Sa rencontre avec Beyoncé, la proposition d'Albert de Monaco, une danse avec Usain Bolt : Kim Gevaert se livre dans notre interview "à l'ancienne"

Sa rencontre avec Beyoncé, la proposition d'Albert de Monaco, une danse avec Usain Bolt : Kim Gevaert se livre dans notre interview "à l'ancienne"

Elle a écrit quelques-unes des plus belles pages de l'athlétisme belge, notamment grâce au relais 4 x 100 m avec lequel elle a remporté une médaille d'or olympique, en 2008, à Pékin, et une médaille de bronze mondiale, en 2007, à Osaka. Mais Kim Gevaert, c'est aussi deux médailles d'or aux championnats d'Europe en 2006, trois titres européens en salle, deux médailles d'argent à l'Euro 2002, une médaille d'argent aux Mondiaux en salle 2004, et une médaille de bronze aux Mondiaux indoor 2006.

Sans oublier de nombreuses finales internationales et places d'honneur, dont une finale olympique sur 200 m en 2004 à Athènes (5e) et deux finales mondiales en 2005 et 2007, respectivement sur 200 m et sur 100 m.

Kim Gevaert est aujourd'hui la directrice du Mémorial Van Damme, où elle compte 11 participations et 5 victoires, la dernière le 5 septembre 2008, jour où elle a mis fin à sa carrière.

Kim, racontez-nous les émotions qui vous ont traversée ce jour-là.

Toute cette semaine était très émouvante. J'avais été un peu blessée toute la saison et j'avais peur de ne pas pouvoir terminer cette course ! J'ai essayé de rester calme parce que quand on réalise que c'est la dernière, on peut vraiment paniquer. Finalement j'ai gagné en 11.25. Et j'ai eu droit à un tour d'honneur sur la musique d'Andrea Bocelli "Con te Partiro", c'était super émouvant, les gens pleuraient dans le stade. J'ai adressé un mot au public, Koen et Chris Wauters ont interprété une chanson écrite pour moi, puis Usain Bolt et les filles du 4x100m sont venus autour du podium. Inoubliable ! J'aurais pu continuer un an ou deux, mais j'ai aussi eu la chance d'avoir quatre enfants ensuite. Avoir une grande famille était un rêve pour mon mari et moi.

Kim Gevaert en interview pour A l'ancienne
Kim Gevaert s'est replongée pour nous dans ses souvenirs.

Quel a été votre plus grand moment de bonheur sur la piste ?

C'est difficile parce que chaque course évoque des émotions différentes. Chaque médaille, on les aime comme nos enfants. L'or olympique était quelque chose d'inoubliable, surtout avec l'équipe, mais je pense aussi à mon tout premier titre de championne d'Europe indoor à Vienne en 2002. J'étais complètement perdue au niveau émotionnel ! C'était tellement inattendu et tellement beau en même temps. Et puis bien sûr il y a mes deux médailles d'or à Göteborg, dont l'une juste après le sacre de Tia Hellebaut à la hauteur ; ça aussi, c'était très spécial. Enfin je suis très fière de ma finale du 100m à Osaka où je suis arrivée à 4 centièmes de Veronica Campbell : pour moi c'était ma meilleure course dans un championnat mondial.

Une Olympiade, une médaille noir-jaune-rouge (5/9) avec Hanna Mariën : "Nous étions à la limite physiquement et avons donné notre corps en finale !"

Aviez-vous un stade préféré ?

Le stade Roi Baudouin reste pour moi le stade qui vient en numéro 1, aussi grâce à ses spectateurs super enthousiastes à chaque fois. À l'étranger je dirais Pékin ; je me rappelle avoir été vraiment très impressionnée, c'était quand même environ 80 000 personnes. Le stade de France, à Paris, était aussi un stade immense et j'adorais courir à Monaco, pour l'atmosphère, ou à Oslo avec des spectateurs très proches des athlètes.

A contrario, quel est le stade le plus déprimant ?

Je me souviens d'une compétition à Dublin, dans un petit stade indoor (je pense que c'était ma toute première fois en dehors de la Belgique), et il faisait tellement froid qu'on courait avec nos gants. En plus, quand on faisait le 200m, il y avait un poteau un peu dans le chemin et quand on était au couloir 1 ou 2, on ne pouvait pas trop se pencher... (rires)

Parmi toutes les destinations où vous vous êtes rendue, quelle était votre ville préférée ?

