Reportage France - Rentrée scolaire: enseigner le changement climatique, un défi pour les professeurs [1/5]

Reportage France - Rentrée scolaire: enseigner le changement climatique, un défi pour les professeurs [1/5]

Lundi 31 août, c'est la rentrée des enseignantes et enseignants, avant de retrouver leurs élèves le lendemain. Et après un été caniculaire, comment enseigner le changement climatique sans inquiéter sa classe ? Comment démêler les fausses informations et dessiner un futur durable et désirable pour les plus jeunes ? Pour relever ces défis, les professeurs retournent sur les bancs de l'école… pour être formés !

Pour mieux outiller les professeurs de France face à l'enjeu transversal de l'éducation au changement climatique, le programme de formation Climasco, porté notamment par l’Office for Climate Education et soutenu par le ministère de l’Éducation nationale, démarre, en cette rentrée des classes, dans trois académies du pays : Rennes, Créteil et La Réunion. Plusieurs milliers de professeurs et professeurs formateurs seront formés d’ici 2029 et il y a quelques semaines, certains ont eu un avant-goût des ateliers.

À Paris, ce jour-là, ils sont une trentaine à écouter attentivement le scientifique Christophe Cassou leur expliquer le fonctionnement du Giec, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat auquel il participe. « Le Giec ne fait pas de recherche, il fait une compilation de la littérature scientifique. Cette méta-analyse constitue un socle commun de connaissances pour le monde entier et pour tous les acteurs, qu’ils soient politiques, ONG, syndicats ou grands groupes industriels. »

« C’est très important. Vous ne verrez jamais écrit : “Le Giec dit qu’il faut faire quelque chose. Le Giec dit qu’il faut manger végé. Le Giec dit qu’il faut développer les énergies nucléaires”, insiste le scientifique. Le Giec ne dit pas ça : il présente un panel de solutions possibles. Ensuite, suivant cette évaluation, les avantages et les inconvénients des différentes options, c’est aux États de choisir quelle solution est prise. »

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« Aller vers des “futurs désirables” »

Dans leurs écoles, collèges et lycées, ces enseignants abordent déjà le changement climatique avec leurs élèves. Le sujet est même inscrit au programme en France. Pourtant, beaucoup se sentent désemparés : certains manquent de connaissances scientifiques, d’autres de ressources pédagogiques. « Ces questions reviennent souvent : “Pourquoi on doit manger moins de viande ?” ou “Nous, on aime l’automobile. Dès qu’on aura 18 ans, on aura une voiture et on ne prendra plus le bus”, par exemple », témoigne Stéphanie Didot, professeure de lettres, histoire-géographie et éducation civique dans un lycée professionnel, qui enseigne à des élèves en section automobile, électricité ou maintenance industrielle.

Les apprentissages sur le changement climatique entrent parfois en conflit avec ce que disent les familles. Et surtout, tous les professeurs soulignent le défi de transmettre ces enjeux sans provoquer d’éco-anxiété. Ludovic Joubin, enseignant dans l’Ouest de la France, partage cette préoccupation : « On arrive vite à rendre anxieux les élèves, ou même nous, c'est compliqué d’aller vers quelque chose qui n’est pas positif. Donc, l’état d’esprit de l’éducation au changement climatique est en train de changer, souligne le professeur, il s’agit désormais d’aller vers des choses plus positives, des “futurs désirables”, comme cela a été dit plusieurs fois, et de créer des choses que les élèves puissent s’approprier et vers lesquelles ils ont envie d’aller. »

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Prebunker au lieu de debunker

L’objectif de la formation Climasco est aussi de mieux outiller les professeurs face à la désinformation climatique, à laquelle les élèves sont confrontés, particulièrement sur Internet. « Une fois qu’une pièce de désinformation entre dans le système cognitif, notre cerveau la mémorise et la garde. Cela signifie que le travail à faire ensuite est double : démonter la pièce, la “délocaliser” et la substituer par autre chose, explique Elena Pasquinelli, responsable recherche et évaluation à l’Office for Climate Education, qui anime un atelier sur l’esprit critique. C’est pourquoi, dans la recherche sur la désinformation, souvent on propose une autre manière de faire, appelée prebunking. Elle fonctionne comme une vaccination : je te prépare avant que la désinformation n’arrive, en t’expliquant comment elle pourrait se manifester et quels leviers elle pourrait utiliser. »

Prebunker au lieu de debunker, une pratique qui fait mouche auprès des participantes et participants. « L'histoire de l’inoculation, c’était hyper intéressant, de travailler en amont des fake news. C’est vraiment ça, l’enjeu », s'enthousiasme Ludovic Joubin. « Il faut qu’on utilise tous la même méthodologie, surenchérit Stéphanie Didot, avec le même lexique, que ce soit en géographie pour identifier un document ou en sciences. L’important, c’est de donner cette méthodologie aux élèves. »

Autre point fort du programme Climasco, son volet recherche, qui évaluera quelle méthode est la plus efficace pour enseigner les enjeux climatiques.

À écouter dans Les dessous de l'infoxComment la désinformation climatique exploite les vagues de chaleur