Santé !
Un enfant diplômé ? On ouvre une bouteille. Une victoire de son club favori ? On trinque. Une promotion, un départ, une bonne nouvelle ? Hop… Encore une raison de remplir les verres. Dans nos sociétés, l'alcool est si profondément associé à la fête et à la convivialité que sa consommation est presque devenue invisible. Au point que ceux qui ne boivent pas doivent parfois s'en expliquer. Cette banalisation est évidemment problématique.
En décidant de remplacer, dans les publicités, "l'abus d'alcool nuit à la santé" par "l'alcool nuit à la santé" – ce que le secteur horeca regrette −, le gouvernement ne bouleverse pas nos libertés pour autant. Ce glissement sémantique énonce une évidence sanitaire. L'alcool n'est pas juste dangereux lorsqu'il y a abus. Il comporte des risques dès la première goutte consommée et figure, depuis 1988, parmi les cancérogènes de catégorie 1 recensés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Il agit aussi sur le cerveau, désinhibe et favorise des comportements qui peuvent avoir de graves conséquences sur les routes, au travail ou au sein des familles.
"L'alcool nuit à la santé" : comment un changement de mise en garde sème la zizanie dans la majorité fédéralePourquoi faudrait-il alors considérer comme une attaque contre la liberté le fait de rappeler cette réalité ? Le secteur horeca, dans une tribune qui fait couler beaucoup d'encre depuis la semaine dernière, invoque la convivialité, la culture et le plaisir. Ces arguments ne sont pas illégitimes. La consommation d'un verre entre amis n'est pas un délit et il n'est pas question de transformer l'État en arbitre de nos apéritifs. Mais la liberté individuelle ne saurait servir à rendre invisibles les effets collectifs d'un produit dont la consommation est encouragée par un marketing omniprésent. Faut-il pour autant renforcer la réglementation sur la publicité, le sponsoring ou les emballages visibles ? La question mérite d'être posée, sans céder aux solutions simplistes. Une politique de santé publique sérieuse doit mesurer l'efficacité de chaque instrument, ses effets économiques et ses éventuelles conséquences perverses. Mais il serait irresponsable de s'abriter derrière la convivialité pour ne rien faire.
"La Libre" recueille vos témoignages : faut-il durcir l'accès à l'alcool, comme on l'a fait pour le tabac ?Le véritable enjeu est ailleurs : sortir l'alcool de cette zone grise où une pratique culturelle échappe encore largement aux réflexes de prévention qui s'appliquent à d'autres produits dangereux. Boire reste un choix. Encore faut-il que ce choix soit éclairé. Et qu'au nom de la liberté de chacun, on ne demande pas à la société de fermer les yeux sur le prix – parfois élevé − que certains paient.
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