Sortie ciné. Une affaire turque : un drame sur l'identité fracturée empreint de vécu

Sortie ciné. Une affaire turque : un drame sur l'identité fracturée empreint de vécu

À l’origine, Hüseyin Aydin Gürsoy a mis de lui dans Une affaire turque : l’effacement de son identité, à travers le changement de son prénom, francisé, histoire d‘échapper au plafond de verre de la discrimination. Le personnage principal de son film (Lionel Erdogan tourmenté) a fait de même, et il s’accomplit dans le métier d’avocat d’affaires, à fort capital social et économique. Le profil d’un transfuge de classe qui a réussi à s’intégrer non seulement honnêtement dans la société, mais avec de la réussite. Au fardeau de ne pas avoir choisi sa place de naissance, se substitue le choix de s’en faire une autre, avec ténacité.

Nulle ironie dans tout cela, mais des traces de mélancolie personnelle dans cette histoire, une forme de désillusion aussi, de solitude enfin, quand ce personnage redevient, dans sa famille turque, le fils différent, ramené à ses origines, sa culture, sa communauté. Les scènes familiales, bien amenées et jouées, ont ceci d’intéressant qu’elles montrent la dissociation entre deux identités, et presque, une forme de double vie.

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Un personnage peu intègre

Peut-on s'élever sans compromission et sans trahison ? Hüseyin Aydin Gürsoy tranche par la négative. La migration sociale ascendante, suggère-t-il, se paie toujours quelque part. Pour cela, il surajoute au récit d’intégration, envisagé au prisme de l’intime, une intrigue de désintégration, dont le développement alourdi déplace et fragilise le noyau dramatique du film, pourtant solide sur les déchirements personnels.

Le problème n’est pas seulement de construction, il est aussi d‘écriture : son transfuge de classe est non seulement opportuniste, mais se révèle si peu intègre qu’il se laisse corrompre sans hésiter, sans qu’il ne paraisse éprouver aucun dilemme, à peine tiraillé entre ambition et devoir. Le personnage méritait mieux que cette facilité. Il n’est pas le seul. Charles Berling en est réduit au rôle de faire-valoir de l’ascension sociale du protagoniste, Lubna Azabal à celui d’une avocate rageuse avec cause, mais soudain au comportement ambigu, Metehan Aygün doit se contenter de jouer un rôle fonctionnel de victime de racisme qui demande justice et réparation, sans avoir vraiment d’histoire, d‘épaisseur.

Une affaire turque de Hüseyin Aydin Gürsoy, en salles dès ce mercredi 12 août. Durée : 1 h 32.