“Sophie Marceau, à voix haute”, un regard neuf sur une actrice trop souvent dénigrée | Les Inrocks
Ce portrait documentaire revient notamment sur la manière dont Sophie Marceau a défendu les femmes, dans ses rôles comme dans ses prises de parole.
Avoir 14 ans, quand on habite un HLM de Gentilly (son père était routier, sa mère vendeuse dans de grands magasins), et devenir soudain un phénomène de société (La Boum en 1980 et La Boum 2 en 1982 de Claude Pinoteau) et être projetée dans l’univers du cinéma, qui n’est pas toujours tendre, nécessite une force de caractère que tout le monde n’a pas. Sophie Maupu (son vrai nom), devenue Sophie Marceau au cinéma, vécut cet épisode qui bouleversa sans doute sa vie quotidienne, mais qui ne la détruisit pas et ne la détourna pas de sa route.
Sophie Marceau, dont on a pu se moquer pour ses moments embarrassants en public lors de remises de prix, est une femme forte, une femme libre, et elle le manifesta très tôt, dans des années 1980 qui n’avaient rien de tendres avec les femmes. C’est tout le mérite du documentaire de notre collaboratrice Sophie Rosemont que de rembobiner sa carrière et de prendre Sophie Marceau au sérieux, sans poser un regard surplombant et, pour tout dire bourgeois, sur elle. Le récit évite même volontairement d’évoquer ces petits incidents publics bien connus et somme toute tout à fait anodins, qui n’intéressent que les journaux people et sans doute leurs lecteur·rices.
Des déclarations franches
Regarder à nouveau Sophie Marceau à l’ère de MeToo, c’est observer sa filmographie, qui certes ne contient pas que de chefs-d’œuvre, mais apporte effectivement la preuve que cette actrice – sa longévité professionnelle et sa popularité auprès du public le prouvent – a toujours su choisir ses films selon sa volonté, et dire ce qu’elle pensait, avec fermeté, sans jamais tomber dans l’excès.
Il suffit de revoir, comme nous le propose Sophie Rosemont, les images du tournage de Police de Maurice Pialat, en 1985, et des déclarations franches mais sans haine de Sophie Marceau. Elle osait dire sa douleur de travailler avec un metteur en scène comme Maurice Pialat qui fonctionnait sur le conflit, pour constater à quel point elle avait raison de s’exprimer. À l’époque, parler comme elle le faisait passait mal. On trouvait qu’elle en faisait trop, qu’elle aurait dû se réjouir de tourner sous la direction de Maurice Pialat et de jouer avec Gérard Depardieu. Au fond, on leur pardonnait tout au nom de leur talent, à ces deux-là… Les choses ont heureusement bien changé, y compris nous, notre mentalité, et c’est une bonne nouvelle.
Une précurseuse ?
Sophie Marceau en avance sur son époque ? Une précurseuse ? Et pourquoi pas ? Après tout, quand la société Gaumont, avec laquelle elle a signé un contrat, veut l’empêcher de tourner L’Amour braque avec un cinéaste polonais qui aime l’excès nommé Andrzej Żuławski, que fait-elle ? Elle rachète tout simplement son contrat pour une somme importante. Ce n’est pas rien, c’est même courageux. Elle va vivre dix-sept ans avec Żuławski, ils tourneront quatre films ensemble. Elle voulait tourner ces films où le cinéaste polonais la poussait dans ses retranchements. Ce fut fait.
Un documentaire salutaire, bien venu, intelligent, respectueux, qui, sans jamais être hagiographique, nous amène aussi à réfléchir sur le regard pas toujours respectueux ou bienveillant que nous portons sur les petites frasques des stars de cinéma. Et notamment des actrices.
Sophie Marceau, à voix haute de Sophie Rosemont. Disponible sur la plateforme Arte.tv jusqu’au 7 avril 2027, et diffusé sur Arte le mercredi 9 septembre 2026 à 22 h 50.
- cafeyn