Sous-traitants hospitalisés, rejets de "polluants éternels"… le site industriel en démantèlement de Solvay sous tension dans le Gard
À Salindres (Gard), le site industriel de Rhodia Operations (Solvay), inactif depuis mars 2025, est au cœur d’une certaine agitation alors que, cet été, des arrêtés préfectoraux sont venus sanctionner des dépassements d’émissions, encadrer les opérations de démantèlement et relever un incident d’intoxication impliquant un sous-traitant. Sur place, la surveillance de l’État se poursuit.
À Salindres, le site de Rhodia Operations (Solvay) est aujourd’hui paisible. Il semble presque endormi, alors que seuls quelques véhicules laissent entrevoir une légère activité en son sein. Des passants promenant leur chien aux cyclistes à rythme rapide, personne ne semble prêter attention aux installations classées et à leur ronronnement habituel. Nul ne semble non plus savoir ce qui s’est passé au cœur de l’été dans ce morceau de l’histoire industrielle du Gard. Car si aujourd’hui l’usine est fermée, elle n’a pas pour autant fini de faire parler d’elle.
Depuis l’arrêt des activités de production, en « octobre 2024 », en « raison d’une baisse importante de la demande de TFA » (ou acide trifluoroacétique, un "polluant éternel" de la famille des PFAS), précise la communication de Solvay, une autre phase a commencé pour le site acquis en 2011 par l’entreprise. Il s’agit de celle de la mise en sécurité, du démantèlement des installations et de la gestion des pollutions historiques. Un changement considérable sur cette plateforme industrielle de plus de 160 ans, complexe et multi-opérateurs.
Plusieurs arrêtés en quelques semaines
Mais cet été, trois arrêtés préfectoraux sont venus perturber cette période de transition commencée concrètement en mars 2025 avec l’arrêt définitif des activités de production. Ainsi, le 28 juillet dernier, une amende de 45 000 euros a été infligée à la société Rhodia Operations après notamment des dépassements des valeurs limites d’émission de TFA et de TA (ou acide triflique) constatés entre janvier et mai 2026, les rejets atteignant même jusqu’à neuf fois la valeur limite pour le TFA en janvier. Mais le dossier n’a pas pour autant été clos par cette mesure. "Les services de l’État poursuivent leurs contrôles", indique la préfecture, qui précise que d’autres mesures pourront être proposées à la préfète en fonction des résultats des investigations. Sur le terrain, les émissions résiduelles de PFAS observées en 2026 sont, selon l’institution, principalement liées "aux opérations de sécurisation des installations arrêtées ainsi qu’aux eaux de percolation issues des anciens dépôts de déchets présents sur la plateforme".
Et c’est là l’un des paradoxes de cette fin d’activité, l’arrêt du site ne signifie pas l’arrêt des flux. La préfecture confirme que les opérations engagées par l’exploitant "ont connu des retards, notamment, d’après lui, en raison de difficultés rencontrées pour l’évacuation et le traitement de certains déchets contenant des PFAS", et surtout faute à une technologie qui aurait dû tout changer, l’osmose inverse, qui n’a pas rempli ses promesses. L’arrêté du 28 juillet évoquant, à ce sujet, plus durement, que "l’absence de traitement des PFAS permet à l’exploitant de ne pas engager les coûts associés à la mise en place d’une unité de traitement et son fonctionnement".
Ces opérations sont désormais encadrées par plusieurs arrêtés préfectoraux, dont une mise en demeure du 3 avril 2026 et un arrêté complémentaire du 26 août. Le 30 juillet, un nouvel arrêté avait déjà imposé à l’exploitant de mettre en œuvre des solutions visant à réduire les émissions résiduelles. "Le respect de ces prescriptions fait actuellement l’objet d’un suivi étroit par les services de l’État", indique la préfecture.
L’eau potable sous surveillance
Selon les données de cet arrêté, des captages situés en aval de la plateforme présentent des concentrations supérieures à la valeur sanitaire indicative retenue au niveau national. Mais sur ce point, les services de l’État apportent une précision importante : l’eau distribuée à Salindres provient de captages situés en amont des rejets de la plateforme. Les captages situés en aval sont, eux, surveillés régulièrement par l’Agence régionale de santé afin de vérifier le respect de la valeur sanitaire indicative concernant le TFA.
Solvay, de son côté, appelle à replacer sa présence et sa gestion dans un contexte scientifique et réglementaire qu’elle juge évolutif. « La difficulté actuelle tient principalement à l’évolution très rapide du cadre applicable, pour une situation dont les fondamentaux techniques n’ont pas évolué au même rythme », précise son service communication.
Des sous-traitants hospitalisés
Malgré ce suivi administratif étroit, la sécurité du site a concrètement failli le 17 août. Trois salariés d’une entreprise intervenante ont été emmenés à l’hôpital après un événement survenu lors d’opérations de nettoyage d’équipements contenant des résidus de procédés historiques, des produits fluorés. Un arrêté préfectoral de mesures d’urgence a été pris le lendemain. Le document évoque une opération de nettoyage qui a conduit "à l’intoxication et à l’hospitalisation de 3 personnes" et relève que l’inspection des installations classées n’avait pas été informée de l’événement dans les conditions attendues.
Les circonstances précises restent à établir. La préfecture indique seulement que des "investigations complémentaires par les services de l’inspection du travail et de l’inspection des installations classées" sont en cours. De son côté, Solvay précise que l’incident "a été pris en charge immédiatement par les équipes du site, et les procédures médicales et d’urgence appropriées ont été mises en œuvre en coopération avec les autorités." Sur place, les contrôles atmosphériques réalisés immédiatement après l’incident par le service départemental d’incendie et de secours n’ont pas mis en évidence d’impact à l’extérieur de la plateforme. "Les produits concernés ont été sécurisés et les démarches pour leur élimination vers des filières autorisées sont en cours", précise encore la préfecture.
À Salindres, si le changement de décor est à présent engagé, il faudra encore du temps pour que le site cesse d’être un sujet.