Seules « les factures sûres » du Grand Prix de France au Castellet seront réglées : le Département du Var refuse toujours d’éponger 5 millions d’euros

Seules « les factures sûres » du Grand Prix de France au Castellet seront réglées : le Département du Var refuse toujours d’éponger 5 millions d’euros

C’est une matinée de formalités, mais qui pèsent lourd, à l’ordre du jour de l’assemblée plénière du conseil départemental du Var. Ce jeudi 16 juillet 2026, les élus de la collectivité ont été officiellement informés des conclusions du rapport produit par la Chambre régionale des comptes (la CRC Paca), au sujet de la gestion du Grand Prix de France-Le Castellet.

Dans le rapport de 64 pages (nos éditions précédentes), envoyé à la collectivité varoise le 15 juin 2026, figure « un montant de participation à la dette, bien inférieur au montant demandé par le liquidateur », souligne Thierry Albertini, vice-président du Département et rapporteur du texte. Sur le papier, il est réclamé 5 millions d’euros au Var.

Si la collectivité se dit prête à « payer les factures sûres », selon l’expression de son président Jean-Louis Masson, pour « régler les dettes liées aux entreprises, afin de ne pas grever leurs finances », il n’est pas question d’aller au-delà. « Nous allons payer 1,6 million, pour ces entreprises qui attendent, détaille Thierry Albertini. Mais nous n’irons pas plus loin. » Avant d’y voir plus clair.

Un gouffre financier ou des malversations ?

Parmi les sommes contestées par le Département, il y a « les intérêts moratoires fixés à des taux exorbitants », ou encore « les avances faites par la Région, avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord ». Déjà, le Var a obtenu « 700 000 euros de rabais sur la facture au titre d’allocation du circuit du Castellet », une somme demandée par Excelis… propriétaire du même circuit, où la compétition a eu lieu.

Mais au-delà, la question qui brûle les lèvres est posée par le conseiller départemental Jean-Martin Guisiano (appartenant au groupe majoritaire) : « Le gouffre financier, c’est une chose, mais est-ce qu’il y a malversation ou pas, dans cette affaire ? »

Organisée en juillet 2022, sur le circuit du Castellet dans le Var, la compétition sportive avait laissé un déficit de 35 millions d’euros, sur une enveloppe totale de 100 millions d’euros, dépensés pour organiser quatre épreuves de Formule 1.

Une plainte pénale « probable »

En plus d’insuffisances et de dysfonctionnements, des irrégularités ont été mises en évidence par les magistrats de la Chambre régionale des comptes, notamment un défaut de mise en concurrence dans la passation d’une dizaine de marchés publics.

« Il y a des insuffisances, ce n’est pas à moi de les qualifier, répond le président du Département Jean-Louis Masson. Nous avons déjà fait un signalement au procureur au titre de l’article 40. Est-ce qu’on déposera une plainte pénale ? C’est probable. Moi personnellement, je n’ai pas pris ma décision, mais je ne l’exclus pas. »

La question devait être débattue dans la foulée de l’assemblée plénière, en commission permanente, dans laquelle siègent les 46 conseillers départementaux élus.

Collectivités locales impactées

Le dossier du GIP (groupement d’intérêt public) Grand Prix de France-Le Castellet est suivi de très près par le Département, qui avait demandé, et obtenu, cet audit par la Chambre régionale des comptes. Les autres collectivités varoises concernées sont sur la même longueur d’onde, Métropole toulonnaise et Communauté d’agglomération Sud Saint-Baume.

Le 24 juillet 2022, sur le circuit du Castellet, au Grand Prix de France de Formule 1, le président de la Région Renaud Muselier (chemise blanche au centre), bras dessus bras dessous avec Christian Estrosi, qui était maire de Nice.
Le 24 juillet 2022, sur le circuit du Castellet, au Grand Prix de France de Formule 1, le président de la Région Renaud Muselier (chemise blanche au centre), bras dessus bras dessous avec Christian Estrosi, qui était maire de Nice.
Camille Dodet / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP

Au niveau régional, force est de constater que la lecture du dossier est toujours très disparate. Tandis que la Métropole niçoise avait déjà mis la main à la poche, et alors que le président de la Région Renaud Muselier s’inquiétait ouvertement en mars 2026 que certaines collectivités soient « pénalisées par ceux qui lancent des procédures », le Département du Var revendique son bon droit de vérifier l’emploi de l’argent public.

Dans ses conclusions accablantes, la Chambre régionale des comptes avait pointé un modèle économique « structurellement déficitaire », « sans que les retombées économiques en soient avérées ».