Sécheresse : "On garde l'eau pour les pédalos !" Dans le Tarn, les restrictions d'eau mettent le monde agricole en ébullition

Sécheresse : "On garde l'eau pour les pédalos !" Dans le Tarn, les restrictions d'eau mettent le monde agricole en ébullition

l'essentiel La sécheresse attise les tensions dans le Tarn. Alors que les restrictions d'eau se renforcent pour préserver l'alimentation en eau potable, les agriculteurs, confrontés à des pertes de récolte, haussent le ton face aux services de l'État. Au cœur du bras de fer : les retenues d'eau. 

Les feuilles craquent sous les doigts. Là où les rangs de maïs devraient former un mur végétal dense, les plants jaunissent déjà, desséchés avant même d'avoir achevé leur cycle. Axel Roblin s'arrête au milieu de sa parcelle, désigne les épis qui peinent à se développer. "Ici, j'ai dû arrêter d'irriguer", explique le jeune agriculteur, installé depuis peu à Parisot. Son exploitation s'étend sur 277 hectares, dont 105 hectares de maïs, une culture aussi emblématique du Tarn que gourmande en eau.

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Autour de lui, les représentants de l'État écoutent. La visite n'a rien d'anodin. Organisée par la Chambre d'agriculture, elle vise à sensibiliser la Préfecture aux conséquences très concrètes des restrictions d'irrigation. Ces dernières ont encore été renforcées le 24 juillet dernier afin de préserver la ressource en eau, dans un département frappé par une sécheresse qui s'aggrave de semaine en semaine.

"Sans eau, on ne peut rien faire"

Pour les producteurs de maïs, nombreux dans le Tarn, ces mesures interviennent au moment le plus critique du cycle de la plante — entre la floraison et le remplissage des grains —, avec le risque de compromettre une grande partie de la récolte. "L'irrigation, c'est 40 % des surfaces pour 70 % du chiffre d'affaires. Sans eau, on ne peut rien faire. On a un salarié grâce à cette activité. Si demain il n'y a plus d'eau, ce sera le premier à partir", déplore Axel Roblin.

Face à cette situation, la Chambre d'agriculture réclame un changement de cap. Elle demande à l'État de différer les restrictions, de revoir à la baisse les objectifs de débit d'étiage des cours d'eau et de mobiliser davantage les réserves des barrages pour soutenir l'irrigation.

"La situation se tend. Il y a un équilibre à trouver"

Face à eux, les représentants de l'État écoutent, prennent des notes, mais rappellent que la gestion de la ressource dépasse le seul monde agricole. "La situation se tend. On n'annonce pas une goutte de pluie avant plusieurs jours. Il y a un équilibre à trouver entre les différents usages", rappelle un fonctionnaire de l'État. "Ce que nous voulons, c'est éviter de devoir gérer une crise de l'eau potable sur ce territoire. Si nous maintenons les lâchers actuels, certaines retenues pourraient être épuisées dès la mi-août", renchérit Simon Bertoux, préfet du Tarn.

Un discours difficilement entendable pour les agriculteurs, qui reprochent à l'État "45 ans d'inaction sur les retenues d'eau" et au gouvernement d'avoir "cédé aux écologistes". "L'eau ne manque pas. Elle passe. On n'est simplement pas capables de la stocker", s'agace l'un d'entre eux. "Cela fait des décennies que nous alertons sur ce problème. La seule réponse que nous avons, ce sont des restrictions pour l'agriculture", ajoute un autre. "Quand l'agriculture sera par terre, il sera trop tard. Réveillez-vous, c'est urgent !", lance un troisième. 

"Tous pourris !"

Ce week-end, le syndicat Coordination rurale a appelé ses adhérents à "continuer d'irriguer pour sauver les cultures". Sa figure locale, Sébastien Bruyère, président de la Chambre d'agriculture, s'est, quant à lui, filmé devant le lac de Bancalié, accusant l'État de "garder l'eau pour les pédalos". "Une fois de plus, l'économie de la plaine du Tarn, on n'en a rien à branler. On voit les priorités. Nos politiques sont tous pourris jusqu'à la moelle", accuse-t-il.

Ce mardi 28 juillet, la Coordination rurale 81 a mené une première action symbolique devant les grilles de la préfecture. D'autres mobilisations pourraient suivre à la rentrée. Car si les températures grimpent dans les champs, la pression monte tout autant dans le monde agricole. Et il faudra bien plus qu'un épisode pluvieux pour la faire redescendre.