Alsace. Une étude inédite quantifie les effets de la pollution de l’air sur la mortalité dans l’Eurométropole de Strasbourg

Alsace. Une étude inédite quantifie les effets de la pollution de l’air sur la mortalité dans l’Eurométropole de Strasbourg

Chaque année dans l’Hexagone, Santé publique France estime qu’environ 40 000 décès sont attribuables à l’exposition aux particules fines PM2,5 chez les personnes âgées de 30 ans et plus. Ces données, l’agence nationale a pu les obtenir en réalisant une Évaluation quantitative des impacts sur la santé de la pollution atmosphérique (EQIS-PA). Pour mieux mesurer les effets de la pollution de l’air sur la mortalité au sein de son territoire, l’Eurométropole de Strasbourg a conduit sa propre EQIS-PA. Réalisée avec le soutien de l’Agence de la transition écologique (Ademe), l’Observatoire régional de la santé et Atmo Grand Est, celle-ci avance « des résultats particulièrement significatifs », relève Chantal Cutajar, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg en charge de la transition écologique du développement durable et de la santé environnementale.

Quelque 7 % de la mortalité évitable

En amont de la publication intégrale des résultats de l’étude, prévue dans les prochains mois sur le site de l’Ademe, l’Eurométropole et Atmo ont dévoilé de premiers éléments mercredi 21 octobre. En s’appuyant sur une méthodologie élaborée par Santé publique France, l’étude s’est intéressée aux concentrations de particules fines PM2,5 et de dioxyde d’azote sur la période 2022-2023.

Etienne Koszul directeur d’Atmo Grand Est et Chantal Cutajar, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg ont dévoilé mercredi 21 octobre les premiers résultats d’une évaluation quantitative sur la mortalité liée à la pollution atmosphérique.   Photo Léa Rutily

Etienne Koszul directeur d’Atmo Grand Est et Chantal Cutajar, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg ont dévoilé mercredi 21 octobre les premiers résultats d’une évaluation quantitative sur la mortalité liée à la pollution atmosphérique.   Photo Léa Rutily

« Si nous parvenons à ramener les niveaux de particules fines à ceux actuellement recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 300 décès par an pourraient être évités sur le territoire, soit 7 % de la mortalité », dévoile Chantal Cutajar. Le gain d’espérance de vie augmenterait quant à lui de près de 9 mois et chaque année 20 cancers du poumon pourraient être évités, tout comme 189 nouveaux cas d’asthme chez l’enfant, soit 14 % des nouveaux cas, ou encore 49 accidents vasculaires cérébraux. Les effets de la pollution de l’air sur la morbidité ont été examinés au travers de 10 pathologies. « Ces chiffres donnent la mesure des bénéfices que l’on pourrait obtenir et ils montrent que, derrière les polluants, il y a des vies humaines », appuie Chantal Cutajar.

Dans le détail, l’impact sanitaire serait particulièrement marqué à Strasbourg, Bischheim, Hoenheim, Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim, Ostwald et Schiltigheim. Selon les données de l’étude, si les valeurs guides de l’OMS, révisées en 2021, étaient respectées, dans ces villes la part des décès liés aux particules fines PM2,5 pourrait diminuer de 6,9 à 7,5 % chez les personnes de 30 ans et plus. Dans les communes limitrophes, ce gain potentiel tomberait à 6,5 – 6,9 %, 5,6 – 6,2 % et 5,2 – 5,6 %, témoignant d’une disparité territoriale en matière de conséquences sanitaire.

Part de décès évités toutes causes confondues (30 ans et plus) en respectant les valeurs guides de l’OMS révisées en 2021 pour les PM2,5.   Document fourni par l’Eurométropole de Strasbourg

Part de décès évités toutes causes confondues (30 ans et plus) en respectant les valeurs guides de l’OMS révisées en 2021 pour les PM2,5.   Document fourni par l’Eurométropole de Strasbourg

Encore loin du compte

Aujourd’hui, l’Eurométropole de Strasbourg est toutefois encore loin des fameuses valeurs guides de l’OMS, qui recommandent une moyenne annuelle de 10 µg/m³ pour le dioxyde d’azote, 15 µg/m³ pour les PM10 et 5 µg/m³ pour les PM2,5. Même si « depuis 20 ans on a une baisse régulière et significative des émissions », reconnaît Etienne Koszul, le directeur d’Atmo Grand Est, de nombreux habitants sont encore exposés à des concentrations de polluants supérieures aux nouveaux seuils réglementaires. En 2025, 22 000 personnes l’étaient à un niveau supérieur au seuil réglementaire de 20 µg/m³ fixé par une nouvelle directive européenne et qui doit être atteint en 2030. « Pour les PM2,5, qui sont plus fines et pénètrent dans le corps plus profondément, l’enjeu sanitaire est tout autre. C’est presque la moitié de la population de l’Eurométropole (277 000 habitants) qui est concernée par une concentration supérieure à la valeur réglementaire de 2030 (10 µg/m³). Si on raisonne à l’échelle des seuils de l’OMS, c’est 100 % de la population qui est concernée », développe Etienne Koszul.

En s’appuyant sur les données de son EQIS-PA, l’Eurométropole de Strasbourg entend proposer des actions pour assurer « la protection des populations les plus exposées », explique Chantal Cutajar. Celles-ci devraient se traduire à travers son futur Plan d’action pour la qualité de l’air, qui sera élaboré en 2027. Un document qui doit permettre à la collectivité de se conformer aux nouvelles valeurs réglementaires entrant en vigueur en 2030. Une étape vers les valeurs guides de l’OMS.