Sécheresse. « Pas le choix » : par manque de nourriture, des vaches en bonne santé envoyées à l’abattoir

Sécheresse. « Pas le choix » : par manque de nourriture, des vaches en bonne santé envoyées à l’abattoir

Dix vaches emmenées à l’abattoir en août. En Ille-et-Vilaine, Frédéric Poulaud a fait ses comptes : ses bêtes n’auraient pas eu de quoi manger pendant l’hiver. « Pas le choix », a conclu cet éleveur de 130 vaches laitières en bio et 62 bovins à l’engraissement, qui s’est installé en 2023 dans le GAEC familial. « C’est la première fois que cela arrive dans l’histoire de l’exploitation. J’ai vendu à l’abattoir des vaches laitières qui avaient entre 7 et 9 ans et arrivaient en fin de carrière. Mais elles auraient pu tenir un ou deux ans de plus », précise ce dernier.

Victime, comme toute la profession, de la canicule et de la sécheresse, il a rentré environ 40 % de fourrage en moins que les années précédentes et a déjà attaqué son stock prévu pour l’hiver. Obligé d’acheter de la nourriture en complément, il a donc dû trouver quelques liquidités. « Je n’ai pas vendu mes bêtes très cher car le cours de la viande est en baisse et que normalement on prend le temps d’engraisser les vaches réformées pendant trois ou quatre mois pour une meilleure valorisation de la viande », regrette Frédéric Poulaud.

À cause du manque d’herbe dans les prairies, les vaches ont attaqué les stocks prévus pour l’hiver.  Photo Sipa /Christine Biau
À cause du manque d’herbe dans les prairies, les vaches ont attaqué les stocks prévus pour l’hiver.  Photo Sipa /Christine Biau

Mais il y avait urgence. En plus de céréales à broyer et de maïs, il a réservé 25 hectares d’herbe et de luzerne sur pied et cherche du foin. Coût total estimé : « entre 20 et 25 000 euros ». « C’est très compliqué pour la trésorerie de la ferme. La vente des vaches nous a aidés pour le surcoût, mais en parallèle toutes nos charges augmentent. Tout le produit de la vente est très vite absorbé. »

« Mais je suis jeune, je dois garder espoir », poursuit Frédéric Poulaud, qui garde les yeux rivés vers le ciel. S’il pleut et que ses prairies reverdissent, il pourra peut-être faire une coupe à l’automne. « C’est seulement à ce moment qu’on saura vraiment ce qu’il en est », assure-t-il, tout en envisageant de se séparer de « 5 ou 6 vaches supplémentaires en septembre ».

Autant de charges, moins de revenus

Voir diminuer les troupeaux, c’est justement ce que veut éviter Yohann Barbe, président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs laitiers). « Les abattages de vaches laitières ont augmenté de 9 % ces quatre dernières semaines. Or, ces éleveurs auront toujours les mêmes charges, mais vont voir leurs revenus diminuer car ils produiront moins de lait », détaille le responsable. Dans son exploitation des Vosges, il a calculé le surcoût lié aux achats d’alimentation pour ses vaches à 600 euros par bête.

À l’issue de la présentation du plan d’urgence agricole par la ministre Annie Genevard, vendredi matin, les éleveurs de ruminants ont réclamé une évaluation sur le terrain des pertes de prairies pour le fonds de solidarité nationale, dénonçant le système automatique par satellite, qui, selon eux, est « dysfonctionnel ». Pour nourrir leurs animaux et continuer à produire, les éleveurs réclament 300 euros par bête.