Témoignage. « Il a profité de ma sensibilité » : elle envoie 2 000 euros à un faux chirurgien en zone de guerre

Témoignage. « Il a profité de ma sensibilité » : elle envoie 2 000 euros à un faux chirurgien en zone de guerre

Depuis les Bouches-du-Rhône, Marie-Françoise a l’habitude de réagir et d’échanger sur des publications sur Facebook, réseau social qu’elle utilise régulièrement. Elle suit notamment les actualités du violoncelliste Gautier Capuçon et commente ses vidéos. C’est comme ça qu’à l’été 2025, elle a été contactée par une personne lui indiquant être ce célèbre violoncelliste. L’octogénaire reste méfiante. « J’ai vu immédiatement que ce n’était pas lui, parce que cette personne écrivait avec énormément de fautes, posait des questions très étonnantes, c’était impossible », décrit-elle. Très vite, elle détecte l’usurpation d’identité et coupe les ponts.

Malgré son alerte, elle va baisser sa garde lorsque, quelques mois plus tard, à la fin de l’année 2025, un autre homme va entrer en contact avec elle. « Il avait vu certains de mes commentaires et m’a dit qu’il aimait mon humour et voulait être mon ami. Il prétendait être un chirurgien orthopédique à Istanbul », se rappelle-t-elle. Très vite, ils échangent quotidiennement et nouent un lien. Marie-Françoise, veuve, vit seule depuis plusieurs années et apprécie leurs discussions. Il lui fait des promesses de couple et assure qu’il prévoit de la rejoindre en France, quand sa situation alors compliquée se débloquera.

Séduction puis culpabilisation

« Il me disait être à Gaza, sous les bombes, engagé avec l’ONU pour soigner les blessés. Il m’envoyait des photos terribles à voir. Il me disait : “Aujourd’hui, j’ai encore vu des horreurs. Deux infirmières ont été tuées sous mes yeux.” Il m’expliquait être veuf lui aussi à 65 ans, avec deux filles de 13 et 15 ans, qui étaient dans un pensionnat. Il me racontait son quotidien très difficile », développe-t-elle. En réalité, la personne derrière son écran n’était pas médecin de guerre mais a trouvé la faille de la solitude et de la compassion de Marie-Françoise. « Il a bien compris que j’étais une personne sensible et il en a plus que profité. Parfois je me demande… Pourquoi ai-je cru à cette histoire ? », soupire-t-elle.

Elle a pourtant eu des doutes. Et lorsqu’elle lui en faisait part, le brouteur sortait la carte de la culpabilisation. « Il m’écrivait : “mais comment peux-tu avoir des doutes ? Je suis l’homme le plus sincère du monde, je suis dans une situation difficile”. » Une situation qu’il va utiliser pour lui soutirer de l’argent. « Il me promettait de venir avec moi en France et qu’on pourrait aller chercher ses filles, mais qu’il avait besoin d’argent pour ça. Et puis c’était la période des fêtes de Noël, il voulait rentrer. Il m’a d’abord demandé 10 000 euros que j’ai refusés, puis 8 000 euros, puis 6 000 euros… » L’octogénaire cède à 2 000 euros. « J’ai dû faire un virement bancaire à une personne soi-disant représentante de l’ONU, rattachée à une banque à Toulouse. J’ai appelé cette banque, qui n’a pas voulu me donner d’information sur l’identité de la personne rattachée au compte. Peut-être qu’elle aussi a été arnaquée », se questionne-t-elle.

Usurpation d’identité

Après ce virement de 2 000 euros, le chirurgien en demande toujours plus et fait culpabiliser Marie-Françoise. Elle finit par raconter toute cette histoire à ses filles. « Elles m’ont dit de suite que c’était une arnaque et qu’il fallait que je coupe les ponts, qu’il n’y avait aucun médecin à Gaza avec son identité. » Elle coupe le contact avec cette personne, qui ne donnera pas signe de vie pendant deux mois. « Et puis j’ai reçu un message, cette fois-ci sur WhatsApp, venant des États-Unis. C’était cette personne, qui ne comprenait pas pourquoi je ne lui parlais plus alors qu’il avait été si gentil avec moi », se souvient-elle. Elle n’a pas donné suite. Une technique de manipulation et de culpabilisation très courante chez les brouteurs.

Après avoir compris qu’elle était tombée dans un piège, Marie-Françoise a contacté sa banque, qui lui a indiqué ne rien pouvoir faire puisque cet argent a été transmis avec son accord. Elle a déposé une plainte en ligne, mais n’a toujours aucune nouvelle et a même écrit une lettre au Premier ministre, elle aussi sans réponse. En faisant quelques recherches avec ses filles, elle s’est aperçue que cette personne sur les photos existait réellement et qu’il s’agissait d’un urologue basé à Istanbul, en Turquie, probablement victime d’une usurpation d’identité.

Avec le recul, Marie-Françoise, qui est pourtant attentive à ce genre d’arnaque en ligne, s’est sentie blessée et trahie, après plusieurs semaines d’échanges. « Ce qui m’a le plus touchée, c’est que l’on puisse utiliser un sentiment comme l’amour et une situation terrible comme la guerre pour arnaquer quelqu’un », déplore-t-elle. Cette mésaventure a aussi secoué sa relation avec ses filles. « Elles étaient terriblement inquiètes pour moi. Elles se disaient : “Mais jusqu’où ça va aller ?” Cela a jeté un froid entre nous. L’un de mes gendres ne me parle plus depuis », témoigne-t-elle.

Cette situation l’a tellement bouleversée qu’elle consulte désormais une psychologue pour se débarrasser de son sentiment de culpabilité. Elle est entrée en contact avec une association d’aide aux victimes d’arnaques sentimentales, ce qui lui a permis d’échanger avec des personnes pouvant la conseiller ou ayant subi les mêmes histoires. Un espace de parole précieux pour elle, qui veut sensibiliser, à travers son histoire, les internautes à ce genre d’arnaque.