Social. Mobilisation du 24 octobre : déjà fragilisés, les commerçants des centres-villes retiennent leur souffle

Social. Mobilisation du 24 octobre : déjà fragilisés, les commerçants des centres-villes retiennent leur souffle

Beaucoup sont encore groggy. Après les pillages et les dégradations en marge des manifestations contre la vie chère du 17 octobre, de nombreux commerçants de centre-ville redoutent un « acte II » à haut risque, ce samedi. « Le choc laisse place à l’angoisse », constate Judith Jiguet, déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui reconnaît que les commerçants exposés sont pris en étau entre les dégâts passés et les nouvelles violences redoutées. « Certains n’ont pas beaucoup dormi depuis une semaine. Maintenant, ils hésitent à reprendre et faire revenir leurs équipes. Tous ont peur. »

Au dernier décompte, jeudi soir, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI France) recensait 2 241 commerces « vandalisés » samedi dernier au niveau national, sans exclure que d’autres aient pu être saccagés « à la marge », pour des dégâts toujours estimés à « des centaines de millions d’euros ». Mais la facture ne s’arrête pas aux vitrines brisées et aux marchandises pillées : les coûts de sécurisations sont conséquents - les barricades de protection peuvent coûter jusqu’à plus de 1 000 euros, tandis que la préfecture de police de Paris préconise d’engager des agents de sécurité privée, selon franceinfo -, tout comme les pertes d’exploitation, qui sont actuellement difficilement chiffrables. Les fermetures préventives et la multiplication des interdictions de circulation dans certains quartiers les vident d’une possible clientèle, déjà sous la pression d’une inflation galopante.

  • À Paris, de nombreux commerçants se barricadent avant la nouvelle journée de mobilisation sociale samedi. Photo Sipa/DPA/Alexander Franz

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    À Paris, de nombreux commerçants se barricadent avant la nouvelle journée de mobilisation sociale samedi. Photo Sipa/DPA/Alexander Franz

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  • Les dégâts dans une boutique après les pillages dans les magasins de la rue de la République, à Lyon, le 17 octobre. Photo EBRA/Le Progrès /Joel PHILIPPON

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    Les dégâts dans une boutique après les pillages dans les magasins de la rue de la République, à Lyon, le 17 octobre. Photo EBRA/Le Progrès /Joel PHILIPPON

La peur d’une crise qui s’installe

« Tant que la sécurité n’est pas revenue, les clients ne vont pas revenir. Et les commerces de centre-ville n’existent pas sans flux dans les rues », insiste Virginie Grimault, déléguée générale de la Fédération de l’épicerie et du commerce de proximité (FECP). Elle appelle à une communication « au moins aussi forte sur le retour au calme que celle sur les pillages », afin de rassurer la clientèle locale comme internationale. Ces derniers jours, plusieurs pays, comme les États-Unis, la Chine, l’Australie, l’Inde ou certains voisins européens, ont appelé leurs ressortissants à une vigilance accrue et à éviter les grands rassemblements sur le sol français.

« La priorité de tous, c’est que cela ne se reproduise pas. Ni ce samedi, ni les suivants », martèle Judith Jiguet. À l’instar de la FCD, les commerçants et Virginie Grimault redoutent que cette poussée de fièvre sociale ne s’étire dans le temps, comme lors du mouvement des gilets jaunes durant l’hiver 2018-2019, ce qui « compromettrait la pérennité de nombreux petits commerces », déjà structurellement en grande souffrance et qui comptent sur la période des fêtes de fin d’année pour renflouer leur chiffre d’affaires annuel.

Des commerces de centre-ville déjà fragilisés

Fortement secouées par le commerce en ligne et le déport de zones d’activités en périphérie, les boutiques des centres-villes se battent depuis plusieurs années pour continuer d’attirer une clientèle toujours plus frileuse. Le secteur de l’habillement illustre cette érosion : entre 2016 et début 2026, 6 000 à 7 000 magasins de mode auraient définitivement fermé en France, d’après les estimations de l’Alliance du commerce.

Alors que beaucoup de commerçants ont lancé des cagnottes et fait appel à la générosité pour tenter de se relever, l’exécutif a dégainé ces derniers jours un ensemble de mesures pour les soutenir, en complément des indemnisations des assurances. Ainsi, le chômage partiel sera intégralement pris en charge et les entreprises sinistrées pourront reporter jusqu’à 12 mois le paiement de leurs cotisations patronales des trois prochains mois, ainsi qu’étaler leurs charges fiscales. En parallèle, les chambres des métiers et de l’artisanat vont débloquer jusqu’à 1 500 euros d’aide, Bpifrance proposera une offre dédiée de prêt à taux zéro jusqu’à 50 000 euros sur trois ans, tandis que le gouvernement prévoit un fonds dédié aux entreprises de moins de 50 salariés les plus durement touchées. « Mais si vous êtes fermé par précaution, vous n’êtes pas couvert par ce dispositif exceptionnel », tempère Virginie Grimault de la FECP.

De son côté, la Fédération du commerce et de la distribution pousse pour que les enseignes aient un interlocuteur de l’État dédié dans chaque territoire, des informations en amont sur les manifestations, et des alertes en temps réel en cas de débordements.