Santé. « Plusieurs milliers de personnes exposées » : le virus du Nil occidental progresse encore

Santé. « Plusieurs milliers de personnes exposées » : le virus du Nil occidental progresse encore

La France n'a jamais enregistré autant de cas de virus du Nil Occidental, ou West Nile. Au 12 octobre, 178 cas autochtones d'infection à ce virus, transmis par les moustiques, ont été déclarés dans l'Hexagone, a indiqué mercredi Santé publique France. Ces cas ont été observés dans huit des 13 régions de France métropolitaine. Cinq décès ont été recensés. « 178 cas, c'est plus du double du précédent record qui datait seulement de l'an dernier, donc on est clairement sur une dynamique extrêmement forte par rapport à ce qu'on a d'habitude », observe Yannick Simonin, professeur à l'Université de Montpellier et à l'Inserm et auteur (*).

Ce nombre de cas est très probablement sous-estimé, puisque l'infection est asymptomatique dans 80 % des cas. « En réalité 178 cas déclarés, ça correspond à plusieurs milliers de personnes qui ont été exposées au virus. Les personnes asymptomatiques, on ne les détecte jamais sauf éventuellement dans des dons de sang. Sur les 20 % restants, beaucoup sont des cas qui ne sont pas spécifiques dans le sens où il va y avoir de la fièvre, des douleurs musculaires… », explique le virologiste.

Un virus qui s'étend géographiquement

13 départements, dont le Rhône, l'Isère et l'Ain, ont enregistré pour la première fois en 2026 des cas humains de virus du Nil occidental. « On remarque très clairement maintenant une modification de la distribution géographique de ce virus. Historiquement, on le retrouvait plus dans le sud de l'Europe au niveau du bassin méditerranéen en Grèce, Italie ou dans les pays baltes. Depuis quelques années, on a une modification de l'aire de répartition de ce virus », confirme Yannick Simonin. 

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Cette explosion du nombre de cas en 2026 est très probablement liée au changement climatique et à l'été exceptionnel qu'a connu la France. « Il y a un impact fort du changement climatique sur l'émergence des virus transmis par les moustiques et probablement, ce virus est encore plus sensible que les autres au changement climatique », explique Yannick Simonin. « Ce qui s'est passé aussi probablement, c'est qu'on a eu un été très sec et une concentration importante des moustiques qui transmettent la maladie et des oiseaux qui en sont le réservoir sur des zones d'eau résiduelles, des zones non asséchées plus petites, ce qui a favorisé la transmission du virus des oiseaux aux moustiques et des moustiques aux chevaux ou à l'homme », poursuit le chercheur.

La France n'est d'ailleurs pas le seul pays concerné : la circulation du virus est « intense » en Europe, avec 1 086 cas rapportés début septembre. C'est nettement plus que le nombre moyen de cas observés pendant la dernière décennie (736), constate le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Des infections humaines ont été observées aux Pays-Bas, qui n'avaient pas enregistré de cas depuis 2020, et en Belgique pour la première fois.

Le pic de contaminations passé

Selon Santé publique France, le pic des contaminations en France est passé. L'organisme constate « un pic de signalements autour de la semaine du 17 août, avec un nombre maximal de cas rapportés » et « une diminution progressive des signalements » depuis. La vigilance reste cependant de mise, alors que les températures restent douces. La Direction générale de la santé a adressé la semaine dernière une note aux professionnels de santé pour alerter sur le fait que « la saison à risque n'est pas terminée ».

Le rafraîchissement des températures attendu ces prochains jours devrait toutefois confirmer le fléchissement des cas. « Quand les températures baissent, la durée de vie du moustique diminue et il n'y a plus d'éclosion des œufs. Il va y avoir de moins en moins de moustiques. On en aura encore un peu en novembre, donc le risque perdurera, mais il y a très peu de moustiques circulant en décembre janvier et février », note Yannick Simonin. Une nouvelle explosion des cas est-elle à prévoir l'an prochain ? « C'est difficile d'anticiper ce qui peut se passer l'an prochain, mais on est sur une tendance à la hausse des maladies transmises par les moustiques », note le spécialiste.

(*) Virus: la menace invisible, juin 2026, Hygée éditions.