Sécheresse. Fruits et légumes : « Nous serons obligés de répercuter nos coûts de production sur nos prix »
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Fruits et légumes : « Nous serons obligés de répercuter nos coûts de production sur …
Jonathan Chabert, responsable de la commission fruits et légumes de la Confédération paysanne dresse un constat alarmant des cultures dans l’Hexagone, après la succession d’épisodes caniculaires. Les agriculteurs vont être contraints de répercuter leurs coûts de productions sur les prix de vente.
Propos recueillis par Antoine Ajavon -
Aujourd’hui à 06:35
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Quel est l’état des lieux des cultures de fruits et légumes sur le territoire ?
« Je prends toujours mon souffle pour répondre à cette question parce qu’il existe encore de rares, j’insiste, de très rares secteurs qui n’accusent pas de pertes apocalyptiques aujourd’hui. Il y a des pertes partout, il y a des baisses de rendement partout. Mais malheureusement, ce constat concerne les productions de légumes, de plein champ, de maraîchage diversifié. L’arboriculture, c’est un tout petit peu trop tôt pour en parler puisque les récoltes n’ont pas encore commencé. Mais tout ce qui est observable sur les vergers actuellement annonce que ça va être une année exécrable. »
Y a-t-il un type de fruits ou de légumes qui parvient à surnager dans ce marasme ?
« Aucun. À titre personnel, je n’ai jamais connu une situation pareille. Même ceux qui ont vécu 1976 nous disent qu’ils avaient eu chaud, mais que l’impression n’était pas la même. Là, on en est à la quatrième vague caniculaire, on n’a jamais vu ça. Nous avons des fermes qui nous font remonter que leur forage est à sec. Ces fermes n’ont pas de retenue collinaire, elles ne sont pas raccordées au réseau d’eau, donc s’il n’y a pas des pluies très importantes et vu qu’il n’y a aucune pluie qui est annoncée dans le très court terme, c’est la fin de l’histoire. C’est-à-dire, pour cette année, toutes les cultures sont perdues. On a une raréfaction de la ressource en eau qui va encore plus impacter les cultures légumières. Ceux qui, par miracle, ont réussi à passer au travers des gouttes, sont extrêmement rares. »
Jonathan Chabert, responsable de la Confédération paysanne. Photo DR
« Que les distributeurs fassent un effort sur leur marge »
Une hausse de prix pour les consommateurs est-elle inéluctable ?
« Très clairement, nous serons en nécessité économique de devoir répercuter nos coûts de production sur nos prix. Donc la réflexion est vraiment profonde, c’est-à-dire que si on veut passer l’année, oui, il va falloir des prix rémunérateurs. Il y aura une augmentation qui, effectivement, sera visible à un instant donné. L’appel qui est lancé, c’est que les distributeurs - il faut bien se rappeler que 80 % des fruits et légumes sont vendus par les grandes distributions - fassent un effort sur leur marge pour qu’il y ait une réelle accessibilité de l’alimentation aux Françaises et aux Français. À la grande distribution de ne pas faire les rapaces, comme ils ont tendance à le faire. »
Espérez-vous un geste de la part du gouvernement à ce stade ?
« Le gouvernement a entre ses mains une responsabilité immense. C’est-à-dire déclencher des aides urgences, dans un premier temps, pour que les fermes passent le mois, passent l’année. Déclencher l’abaissement du seuil de pertes prises en charge par l’Indemnité de solidarité nationale pour qu’il y ait une prise en charge des pertes pharaoniques. Nous n’attendons pas un miracle, mais nous attendons des décisions correctes. Que le président Macron, qui a commencé son premier mandat avec les États généraux de l’alimentation, sorte au moins par le haut et qu’il évite un plan social à ciel ouvert, à vaste échelle. Et le message sera d’autant plus fort que non seulement il parle aux exploitants actuels, mais aussi aux paysannes et aux paysans de demain. Sinon les paysannes et les paysans seront dans la rue avec une colère très forte, encore pire que ce que nous avons vu au début de l’année. »