Running. « Cap ou pas cap ? » : deux tontons défient leur neveu au marathon du Run in Lyon

Running. « Cap ou pas cap ? » : deux tontons défient leur neveu au marathon du Run in Lyon

Il pensait simplement lancer une blague… C’était sans compter sur son oncle Francis. L’an dernier, en passant devant le départ du Run in Lyon, Maxence prend une photo et l’envoie à Francis, installé à New York et habitué des marathons. « Viens le faire l’année prochaine », lui lance-t-il, sans imaginer que la plaisanterie allait se retourner contre lui.

Un mois plus tard, Francis répond avec une photo de son inscription. Et quatre mots : « Cap ou pas cap ? » Cette fois, impossible de se défiler. Et puisque tant qu’à faire, autant embarquer toute la famille, le défi est aussi lancé à Vincent, son autre oncle. Marathonien régulier vivant à Évian, celui-ci ne tergiverse pas : il s’inscrit le soir même.

« Surtout pas dernier de la famille »

Dimanche prochain, les trois hommes seront donc réunis sur la même ligne de départ. Avec une règle non écrite : finir la course, oui. Mais surtout pas dernier de la famille.

Sur le papier, le plus jeune a tout à apprendre. À 24 ans, le footeux de Lentilly, Maxence, découvrira le marathon. En face, Francis, 61 ans, connaît les pièges des 42,195 km. Il a couru six fois le marathon de New York, deux fois Paris et Berlin l’an dernier. Entre les deux, Vincent, la quarantaine passée, s’apprête à disputer son 20e marathon.

Trois générations, trois expériences, trois façons d’aborder la même distance.

Francis, le vieux briscard

Pour Francis, le marathon est devenu une affaire de longue date. Depuis près de vingt ans, les 42,195 km rythment sa vie. En 2010, le tirage au sort du marathon de New York lui offre sa première expérience : « Ça a été incroyablement difficile de terminer. J’avais des crampes partout. Mais j’ai adoré. Donc j’ai voulu recommencer », raconte le conseiller en technologie chez Accenture, qui avale 40 à 50 km par semaine.

À Lyon, il vise autour de quatre heures de course. Mais dimanche, le chrono ne sera pas son seul objectif. Il aura aussi un neveu à accompagner. « Si je peux aider Maxence à aller au bout pour son premier marathon, ce sera un passage de témoin. »

Un tonton bienveillant… jusqu’à un certain point. Car derrière le sourire, l’esprit de compétition veille. « Mon objectif secret, ce n’est pas d’être le dernier parce que j’ai plus de 60 ans. Si je peux finir à leur niveau ou devant, je ne vais pas me gêner. »

Vincent, tonton Major

L’esprit de compétition, son demi-frère Vincent le connaît bien. Avec un record en 3 h 26 et une pratique régulière de la course à pied, le matelot sur les bateaux à vapeur de la CGN sur le lac Léman a de sérieux arguments à faire valoir. Mais derrière l’envie de jouer devant, c’est surtout ce que la course lui offre qu’il vient chercher : une parenthèse.

« C’est un moment méditatif, j’aime bien cette sensation de plénitude dans le sport. » Une passion qui déborde même sur les vacances, qu’il organise en fonction des marathons qu’il veut courir : Berlin, Londres, New York, Chicago, Boston… et bientôt Tokyo. « Au mois de mars, j’irai m’aligner sur le sixième Major. C’est le rêve que je me fixe depuis 2019 de faire les six Majors historiques. »

Mais dimanche, difficile d’imaginer Vincent se contenter de profiter du moment. Il jettera forcément un œil derrière lui avant la ligne d’arrivée. D’autant qu’il sait que Maxence possède un petit avantage : il connaît Lyon.

Maxence, l’avantage du terrain

Maxence vit place Carnot depuis sept ans. Il a donc passé les dernières semaines à apprivoiser le parcours lyonnais. « Je suis allé faire des repérages. Les 20 derniers, ce sont ceux que je connais le mieux. J’espère que ça sera moins dur », explique celui qui s’octroie trois sorties hebdomadaires.

Reste une inconnue de taille : aura-t-il encore des jambes après le 35e kilomètre ? Car pour l’étudiant en droit, le marathon reste une terre inconnue. « Ça va être la découverte du 42 km le jour J. Déjà, plus de 25 kilomètres, ça va être la découverte. »

Au point de se demander, parfois, pourquoi il s’est embarqué là-dedans. « Parfois, je me dis : “Pourquoi je ne les ai pas laissés tous les deux ?” » Même au stade, l’idée lui a traversé l’esprit. Lors d’OL-Rennes, il glisse à son père : « Mon dossard, je vais le laisser à Bidstrup (milieu lyonnais) , il a l’air d’être prêt à les faire les 42 km. »

« Je vais laisser mon dossard à Bidstrup »

Derrière les doutes, l’envie de jouer le jeu est là. Et même de pousser jusqu’au bout le duel familial. « Mon objectif, c’est d’être avec Francis le plus longtemps possible. Après, si j’ai encore des cannes pour sprinter dans les 200 derniers mètres pour finir devant lui, je le ferai peut-être. Encore faut-il avoir les jambes pour suivre. Et, surtout, pour accélérer. »

Le décor est planté. 42,195 km pour se retrouver. Et peut-être 200 m pour se départager. Cap ou pas cap ?

Maxence Hintermann et son oncle Francis à l’entraînement cet été.  Photo Maxence Hintermann

Le jeu des pronos : qui va chambrer qui ?

Maxence : « Vincent, le favori »

« Vincent, c’est le favori. Je mets Francis en 2 et moi en 3 pour ne pas me mettre de pression. Mon objectif, ce sera surtout de rester avec Francis le plus longtemps possible. Mais finir dernier des trois, en étant le plus jeune, ça m’énerverait un peu ! Après, je sais que j’ai le moins d’expérience. Pour une première, déjà finir le marathon, ce sera pas mal. Et si je finis dernier, on dira qu’il faudra le refaire la prochaine fois ! »

Francis : « Je peux finir deuxième »

« Je mets Vincent premier. Il est dans la force de l’âge, et je pense qu’il a la caisse pour bien terminer. Maxence, avec sa jeunesse, a tout pour finir devant moi. Mais son entraînement a été assez light pour un marathon. Donc je me dis que je peux terminer deuxième. »

Vincent : « Attention au départ »

« Maxence est jeune, il fait du foot, il est assez athlétique. Après, il m’a un peu caché ses statistiques, donc je ne sais pas vraiment ce que ça va donner ! Il peut compter sur sa jeunesse. Mais sur marathon, l’expérience compte aussi. Si on part trop vite, on le paie très cher à la fin. Alors, est-ce qu’il va partir un peu fort ? »