Sans-abri, squats, campements... à Toulouse, la délicate mission de la nouvelle délégation municipale, trois mois après la polémique
l'essentiel Créée au printemps, la délégation municipale de "lutte contre les nuisances liées à la marginalité, aux squats et aux campements" avait suscité une vive polémique. Trois mois plus tard, au-delà de son intitulé, elle remet en lumière une réalité complexe : celle d'une précarité qui s'installe durablement dans les rues de Toulouse et d'une collectivité en quête de réponses.
L'intitulé avait fait bondir les associations et l'opposition municipale. Dès sa création, la délégation de "lutte contre les nuisances liées à la marginalité, aux squats et aux campements" était accusée de réduire les personnes sans-abri à une source de nuisances. Trois mois plus tard, son responsable, Jean-Charles Piteau, reconnaît que les mots ont pu heurter. "Moi-même, je n'aurais peut-être pas utilisé ces mots-là", assure-t-il. L'élu regrette toutefois que le débat se soit concentré sur l'intitulé plutôt que sur les enjeux de fond.
Une précarité qui s'installe
Car derrière cette polémique, les chiffres donnent le tournis. En Occitanie, 18,6 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. À Toulouse, la dernière Nuit de la solidarité a recensé près d'un millier de personnes sans résidence stable. La mairie reçoit par ailleurs près de 500 réclamations de riverains chaque année liées aux situations de marginalité sur l'espace public.
Pour autant, associations et travailleurs sociaux décrivent moins une explosion du nombre de personnes à la rue qu'une précarité qui s'installe. Faute de places d'hébergement, de logements accessibles ou de prises en charge adaptées, les parcours de rue se prolongent et les sorties de la rue se font plus rares.
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Ainsi, chaque jour, les médiateurs municipaux de la cellule Action Médiation Insertion (AMI) sillonnent les rues, les campements et certains squats pour renouer le dialogue, ouvrir des droits, signaler les situations les plus préoccupantes au 115 ou orienter les personnes vers les dispositifs existants. "On a aussi tout ce rôle d'accompagnement (...) pour leur permettre d'accéder à leurs droits", insiste Jean-Charles Piteau.
Le difficile équilibre de la mairie
Pour l'ancien directeur de la Caf de Haute-Garonne, l'équation reste délicate. "Mon chemin est compliqué entre le côté humanisme et l'accompagnement de ces publics en difficulté, et aussi le respect de la loi", résume-t-il.
L'ancien directeur de la Caf veut désormais passer du constat à l'action. Il plaide pour une meilleure connaissance du phénomène, mais aussi pour un travail plus étroit entre collectivités, État, hôpitaux et associations, convaincu que chacun agit encore trop souvent dans son couloir.
Sur le terrain, tous les acteurs s'accordent néanmoins sur un point : sans solutions d'hébergement ou d'accompagnement, déplacer un campement ne fait souvent que déplacer le problème. Une chose est sûre : personne n'a aujourd'hui trouvé la recette pour sortir durablement les plus précaires de la rue. Toulouse ne fait pas exception.
Dans la rue, des profils de plus en plus variés
L'image du sans-abri isolé ne suffit plus à décrire la réalité de la grande précarité. Associations et travailleurs sociaux observent une diversification des profils. Aux hommes seuls, longtemps majoritaires, s'ajoutent de plus en plus de femmes, de personnes âgées, de jeunes majeurs sortant de l'aide sociale à l'enfance, mais aussi des personnes souffrant de troubles psychiques ou d'addictions. Certaines familles vivent également dans des squats ou des campements faute de solution de logement.
Pour les acteurs de terrain, cette évolution complique l'accompagnement. Les besoins diffèrent selon les parcours et nécessitent des réponses multiples : hébergement, accès aux soins, suivi psychiatrique, insertion professionnelle ou encore accompagnement administratif... autant de situations qui dépassent le seul enjeu de la tranquillité publique.