Valence me vient tout de suite à l'esprit, j'étais affiliée en Espagne au club de Valencia Terra y Mar. J'y passais peut-être deux semaines par an seulement mais avec la piste dans les jardins du Turia, c'est vraiment très beau. J'aimais beaucoup passer du temps dans cette ville.

epa00802045 Belgian Kim Gevaert wins the 200m women's race at the Memorial Van Damme IAAF Golden League athletics meeting, Friday 25 August 2006 in Brussels. EPA/YVES BOUCAU/ERIC LALMAND/VIRGINIE LEFOUR
La sprinteuse brabançonne a fait les beaux jours de notre athlétisme. ©EPA

Quel est le plus grand talent que vous ayez côtoyé ?

Je pense que c'était Allyson Felix. Quand elle a fait ses premiers meetings internationaux, je me souviens de sa silhouette si fine, à l'opposé de la morphologie d'une Véronica Campbell ou d'une Merlene Ottey, qui sont très musclées. Mais elle était tellement rapide ! Et effectivement elle est devenue l'athlète la plus médaillée.

Quelle était la personne la plus drôle sur le circuit ?

C'est clair que j'ai beaucoup rigolé aussi pendant mes années d'athlète de haut niveau, particulièrement avec Elodie Ouedraogo. On partageait souvent une chambre et je me souviens de soirées où on avait les larmes aux yeux tellement on rigolait. Les garçons disaient toujours : 'Votre chambre est plus sale que la nôtre', ils étaient choqués. (rires) On n'était pas très ordonnées au début, mais après ça a été un peu mieux.

Leuven - Florida cafe: équipe de Belgique féminine de relais 4 × 100 mètres - Olivia Borlée, Hanna Mariën, Élodie Ouédraogo et Kim Gevaert. A Leuven le 27 juin 2022 (JC Guillaume)
Les filles du relais 4x100m, que nous avions réunies en 2022, restent très liées. ©JC Guillaume

Usain Bolt, qui mêlait talent et humour, vous le connaissiez bien ?

C'est une très chouette personnalité, absolument ! Il était toujours présent à la fête après les grands championnats, il dansait beaucoup et oui j'ai dansé avec lui aussi, comme avec Asafa Powell... On se connaissait tous très bien.

Quels étaient vos autres amis sur le circuit ?

J'avais un très bon contact avec Ivet Lalova, la sprinteuse bulgare, et avec les Françaises Muriel Hurtis, Odiah Sidibé Fabé Dia. J'ai vraiment commencé à bien les connaître à l'époque de la Coupe du monde, une sorte de compétition entre continents. J'étais réserviste pour le 4x100m avec les Françaises et on s'est bien amusées !

Quelle est la fille que vous préfériez éviter ?

Zhanna Pintusevich-Block était spéciale : adorable et souriante avant et après la compétition, mais à l'échauffement, elle endossait un autre rôle. Dans les starting blocs, elle était vraiment méchante. À l'échauffement, par exemple, elle allait faire un déboulé en te frôlant, juste pour t'intimider. Aux Jeux d'Athènes, au moment où tout le monde devait être silencieux, elle criait pour te déconcentrer et je dois dire que la première foi,s ça avait fonctionné. Ensuite, j'ai trouvé une manière de me mettre dans ma bulle et ça ne me faisait plus rien.

Mémorial Ivo Van Damme 2003 / Kim Gevaert
Kim Gevaert lors du Mémorial Van Damme en 2003.

Son nom est associé au dopage. Votre génération a connu de nombreux cas et cela vous a peut-être privée de meilleurs résultats.

Il y avait eu l'affaire Balco avec Marion Jones, l'histoire avec la Grecque Ekaterini Thanou, derrière qui j'avais terminé deuxème sur 100m en 2002, alors oui quelques médailles auraient peut-être pu être d'une autre couleur. Aux Mondiaux de Paris en 2003, beaucoup d'athlètes ont vu leurs résultats annulés. Je n'ai pas réussi à entrer en finale sur 200 m mais avec toutes les filles qui ont été positives lors des contrôles réalisés, j'aurais été 6e voire 5e. Là, oui, c'est dommage.

Quel a été votre plus grand moment de honte ou de gêne ?

guillement

Je me suis disputée un jour avec une stewardess de British Airways.

