Religion. Pédocriminalité dans l’Église : l’Inirr passe le relais après plus de 1 900 demandes de réparation
À quelques jours de la venue du pape en France, l’Inirr tire sa révérence. L’heure est aux conclusions pour l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation, née dans le sillage des révélations explosives du rapport Sauvé sur les violences sexuelles dans l’Église en 2021. L’organe, dont le mandat a officiellement pris fin le 31 août, a dévoilé ce mardi son cinquième et dernier bilan d’activités, globalement positif. « Nous avons eu les moyens de travailler en toute indépendance », estime Marie Derain de Vaucresson, la présidente de cette structure laïque, décorrélée de l’Église. Elle doit désormais laisser place à la nouvelle instance d’accompagnement, Renaître, pilotée par les évêques.
Pendant cinq ans, l’Inirr a écouté et accompagné des victimes, toutes mineures au moment des faits. Depuis mars 2022, 1 969 personnes ont adressé une demande de reconnaissance et de réparation et 1 765 d’entre elles ont obtenu une réponse à ce jour. Parmi elles, 67 % sont des hommes et 33 % des femmes. Alors que le rythme s’était stabilisé en 2024, l’annonce de la fin d’activité a provoqué un regain « inédit » des demandes, avec pas moins de 183 sollicitations enregistrées en à peine huit mois.
« On ne me rendra pas l’enfance »
Quand Cécile, 34 ans, reçoit la lettre de reconnaissance de l’Inirr, c’est l’onde de choc. « Cela a permis de croire la petite fille qui n’avait pas pu en parler, et de donner du poids au statut de victime. Mon agresseur étant décédé, il n’y avait pas de justice pénale possible », raconte-t-elle. Selon une étude réalisée début 2026 par l’Institut Robert-Badinter auprès de 254 personnes ayant été accompagnées par l’instance, 89,9 % d’entre elles recherchaient une reconnaissance de ce qu’elles avaient vécu.
La réparation financière était aussi perçue comme une garantie de cette reconnaissance. Elle était en moyenne de 36 430 euros pour un montant maximal de 60 000 euros : jugé insuffisant pour certains au regard des préjudices. En définitive, 70 % des répondants estiment que la justice a été « assez » ou « tout à fait » rendue, quand 27,3 % considèrent qu’elle ne l’a pas été du tout ou pas vraiment. « Oui, justice m’a été rendue, mais cela ne signifie pas que tout a été réparé. On ne me rendra pas l’enfance qui aurait été la mienne », estime Éric, qui s’est heurté aux délais de prescription du côté de la justice. Auprès de l’Inirr, il a trouvé un « accueil rassurant et bienveillant ». « Je n’avais plus à convaincre ni à justifier que ce que j’avais vécu était suffisamment grave », poursuit-il.
« L’indépendance se garantit »
Reste désormais la question de l’après-Inirr. Marie Derain de Vaucresson souhaite que l’instance puisse « laisser une trace pour servir à d’autres dans l’ensemble de la société ». Quelques mois plus tôt, l’annonce du nouveau dispositif, voté en plénière par les évêques en mars 2026, avait jeté un froid. « Du côté des collectifs, la réponse était unanimement contre. Nous n’avons pas été sollicités en amont et ne le sommes toujours pas », témoigne Brigitte, 69 ans, accompagnée par l’Inirr et membre d’un collectif de victime.
« On a réagi avec réticence, mais ce qui a été annoncé n’est pas ce qui est en train de se configurer », reconnaît de son côté Marie Derain de Vaucresson. « À force de réactions, la réponse a été modifiée. » Elle précise que les modalités de fonctionnement restent à définir. Une équipe doit notamment être constituée, tandis que les évêques assurent que la future instance sera indépendante. « Cela ne se décrète pas, mais se garantit », pointe-t-elle. Et de conclure : « Ce qui est sûr, c’est que l’attente des personnes victimes est forte. » En tout cas, le travail de l’organisme n’est pas totalement terminé. Si le mandat est arrivé à échéance, il reste encore 200 personnes à accompagner jusqu’au 31 décembre 2027.