TÉMOIGNAGE. Affaire Jubillar : "Suis-je passé au-dessus de Delphine ?"… Le plus impliqué des chercheurs bénévoles découvre qu’il avait fouillé ce coin de Mailhoc avant les gendarmes
l'essentiel Pendant cinq ans et demi, Jérémie a exploré des bois, des puits, des champs et des chemins isolés dans l'espoir de retrouver Delphine Jubillar. Lorsque les fouilles ont débuté à Mailhoc, il s'est immédiatement rendu sur place. Le lendemain, en retraçant son parcours, il a fait une découverte qui le hante encore : il avait déjà fouillé le secteur où les ossements de l'infirmière ont finalement été retrouvés. Il nous raconte.
Le 16 juillet au matin, quelques heures après le lancement des fouilles au croisement du chemin de Lobre et de la D600, à Mailhoc, Jérémie n’a pas hésité longtemps. En apprenant que les gendarmes intervenaient dans ce secteur, il est monté dans sa voiture pour rejoindre les barrages. "Il fallait que je bouge", résume-t-il.
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À ce moment-là, les analyses n’ont pas encore confirmé que les ossements découverts sont bien ceux de Delphine Jubillar. Mais pour cet Albigeois de 38 ans, qui sillonne le Tarn depuis la disparition de l’infirmière en décembre 2020, l’émotion est déjà bien présente. "J’ai les poils qui se dressent tellement je suis ému. Je suis content pour la famille, pour les enfants, mais j’ai aussi un poids sur les épaules. Je crois que je ne réalise pas encore."
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Sur place, son regard quitte rapidement le ballet des enquêteurs pour se porter sur le paysage. Une église un peu plus haut, un petit chemin qui traverse les champs, une lisière de forêt... Tout lui paraît étrangement familier. Une idée commence alors à le travailler : et s’il était déjà venu ici ? "Je voulais savoir si j’étais passé loin dans mes recherches. En regardant les lieux, je me suis dit que je n’avais vraiment pas dû être loin."
Une carte, des souvenirs et une nuit sans sommeil
Le lendemain, il reprend ses anciennes traces de prospection et les confronte aux images satellites. La réponse apparaît presque immédiatement. Oui, il était déjà venu.
En 2023, accompagné de sa mère, d’une amie de celle-ci et d’un autre bénévole, il avait parcouru cette forêt avec son détecteur de métaux. À chaque signal, il sondait le sol à l’aide d’un petit piolet pliable, qu’il avait d’ailleurs perdu ce jour-là. Il se souvient également d’avoir "croisé des chasseurs" auxquels il s’était présenté, d’avoir remarqué "les ruches installées à l’entrée du bois et une maison fermée par des planches".
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À l’époque, il repérait les secteurs qui lui semblaient correspondre au profil recherché : des lieux facilement accessibles en voiture, suffisamment discrets pour ne pas attirer l’attention et offrant de nombreuses possibilités de dissimuler un corps.
Depuis que les analyses ont confirmé que les ossements retrouvés à Mailhoc sont bien ceux de Delphine Jubillar, une question ne cesse de revenir. "Suis-je passé au-dessus de Delphine ? J’ai fouillé tout ce bois avec d’autres personnes. Je n’exclus pas d’être allé jusque dans le champ. Je n’en ai pas dormi de la nuit."
Une quête devenue une mission
Lorsque La Dépêche l’avait rencontré, quelques mois avant cette découverte, Jérémie racontait déjà une vie rythmée par les recherches. Au fil des années, il avait investi dans du matériel toujours plus performant : détecteurs de métaux, caméras d’inspection pour les puits, grappins, cordes, harnais d’escalade et même un petit bateau destiné à explorer le Tarn et le Cérou.
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Alors que les battues citoyennes avaient progressivement disparu, lui continuait à explorer les bois, les friches, les puits et les chemins oubliés, convaincu qu’il fallait retourner sur le terrain, encore et encore. "Au début, j’ai été touché par le destin de cette mère de famille. Ensuite, je me suis fixé une mission : rendre son corps à sa famille et à ses enfants."
Aujourd’hui, la confirmation que les ossements retrouvés à Mailhoc sont bien ceux de Delphine Jubillar met un terme à cette quête qui a occupé une grande partie de sa vie. Mais elle laisse aussi une certitude difficile à accepter : pendant deux ans, il a continué à chercher la jeune femme alors qu’il avait déjà marché, peut-être, à quelques mètres de l’endroit où elle reposait.