Salut à vous, le mur citoyen de la dernière chance pour garder Esperanzah! à Floreffe: "Avoir un festival à côté de chez soi, c'est un trésor!"
"Il faut faire quelque chose." Début août, le festival faisait ses cartons dans le concert métallique du démontage, quand les équipes ont vu débarquer Loïc Melebeck, appareil photo à la main, prenant des notes. S'il avait participé au festival tout le week-end, en famille et entre amis, il revenait cette fois pour documenter l'enracinement plus que le déracinement du festival à Floreffe. Dans sa tête, germait le projet Salut à vous, une initiative indépendante et respectueuse, une carte blanche sous la forme d'un site internet et d'un mur permettant à qui veut de laisser son témoignage sur Esperanzah! et sa présence à Floreffe.Depuis treize ans, ce graphiste de formation habite la commune sambrienne, en face du camping festif (dans lequel il a fait l'une ou l'autre incursion pirate, évidemment). Ce quadragénaire ne peut pas concevoir que, l'été prochain, Floreffe ne soit pas à la fête. Il est un festivalier convaincu (pas qu'à Esperanzah!): "J'ai participé à la première édition, pour voir Tryo, dont j'étais fan. Sinon, quand j'étais jeune, je préférais Dour."
En venant s'installer à Floreffe, Loïc est tombé amoureux d'Esperanzah! et en a des brûlants et émouvants souvenirs: Zaho de Sagazan, The Broken Circle Breakdown Bluegrass Band, Radio Bistrot, la Turbine… "Pour moi, c'est un trésor d'avoir un festival à côté de chez soi. Ce n'est pas seulement cool, c'est essentiel. Mon rapport aux festivals a évolué quand je suis devenu papa. Ma fille a dix ans, aujourd'hui, je l'ai emmenée progressivement, au-delà de l'aspect festif, elle a découvert la culture. On s'y éduque en tant que citoyen. À Esperanzah!, il n'y a pas 20 000 stands de pub dédiés à des grosses marques, il y a mille choses à voir en dehors des concerts. C'est un événement qui s'est vu plus petit, s'est réorganisé.Puis, j'y ai croisé des Floreffois que je n'imaginais jamais aller à Esperanzah! Ils se plaisaient bien. J'ai fait plus ample connaissance avec des voisins du bout de la rue, comme ça."
Impuissant, Loïc a assisté à la déliquescence des relations entre les organisateurs, les autorités communales et les propriétaires de l'abbaye. Impuissant, vraiment? "Un peu naïvement, je me suis dit qu'on pouvait faire en sorte qu'ils se reparlent. J'ai envoyé ma carte blanche aux trois parties. Je n'ai à ce jour reçu réponse que des directeurs d'Esperanzah! Pour les autres, silence radio. Ça me semblait trop facile. Je pense qu'on a vite tendance à oublier que les élus ne sont pas là pour gouverner, mais pour nous représenter."
Et question représentativité, Loïc a mis dans la boucle un quatrième acteur: les voisins, les Floreffois. "Le mur, que j'ai imaginé sur mon site, donne la parole aux citoyens, aux commerçants qui, comme moi étaient tristes, en colère." Si l'on pouvait croire, à la lecture des réseaux, ces dernières années, que le festival avait de nombreux détracteurs à Floreffe, l'annonce de son départ a fait naître un important mouvement de soutien. Nonante-huit personnes ont posé leur voix sur le Mur de Salut à vous.
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