Il y en a eu, certainement, mais qu'est-ce que j'ai envie de partager ? (rires) Au cours de voyages, plusieurs fois je suis arrivée en retard et on a dû appeler mon nom dans l'aéroport. Cela énervait notre coach Rudi Diels qui, lui, était toujours super ponctuel. Je me suis aussi disputée un jour avec une stewardess de British Airways parce que mon sac était trop lourd. D'habitude je ne dirais jamais cette phrase : 'Vous ne savez pas qui on est, nous sommes des athlètes olympiques.' Mais là je l'ai prononcée et j'ai même téléphoné à Denise Lewis pour essayer de convaincre cette dame. Cela n'avait pas fonctionné...

Kim Gevaert en interview pour A l'ancienne
Kim Gevaert a accepté de dévoiler l'un ou l'autre moment de gêne.

Quel a été le point le plus bas de votre carrière ?

J'en vois deux. En 2000, j'avais accumulé les blessures alors que j'étais qualifiée pour les Jeux et je n'ai pas réussi à montrer ma forme au Mémorial. C'était super dur ! En même temps, j'étais tellement fâchée que ça m'a donné de l'énergie pour m'entraîner plus dur ensuite. Et bien sûr en 2008, à Pékin, où j'ai raté mon départ en demi-finales du 100m. Je pensais qu'il y avait eu un faux départ mais le starter n'a pas rappelé les concurrentes. J'ai fait 11.30.

Si on vous donnait l'occasion de refaire une course, ce serait celle-là ?

Oui, sans aucun doute ! J'avais les qualités pour disputer la finale olympique du 100 m, ce que j'ai réussi d'ailleurs en 200 m, et ce jour-là j'aurais pu le faire, je pense.

guillement

Mon plus grand regret est de ne pas avoir couru sous les 11 secondes sur 100m.

Quel est l'accomplissement qui manque à votre palmarès ?

Mon plus grand regret est de ne pas avoir couru sous les 11 secondes sur 100m parce qu'à l'entraînement je le faisais. Surtout la dernière année, j'ai commencé ma saison outdoor en 11.05 à Nivelles pendant les interclubs, toute seule, et je ne comprends toujours pas comment j'ai fait ça aussi facilement. C'est comme si mon corps n'avait pas réussi à gérer toute cette vitesse, et mes problèmes de tendons sont malheureusement revenus.

Notre compatriote a réussi le doublé,en 2006, à l'Euro de Göteborg.
Notre compatriote a réussi le doublé,en 2006, à l'Euro de Göteborg. ©Photo News

Quelle est la médaille que vous avez le plus fêtée ?

Je pense que c'était la toute première en 2002 ! Ma médaille d'or indoor sur 60 m. On n'en dira pas plus. (sourire)

Quelle est la personnalité que vous n'auriez jamais pu rencontrer si vous n'aviez pas fait cette carrière ?

Déjà, Tia Hellebaut. Notre évolution très similaire dans la vie et dans notre carrière a créé quelque chose de spécial entre nous. En dehors du sport, je dirais le roi Philippe et la reine Mathilde. J'ai même pu aller manger avec eux au Château de Laeken. Je suis aussi allée voir beaucoup de concerts grâce à certains de mes contacts. J'ai ainsi pu parler un peu avec Beyoncé, à l'époque de Destiny's Child, c'était très spécial ! Et j'ai vu Albert de Monaco plusieurs fois. Après la fête des Mondiaux d'Helsinki, alors que les discothèques devaient fermer assez tôt, une limousine s'est arrêtée devant moi et quand la fenêtre à l'arrière s'est abaissée, j'ai aperçu le Prince. Il m'a pris la main, l'a embrassée et a proposé de me reconduire à mon hôtel. J'ai décliné, préférant rentrer avec les autres filles en taxi, mais c'est un chouette souvenir.

Vous aviez deux surnoms à l'époque, "Killing Kim" et "la Gazelle de Kampenhout", lequel préfériez-vous ?

La Gazelle, quand même ! Avec les filles du relais, on nous appelait aussi les Spice Girls, c'était encore pire. C'était un peu pour se moquer de nous. Les surnoms actuels, les Falcons, les Tornados ou les Cheetahs sonnent quand même mieux que les Spice Girls.

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