Santé. « Des avancées majeures » sur Alzheimer mais pas « la solution » : la nécessité « de poursuivre la recherche »

Santé. « Des avancées majeures » sur Alzheimer mais pas « la solution » : la nécessité « de poursuivre la recherche »

Vieillissement de la population oblige, la maladie d’Alzheimer frappe de plus en plus de Français : plus de 900 000 sont aujourd'hui concernés. Mais la recherche progresse, et laisse augurer d'un avenir meilleur - d'abord sur le front du diagnostic et de la prévention... avec en ligne de mire, l'espoir d'un traitement efficace.

À quelques jours de la Journée mondiale consacrée à cette pathologie neurodégénérative, le président du directoire de la Fondation pour la recherche médicale Maxime Molina répond à nos questions.

Maxime Molina. Photo FRM

Maxime Molina. Photo FRM

Vous évoquez des « avancées majeures » en termes de recherche : quelles sont-elles ?

« Oui il y a des avancées majeures : il y a d'abord la question du diagnostic. Avec une simple prise de sang, nous savons aujourd’hui détecter la maladie beaucoup plus tôt et de façon moins invasive. C'est une façon plus efficace d'orienter les patients le plus tôt possible vers des solutions non médicamenteuses, qui vont atténuer les symptômes de la pathologie. Mais aussi de les intégrer à des essais cliniques, par exemple. Ce sujet du diagnostic précoce est un outil formidable pour faciliter la prise en charge - d'autant que nous n’avons aujourd'hui encore aucune solution de guérison. C'est essentiel. Ensuite, nous comprenons mieux la pathologie et ses causes, qu'il nous faut continuer à explorer. Comme l'explication génétique, en cause chez 60 à 80% des patients, mais aussi les facteurs environnementaux, voire infectieux.

Enfin, il y a la question des médicaments. Aujourd'hui, ils n’existent pas sur le marché français pour des raisons scientifiques très valables : leur rapport bénéfice/risque n'est pas jugé suffisamment bon. Ils se montrent efficaces sur un tout petit nombre de patients, aux caractéristiques particulières, mais avec beaucoup trop de risques face aux bénéfices apportés. Néanmoins, grâce à ces avancées nous comprenons des mécanismes, nous savons quoi cibler, et demain nous pensons qu'avec une combinaison de thérapies, de médicaments, nous arriverons probablement à guérir Alzheimer. »

Concrètement, qu'apporte un diagnostic précoce ? 

« Il reste essentiel de prévenir avant que la maladie ne s’installe. Une maladie neurodégénérative, par définition, c'est un processus, un déclin : une fois qu'il est enclenché, nous ne pouvons plus revenir en arrière. Mais plus on s'y prend tôt, mieux on sait limiter la progression, la ralentir, et donc améliorer la vie des patients. Nous pouvons aussi, grâce à la prévention, retarder de nombreux effets de la maladie, en proposant rapidement de la stimulation cognitive susceptible d’en atténuer les symptômes. Un chercheur à Strasbourg financé par la Fondation pour la recherche médicale travaille sur une telle approche en se posant la question suivante : "et si les troubles étaient liés aux perturbations du fonctionnement global du cerveau ?" "Comment maintenir les capacités du cerveau malgré la maladie ?" »

Malgré tout, on ne dispose aujourd'hui d'aucun traitement...

« En effet. Pour le moment, nous n’avons pas la solution. Nous ne savons pas la guérir, ni même arrêter sa progression. C’est tout l'intérêt de poursuivre la recherche sur la maladie d'Alzheimer pour obtenir, demain, les premiers médicaments pour en venir à bout. »

En sait-on plus sur les causes ?

« L’état des connaissances apporte aujourd’hui essentiellement des corrélations, des observations. Nous savons par exemple qu'il existe une corrélation très forte entre la présence de risques cardiovasculaires et la maladie d'Alzheimer. Plus récemment, Vincent Prévot a découvert l'implication dans la maladie de nouvelles cellules (les tanycytes) qui évacuent, quand elles fonctionnent bien, les déchets du cerveau ; mais qui, lorsqu’elles dysfonctionnent, empêchent l'évacuation de la protéine Tau, dont l'accumulation dans le cerveau est notamment associée au développement de la maladie. C'est une découverte fondamentale, une piste très importante pour demain, sur le plan thérapeutique. »

Vous évoquez aussi des facteurs environnementaux...

« Oui, mais nous ne savons pas encore la part exacte qu’ils tiennent dans le niveau d’incidence de la pathologie. Des corrélations existent avec l’exposition au tabac, à l’alcool, à certains polluants aussi. Nous connaissons beaucoup moins bien, encore, l'effet d'autres facteurs, d’où l’importance de poursuivre nos efforts... »

C'est-à-dire ?

« Des études récentes montrent un lien fort entre le virus du zona et Alzheimer : les personnes vaccinées contre le zona auraient 20 % de risques en moins de développer une démence dont Alzheimer. Ce qui est en jeu, c’est le rôle de l’inflammation, fortement activée par la présence du virus. »

Malgré une détection toujours plus précoce, l'âge reste le premier facteur ?

« Oui, l’âge reste le premier facteur de risque et la prévalence augmente fortement après 65 ans, même si nous savons désormais que la maladie débute bien avant l'apparition des symptômes. L’incidence de la maladie n’est pas nécessairement plus forte qu’avant, ni même chez des cas plus jeunes. Mais nous la détectons mieux et plus tôt, parfois 10 à 15 ans avant l’apparition des premiers symptômes... Également, il y a plus de malades parce que la population vieillit, mais l'incidence de la maladie, la part de la population touchée, n'augmente pas. L'âge moyen de l'apparition des symptômes reste autour de 70, 75 ans. »

Jusqu'au 21 septembre, la Fondation pour la recherche médicale poursuit sa campagne de mobilisation et appelle aux dons contre la maladie d'Alzheimer sur ce site, ou par SMS (10€) en envoyant AGIR au 92 300 (10 € prélevés sur facture mobile).