« Saint Augustin, intercède pour nous, demande à Dieu de nous donner les pluies dont nous avons besoin toute l’année  » : près de Nice, une étonnante tradition pour faire venir la pluie

« Saint Augustin, intercède pour nous, demande à Dieu de nous donner les pluies dont nous avons besoin toute l’année  » : près de Nice, une étonnante tradition pour faire venir la pluie

On l’appelle le « trempage copieux ». Chaque année à L’Escarène, à l’occasion de la Saint-Augustin qui est fêtée le 28 août, une procession un peu particulière se déroule autour de la petite chapelle Saint-Pancrace, perchée sur les hauteurs du village de l’arrière-pays niçois.

Rachelle Tobon, 100 ans, est une habituée du « pèlerinage ». Assise devant la chapelle ce dimanche 30 août, elle attend à l’ombre le début de la messe dominicale, qui précède la cérémonie. Cette année, elle est montée en voiture, par une route sinueuse où deux véhicules peuvent difficilement se croiser. « Tous les ans, on vient pour invoquer la pluie. À l’époque, on montait à pied par un raccourci, c’était plus rapide qu’en voiture », plaisante-t-elle. Est-ce que ça fonctionne ? « Pas vraiment », répond la centenaire dans un éclat de rire.

Peu importe, le site est magnifique. La chapelle, construite en 1697, a été rénovée en 2023. Entourée d’oliviers, elle surplombe la vallée des Paillons. À l’horizon, le village perché de Touët-de-l’Escarène se détache, entouré de crêtes plus hautes les unes que les autres. Au XVIIIe siècle, la chapelle, de par sa position stratégique, avait été transformée en fortin pendant la guerre de succession d’Autriche.

L’Escarène : des dons pour Saint-Pancrace

Une petite cinquantaine de paroissiens sont présents. Les plus courageux sont montés à pied, partis du village en contrebas. « Depuis qu’on est à la retraite, tous les ans on monte à pied », racontent Roger et Betty Aris, un couple presque octogénaire de L’Escarène. « Quand j’étais enfant de chœur, je montais à pied aussi, enchaîne Roger, adepte de la randonnée. Ça me fait toujours rire de voir des gens assez jeunes monter en voiture, mais bon ici, la tradition, la religion, c’est fini, tout est fini. À Blausasc, il y a beaucoup plus de monde. »

La statue de Saint-Augustin est portée hors de la chapelle pour être mouillée.
La statue de Saint-Augustin est portée hors de la chapelle pour être mouillée.
Dylan Meiffret / Nice-matin

« Une tradition qui remonte à la nuit des temps »

Jean-Pierre Bellomia, retraité, officie comme organiste depuis un sacré bout de temps. Et connaît bien la tradition. « Au début, ce n’était qu’une prière pour saint Augustin, réputé apporter la pluie lors des années de sécheresse, raconte-t-il. Petit à petit, pour accentuer la prière, on s’est mis à tremper les pieds de la statue dans l’eau. Mais ce n’était pas systématique, c’était uniquement les années de grande sécheresse. Ensuite, on faisait trois fois le tour de la chapelle. Mais c’est une tradition qui remonte à la nuit des temps. »

Avant le « trempage copieux », la statue de saint Augustin est portée en procession autour de la chapelle.
Avant le « trempage copieux », la statue de saint Augustin est portée en procession autour de la chapelle.
Dylan Meiffret / Nice-matin

À l’époque, tout le monde partait à pied du village, en bas. « Un grand feu était même allumé sur le parvis de la chapelle pour rappeler aux Escarénois que le lendemain, il y avait la procession. Et les gens venaient passer la journée ici, mangeaient ensemble. Avant, c’était très festif, il y avait beaucoup plus de monde qu’aujourd’hui », ajoute Jean-Pierre Bellomia.

À 10 h 45, la messe dominicale classique commence, célébrée par le père Jean-Guy. Après une heure, vient le moment de la rogation : une sorte d’invocation au ciel pour favoriser les récoltes comme il en existe sur tous les continents, qui remonte à des temps immémoriaux, et qui a donc pris ici le nom de « trempage copieux ».

La statue de saint Augustin devant la chapelle de Saint-Pancrace, avant le « mouillage copieux ».
La statue de saint Augustin devant la chapelle de Saint-Pancrace, avant le « mouillage copieux ».
Dylan Meiffret / Nice-matin

« Saint Augustin, intercède pour nous »

La statue de saint Augustin est sortie de la chapelle, portée en procession autour de cette dernière, avec moult chants religieux et bénédictions. Trois tours. Puis, la maire Céline Duquesne plonge ses mains dans une bassine, et mouille copieusement les pieds de la statue. Avant une ultime supplique du père Jean-Guy, appuyée par de grands coups de goupillon : « Saint Augustin, intercède pour nous, demande à Dieu de nous donner les pluies dont nous avons besoin toute l’année. Amen. »

Le père Jean-Guy bénit la statue de saint Augustin à l’issue du « trempage copieux ».
Le père Jean-Guy bénit la statue de saint Augustin à l’issue du « trempage copieux ».
Dylan Meiffret / Nice-matin

Fin de la cérémonie. C’est l’heure du verre (profane) de l’amitié. L’année prochaine, la maire Céline Duquesne dit vouloir redonner un coup de peps à la tradition. « On essaiera d’organiser un gros pique-nique, avec un départ à pied depuis le village pour ceux qui veulent. » La météo, elle, n’annonce pas une goutte de pluie de la semaine.