Social. « Cette convergence des luttes, c’est historique » : à Paris, un cortège calme, des violences en marge

Social. « Cette convergence des luttes, c’est historique » : à Paris, un cortège calme, des violences en marge

Dans son dos, les écritures sont un peu passées. L’encre a bavé dans les fibres du tissu. C’est que le gilet jaune n’est pas tout neuf. « C’est un vrai de l’époque. Je l’ai ressorti pour soutenir les jeunes. Nous, on a donné. On leur a montré le chemin, c’est bien qu’une nouvelle génération prenne le relais », explique Alain, imperturbable alors que des explosions se font régulièrement entendre au loin. Le cortège doit s’élancer dans une heure, et déjà, de l’autre côté de la place, des heurts ont lieu avec la police.

Le ciel est couvert de gaz lacrymogènes, heureusement poussés dans l’autre sens par le vent. Selon la préfecture de police, plusieurs centaines de personnes violentes « essentiellement de l’ultragauche » se sont attaquées « directement aux forces de l’ordre.

La place de la République, point de départ de la manifestation parisienne, était noire de monde. Photo Sipa /Kevinrzk

La place de la République, point de départ de la manifestation parisienne, était noire de monde. Photo Sipa /Kevinrzk

« C’est historique »

Autour d’Alain, en tout cas, c’est très calme. La foule grossit de minute en minute. Ce ne sont pas des gilets jaunes, mais essentiellement des jeunes qui remplissent la place. Loan est venue avec sa mère et sa grand-mère dénoncer Parcoursup qui ne lui a pas attribué de formation et faire entendre la voix des « sans-fac ». « Le gouvernement n’écoute pas le peuple. Macron n’avait pas autre chose à faire que d’aller voir Céline Dion ? [le président était à son concert vendredi soir, NDLR] », s’emporte sa mère, Aurélie.

Soutien aux lycéens, aux étudiants, lutte contre la vie chère, contre les violences policières, contre le gouvernement, contre le fascisme, et même contre le changement climatique… Les revendications sont nombreuses et les manifestants déterminés à les faire entendre. « Cette convergence des luttes, c’est historique », se félicite Héloïse, étudiante.

Alors que le cortège s’élance enfin, dans le calme, des milliers de jeunes convergent encore vers la place de la République, aux chants de « On est là ! » et « ACAB » (« All cops are bastards » - Tous les flics sont des bâtards). Tous ou presque portent des masques FFP2 pour se protéger des gaz lacrymogènes. « Mes amis ont été fouillés et on leur a pris leurs lunettes de protection », dénonce Pénélope, étudiante, qui, elle, a caché les siennes et du sérum physiologique « dans son soutien-gorge ».

« Si on ne fait rien, rien ne va changer »

« Quand on a manifesté mardi, on s’est fait nasser et gazer. Alors, bien sûr, on a peur de la police. Mais si on ne fait rien, rien ne va changer », poursuit-elle. « Aucun droit n’a jamais été gagné en étant pacifique. La violence est majoritaire du côté de la police. Mais nous avons une chance de nous faire entendre, car nous sommes plus nombreux », ajoute Luca, lui aussi étudiant. Selon les autorités, 550 000 personnes ont manifesté dans toute la France. Les syndicats étudiants et lycéens faisaient, eux, état de 800 000 manifestants.

Dans les rues autour de la place de la République, des poubelles et des vélos en feu et des barricades dressées un peu partout dans la capitale témoignent de la violence des affrontements en marge de la manifestation, comme à Lyon, Marseille ou Bordeaux. En fin de journée, tandis qu’un cortège de jeunes parcourait la capitale, régulièrement repoussé par les forces de l’ordre, des scènes de casse et de pillage étaient observées dans la capitale. « Alors qu’à la mi-journée les forces de l’ordre faisaient essentiellement face à des groupes d’ultragauche, elles sont désormais confrontées à des casseurs d’opportunité », a indiqué la préfecture de police de Paris.