"Son côté imprévisible me rend nerveux" : ces républicains qui, pris à la gorge par l'inflation, envisagent de donner une leçon à Donald Trump aux Midterms
Publié le 06/10/2026 22:21
Mis à jour le 06/10/2026 22:21
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Article rédigé par France 2 - D. Schlienger, K. Sullivan Den Bergh, C. Rouaud, C. Guimier, L. Soudre, M. Zambrano - Édité par l'agence 6Medias
France Télévisions
Dans un mois, les élections américaines de mi-mandat pourraient priver Donald Trump de sa majorité au Congrès. Dans l’Ohio, certains de ses électeurs déchantent : essence plus chère avec la guerre en Iran, inquiétudes pour leurs aides sociales… Ils peinent à joindre les deux bouts et envisagent de voter démocrate pour le sanctionner. Nous les avons rencontrés.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
En motocross, comme en politique, tout se joue souvent dans le dernier virage. Et dans une course de l'Ohio (États-Unis), tous guettent le moindre dérapage à l'approche des élections de mi-mandat. Aux premières loges, certains se risquent à des paris électoraux. En 2024, Trump l'avait largement emporté dans cet état, mais cette fois-ci, l'inflation pourrait bien faire caler son parti. En tribune ce jour-là, quasiment que des républicains, à l'image d'un retraité venu ici avec sa fille et ses petits-enfants. "Normalement, cet endroit est bondé, mais avec le niveau de l'inflation, beaucoup ne peuvent plus se permettre de venir", explique-t-il.
Ces familles qui ont fait le choix de s'offrir ce loisir, malgré tout, sont désabusées : "Ça ne fait que monter. En venant ici, rien que de voir le prix de l'essence, c'était horrible", commente l'une d'eux. "Ils font des promesses pour arriver dans le Bureau ovale, mais ils ne font pas mieux que ceux d'avant", constate un autre. L'Ohio est devenu l'emblème d'une classe moyenne en perte de vitesse.
Nous avons parcouru ce Midwest américain, rural et agricole. Pour trois quarts des habitants, le pouvoir d'achat sera "le" critère décisif de vote et l'inflation pourrait bien faire tout basculer. Pour le comprendre, premier arrêt dans une station-service. Et le constat est sans appel : "Ici dans l'Ohio, l'essence a augmenté de 56% depuis le début de la guerre. Pour le diesel, c'est encore pire, il a abattu un record historique : plus de six dollars le gallon", souligne sur place Diane Schlienger, notre envoyée spéciale à Logan County (Ohio). Soit environ 1,50 euro le litre, du jamais vu aux États-Unis.
Donald Trump avait promis de ne jamais partir en guerre. Fred Yoder, agriculteur depuis 38 ans, qui croyait en cet engagement. Alors la facture est difficile à digérer. "On dépense 1 500 dollars par jour pour le diesel, c'est deux fois plus qu'il y a deux ans. La guerre en Iran nous fait vraiment, vraiment du mal", assure-t-il. Depuis le début du mandat de Trump, il a vu les coûts exploser. Des fertilisants, aux produits importés de l'étranger à cause des droits de douane. Fred Yoder est un républicain de longue date, mais cette fois-ci, il hésite à voter démocrate, rien que pour punir Trump et ses politiques changeantes. "Les prix sont plus hauts que jamais. Nos cuves de fertilisants devraient être pleines en ce moment, mais elles sont complètement vides. Je suis fatigué, j'en ai ras le bol, le côté imprévisible de Trump, ça me rend nerveux. Parce qu'à chaque fois qu'il signe un document, tout d'un coup, la probabilité de survivre dans ma ferme change. Franchement, c'est son égo. J'ai envie de lui dire : 'Mais tais-toi'", confie-t-il. Lui, a dû faire un emprunt.
Dans la ville voisine, une serveuse, elle, a décidé depuis cet été de prendre un deuxième emploi dans un autre restaurant. Rubi Grajales travaille désormais 60 heures par semaine pour un salaire mensuel de 2 500 dollars, l'équivalent de 2 200 euros, tout juste de quoi payer ses charges qui ne cessent de grimper. "Tout est trop cher maintenant pour vivre ; payer la voiture, l'assurance auto, le loyer… Et rien que pour l'assurance santé, je paye environ 400 dollars par mois", témoigne-t-elle. Elle qui n'a jamais voté jusqu'ici compte mettre un bulletin démocrate dans les urnes. "Je veux essayer de faire bouger les choses, je ne veux pas juste bosser pour payer mes factures. Je veux travailler pour pouvoir aussi profiter de la vie. Mais le truc, c'est que je bosse tellement que je n'ai plus de temps pour les loisirs", ajoute-t-elle.
Car l'inflation touche tous les secteurs aux Etats-Unis : plus 3,4% au mois d'août. L'administration Trump a décidé de baisser les subventions fédérales pour la santé et les aides alimentaires. L'Ohio est touché de plein fouet : plus de 150 000 personnes ont dû abandonner leur assurance santé cette année pour des raisons financières. Et dans la ville de Columbus, une banque alimentaire bat des records de fréquentation. Ici, les personnes en difficulté peuvent remplir un caddie gratuitement, deux fois par mois.
À 65 ans, Linne Leibrand, retraitée, s'est résolue à venir ici pour la première fois de sa vie. Avant, elle touchait 298 dollars d'aide par mois, depuis Trump, c'est 24 dollars. "Du produit vaisselle comme ça, je ne peux plus me permettre d'en acheter", glisse-t-elle. Elle qui a toujours oscillé entre les deux partis est cette fois catégorique. "Je ne voterai certainement pas pour les républicains. On est en Amérique et tout ce truc de : 'On va prendre soin de nous et pas des autres pays', c'est juste un énorme mensonge", déplore-t-elle.
Dans la queue, des familles, une vendeuse, ou encore une réceptionniste dans un hôtel, qui malgré un salaire de 1 200 dollars n'a pas le choix. "Tous ces prix… C'est un monde de milliardaires. Ils s'en fichent des gens comme moi. Cette administration nous laisse tomber, elle nous abandonne", commente-t-elle.
Mais dans l'Ohio, comme dans le reste de l'Amérique, les ancrages politiques restent très forts, très polarisés. Dans un diner, bastion républicain, les clients gardent toujours la casquette trumpiste et veulent continuer de croire en Trump, quoi qu'il en coûte. "Souvent, les gens rient de lui, au début, mais en fin de compte, on réalise plus tard qu'il a eu raison", estime Jo Knight, retraité et électeur républicain. "On est prêts à se serrer un temps la ceinture, si c'est pour en tirer des bénéfices plus tard", abonde Pam Knight, retraitée et électrice républicaine.
On dit souvent que le vote de l'Ohio reflète celui de tout le pays. Pour l'instant, les sondages mettent les démocrates devant d'une courte tête, mais il reste près d'un mois de campagne.
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