REPORTAGE. "On est tous prêts à faire le boulot pour que ça perdure" : audience décisive pour l'entreprise de vélos Lapierre, qui demande son placement en redressement judiciaire
Ce fleuron du vélo français, basé à Dijon (Côte-d'Or) depuis 80 ans, traverse une période difficile depuis le Covid. L'entreprise espère sauver ses 106 emplois et obtenir un peu de temps pour construire une solution viable.
Radio France
Publié le 25/08/2026 08:01
Temps de lecture : 2min
Une audience décisive pour l'avenir d'un des fleurons du vélo français. Mardi 25 août, la direction de Lapierre a rendez-vous au tribunal de commerce de Dijon, qui va statuer sur la demande de l'entreprise d'être placée en redressement judiciaire. Les Cycles Lapierre, qui fêtent leurs 80 ans cette année, traversent une période très critique, entre l'effondrement début août de leur actionnaire, le géant européen du vélo Accell, et les difficultés du marché. L'entreprise dijonnaise espère aujourd'hui sauver ses 106 emplois et faire perdurer un savoir-faire emblématique.
Dans la ville, Lapierre est un patrimoine auquel tout le monde est attaché, et chacun a son histoire avec la marque, comme Viviane, qui n'avait jamais fait de vélo avant que son mari ne lui en achète un, électrique, fabriqué juste à côté de chez elle. "Ça me rend triste, confie-t-elle. Quand j'ai entendu ça, je me suis dit : 'c'est pas possible de perdre une boîte française, dijonnaise, qui est de qualité en plus'."
"Ça va faire encore des gens sans emploi sur le bassin dijonnais, c'est ridicule."
Viviane, Dijonnaise
à franceinfo
Une grande partie des 106 salariés sont en vacances quand, début août, la marque demande son placement en redressement judiciaire : "Comme tout le monde, il y a un fond d'inquiétude quand on parle d'être soit en redressement judiciaire, soit en liquidation, ça implique forcément beaucoup de choses", raconte Antoine Vancanneyt, chef de produit, en charge notamment de choisir les composants des vélos de course.
Son travail le passionne et il est fier de une entreprise. Il travaille notamment sur la création d'un nouveau vélo de route, à partir d'impressions 3D. "Ce n'est pas un boulot comme un autre parce que c'est une entreprise basée à Dijon depuis 80 ans, explique-t-il. C'est une grande famille, on connaît très bien tout le monde, on est tous prêts à faire le boulot pour que ça perdure."
Les salariés ne manquent pas de travail : rien que dans son atelier de Dijon, Lapierre produit 25 000 vélos par an. Le souci aujourd'hui, c'est la trésorerie. U une conséquence de la période Covid : la demande explose, tout le monde veut un vélo, les entreprises mettent quelques mois à recevoir les stocks. Trop tard, la demande a chuté, Lapierre et les autres entreprises se retrouvent avec beaucoup trop de vélos sur les bras. "En 2024, on avait plus de huit entrepôts ici à Dijon pour stocker plus de 45 000 vélos", rappelle William Perrier, le directeur de Lapierre.
"Le stock, ça coûte de l'argent, donc il a fallu remiser, mettre en place tout un tas de mécaniques commerciales, qui ont certes permis de baisser les stocks, mais qui ont surtout eu un impact sur les marges que les entreprises pouvaient dégager."
William Perrier, directeur des Cycles Lapierre
à franceinfo
C'est ce qui a provoqué la faillite du groupe Accell, actionnaire de Lapierre. La marque, désormais seule, et avec peu de marge de manœuvre financière, est au pied du mur. Mais le directeur veut remonter en selle, le redressement judiciaire permettrait de geler les dettes et d'avoir quelques mois pour construire une solution viable. "Quand on parle de Lapierre, on parle de Thibaut Pinot sur le Tour de France, de produits emblématiques dans le VTT, poursuit William Perrier. La marque a une ADN, c'est la raison pour laquelle on se bat, parce qu'au-delà de l'histoire, il y a surtout un futur à écrire."
Un futur qui doit se dessiner dès mardi matin au tribunal de commerce de Dijon. William Perrier a reçu de nombreux messages de soutien, notamment de ses clients, les revendeurs de vélos Lapierre. Ils sont plus de 800 en France.
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