Sécheresse, fourrages introuvables, troupeaux vendus... "Nous allons perdre des exploitations" : l'agriculture au bord de la rupture en Ariège

Sécheresse, fourrages introuvables, troupeaux vendus... "Nous allons perdre des exploitations" : l'agriculture au bord de la rupture en Ariège

l'essentiel Après plusieurs années de crises, la sécheresse pourrait être celle de trop pour de nombreuses fermes ariégeoises. Face à l'effondrement des récoltes, à l'explosion du coût du fourrage et à des trésoreries déjà fragiles, les représentants agricoles réclament un soutien massif. Sans réponse rapide, ils redoutent des ventes de cheptels et la disparition d'exploitations.

Prés brûlés, foins rares, maïs sans épis et trésoreries exsangues : après plusieurs crises successives, l'agriculture ariégeoise affronte un été hors norme. Les responsables professionnels redoutent désormais des ventes forcées de cheptels et la disparition d'exploitations.

Dans les coteaux ariégeois, l'été a déjà pris des airs de plein hiver. Depuis plusieurs jours, des éleveurs distribuent du fourrage à leurs vaches, faute d'herbe dans des prés jaunis par les canicules successives. Plus haut, certaines estives de moyenne montagne s'épuisent à leur tour. Dans les champs, les céréales ont peu donné et le maïs non irrigué peine à former des épis.

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Un modèle agricole "à bout de souffle"

C'est dans ce paysage desséché que la Chambre d'agriculture de l'Ariège, la FDSEA 09, les Jeunes Agriculteurs et la Coordination rurale ont lancé un manifeste commun. Le texte décrit un modèle agricole "à bout de souffle" et réclame des mesures exceptionnelles : mobilisation urgente de paille, assouplissements administratifs, soutien aux trésoreries et prise en charge renforcée des cotisations sociales.

"Nous sommes face à une situation économique exceptionnelle", alerte Philippe Lacube, président de la Chambre d'agriculture. Toutes les filières sont atteintes, mais l'élevage concentre les inquiétudes. "La première coupe de fourrage a représenté environ 60 % d'une récolte normale. Quant à la deuxième coupe, il n'y en aura tout simplement pas." Les réserves pour l'automne et l'hiver sont déjà entamées, tandis que les prix du foin et de la paille flambent.

De la paille d'Espagne pour tenir

En France, les volumes disponibles sont devenus rares. La profession s'organise donc avec la CAPA pour faire venir de la paille d'Espagne. Environ 160 tonnes auraient déjà été identifiées. "Nous commençons déjà à distribuer les stocks, alors que nous sommes encore en été", insiste Philippe Lacube. La paille apportera la fibre et le volume, complétés par des aliments composés pour couvrir les besoins des troupeaux.

Dans certaines fermes, l'urgence n'est pourtant plus seulement de trouver de quoi nourrir les bêtes. Elle consiste à décider lesquelles pourront rester. "Certains éleveurs ont déjà commencé à décapitaliser, c'est-à-dire à vendre des vaches parce qu'ils n'ont plus de quoi les nourrir", rapporte Sébastien Durand, président de la Coordination rurale de l'Ariège.

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Les cultures ne sont pas épargnées. Les rendements des céréales sont mauvais alors que les cours restent faibles et que les charges ont pesé lourd. Pour le maïs ensilage, le constat est tout aussi sombre : "Le maïs non irrigué ne produit pas d'épis. La valeur du maïs ensilage sera donc catastrophique", prévient Sébastien Durand. Dans les parcelles de semences, les fortes températures ont perturbé la fécondation et les pertes pourraient dépasser 50 % sur certains secteurs.

"Nous allons perdre des exploitations"

Les organisations agricoles redoutent maintenant un effet domino. Moins de récoltes, davantage d'achats de fourrage, des annuités toujours à payer et des trésoreries déjà exsangues : l'équation devient intenable. Le manifeste demande notamment des prêts de trésorerie sans reste à charge, le report des annuités, un allègement de la taxe foncière sur le non-bâti et une enveloppe exceptionnelle pour les cotisations sociales.

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"Ce dont les exploitations ont surtout besoin, c'est de trésorerie", résume Philippe Lacube. Pour lui, le risque n'est plus théorique. "Cette fois-ci, nous arrivons au bout d'un chemin. Je suis malheureusement convaincu que, si rien n'est fait, nous allons perdre des exploitations." Les jeunes installés et les fermes des coteaux, entre la vallée de l'Hers, Mirepoix et le Volvestre, apparaissent parmi les plus vulnérables : des structures souvent plus petites, sur des terres qui sèchent vite.

"La passion du métier ne suffira plus à faire vivre l'agriculture"

Le préfet de l'Ariège partage le diagnostic d'une crise "très grave" et a annoncé de premières dérogations ainsi qu'un accompagnement administratif. Un peu d'air, mais pas encore le plan massif réclamé par les syndicats.

"Il ne s'agit pas simplement d'un plan d'urgence fondé sur des aides de trésorerie, des prêts ou des reports d'annuités. Ce n'est pas suffisant", estime Sébastien Durand. Derrière les rendements et les tonnes de paille, il décrit aussi un épuisement humain : "Le moral n'y est plus du tout."

Dans un département qui compte entre 2 200 et 2 300 agriculteurs, la profession redoute que la sécheresse accélère une disparition déjà engagée. "La passion du métier ne suffira plus à faire vivre l'agriculture", tranche Sébastien Durand. Une phrase qui sonne comme l'ultime avertissement d'un monde agricole qui ne demande plus seulement à être aidé, mais à pouvoir continuer d'exister.