200 000 personnes de plus que ce qui avait été prévu par les organisateurs. Une telle marée humaine que les deux kilomètres des Champs-Élysées ne suffisaient pas pour accueillir tous les fidèles, dont une partie s’est installée sur l’avenue de la Grande Armée, de l’autre côté de la place de l’Étoile. « Les cathos de France se réveillent », se réjouit Nelly, croisée très proche des barrières, place stratégique pour voir passer le pape lors de sa déambulation.
Pour être aussi bien placé, certains se sont levés très tôt. Sur la place de la Concorde, les fidèles se massent aussi contre les barrières bordant le grand chapiteau blanc. Uranda, 60 ans, est arrivée de banlieue parisienne dès 6 heures du matin. La fidèle tenait un véritable compte à rebours depuis l’ouverture de la billetterie, début août. « Il était temps qu’il vienne », s’exclame-t-elle, drapeaux aux couleurs du Vatican et de la France en mains. Malgré les heures à attendre debout et sa mobilité réduite, c’est la joie qui prime : Uranda est « comblée ».
Samedi, quelque 800 000 personnes ont pris part à une gigantesque messe du pape au coeur de Paris. Photo Sipa
« Il y a encore des valeurs qui comptent »
Surtout, elle est mieux installée là qu’agglutinée avec les milliers d’autres personnes qui attendent de passer les contrôles de sécurité. Dans la file d’attente de l’un des accès aux Champs-Élysées, Maxime, sa femme et leurs trois enfants piétinent depuis une heure et demie et s’attendent à devoir patienter une heure de plus. Il est quasiment midi. Les enfants, de 9, 7 et 5 ans commencent à avoir faim, perdent patience. Au plus jeune qui demande s’ils peuvent rentrer chez eux, à Fontainebleau, le père répond que « ce moment est historique. Il faut prendre son mal en patience. » Qu’importe si deux rues noires de monde convergent vers le même sas, « voir autant de catholiques réunis au même endroit, c’est magique ». « Tout ce monde, cela prouve que dans notre pays, il y a encore des valeurs qui comptent, une croyance en quelque chose de bienveillant, d’attentif et d’accueillant », abonde Sophie, arrivée de l’Aisne.
« C‘est un motif de fierté de recevoir le pape, de montrer à cet homme venu de l’autre côté de l’Atlantique que l’Europe est encore chrétienne, que la France a encore des valeurs, une foi vivante », ajoute Amaury de Hauteclocque, ex-patron du Raid, croisé sur les Champs-Élysées. Autour de lui et à la Concorde, la foule ne cesse de grossir. Mais, loin d’impressionner les fidèles, cette marée humaine les réjouit. « Cette communion collective est importante », assure Nadine, 67 ans. « Se rassembler dans une période difficile pour beaucoup de monde, c’est un très beau geste de solidarité et d’espérance », poursuit la Parisienne.
Le pape exhorte les catholiques à affirmer leur foi
Quelques mètres plus loin, à peine remis de la veillée électrique au Stade de France, Albane, Bérénice et Raphaël campaient eux aussi depuis 9 heures sur la place. Malgré la fatigue, les trois jeunes ne voulaient pour rien au monde manquer ce rendez-vous « historique », après avoir chanté à tue-tête la veille. « Ce sentiment d’appartenir à quelque chose est fort et important », témoigne Albane, 27 ans. Quant à Raphaël, il a le sentiment de « voir un grand-père qui donne de bons conseils ».
D’un casse-croûte, d’un jeu de cartes ou de chants, on patiente encore, dans une atmosphère de fête. Et soudain la clameur. Sur les écrans géants, la papamobile apparaît. Le pape va bientôt passer. Alors vite, on juche les enfants sur les épaules, les drapeaux s’agitent. Les fidèles laissent éclater leur joie. Dans le ciel, le soleil perce la grisaille. La messe commence. L’effervescence laisse place à un silence de cathédrale. Chacun se recueille, certains les mains jointes, d’autres paupières closes, ou les yeux rivés sur les écrans. « Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez », exhorte Léon XIV à la fin de son homélie, encourageant les catholiques de France à affirmer leur foi et à faire œuvre d’évangélisation. Après avoir appelé à la sainteté les 80 000 jeunes réunis au Stade de France vendredi soir, la mission est claire.