Témoignage. « J’ai eu peur pour ma vie » : elle pensait avoir été repérée comme mannequin, elle se fait voler 3 000 euros
Claude reste encore très marquée psychologiquement par l’arnaque dont elle a été victime. Il y a quelques années, la quadragénaire habitant en Alsace est approchée sur Instagram par une agence de modèles qui lui propose alors un contrat sur Paris. Une démarche qui est plutôt fréquente : beaucoup de profils dans le secteur de la mode, du mannequinat, des concours de beauté ou même du cinéma sont recrutés via les réseaux sociaux.
Après un échange téléphonique avec une personne particulièrement rassurante et convaincante, Claude accepte un rendez-vous dans la capitale. « L’agence avait un site internet, on m’a communiqué une adresse et même offert un billet de train aller-retour depuis l’Alsace », se souvient-elle. Elle se rend alors au rendez-vous en confiance. « Une fois sur place, j’ai rencontré trois personnes qui m’ont présenté un contrat. Je l’ai lu, signé et j’ai présenté ma carte d’identité. Tout semblait crédible », assure-t-elle.
Chèque en bois et découvert bancaire
Ils lui expliquent ensuite qu’ils vont effectuer un virement sur son compte bancaire pour acheter ce dont elle aura besoin pour commencer sa carrière de mannequin : un téléphone portable pour rester joignable et des vêtements noirs et blancs destinés à représenter l’agence. Ces demandes commencent à semer le doute chez Claude, même si les deux jeunes femmes qui l’accompagnent font tout pour la mettre en confiance.
Le reste de la journée se poursuit sur les Champs-Élysées. L’Alsacienne achète un téléphone de la marque Apple pour plusieurs centaines d’euros, appareil récupéré par ses deux accompagnatrices sous prétexte d’y installer une application professionnelle dessus. Elles enchaînent par l’achat de vêtements aux couleurs censées représenter l’agence de mannequinat. L’Alsacienne ne s’inquiète pas, puisqu’elle voit l’argent apparaître sur son compte bancaire. « Je pensais que tout était réel. Mais au fil de la journée, leur comportement est devenu de plus en plus inquiétant. J’ai compris que quelque chose n’allait pas. Seulement, j’étais seule à Paris. J’avais peur. Peur pour ma sécurité, peur de ne pas pouvoir rentrer chez moi, peur de ne pas revoir mes enfants », avoue-t-elle.
À ce moment-là, son esprit bascule et elle passe en mode survie. Pour ne pas éveiller les soupçons, elle accepte toutes leurs demandes et fait semblant de croire à leur histoire jusqu’à ce qu’elle puisse rentrer chez elle et se libérer de cette situation qui s’envenimait. Elle réussit à rentrer en Alsace, mais le compte en banque en négatif et une carrière dans le mannequinat qui n’existera pas. « Évidemment, je n’ai conservé aucun des achats effectués, téléphone ou vêtements, et ils n’ont pas donné suite », ajoute-t-elle.
En rentrant chez elle, elle découvre qu’un faux chèque a été déposé sur son compte bancaire, à son insu. « La signature figurant au dos n’était même pas la mienne. L’argent qui avait servi à financer les achats provenait de ce faux chèque. Lorsqu’il a été rejeté, je me suis retrouvée avec une dette d’environ 3 000 euros », soupire Claude. Elle réagit vite et prévient sa banque ainsi que la gendarmerie. Malheureusement, même si sa signature a été usurpée pour le chèque en bois, sa banque ne peut rien faire devant la situation. Elle devra assumer le découvert provoqué par cette fraude.
Un traumatisme encore présent
Alors qu’elle avait mis de côté cette malheureuse mésaventure, deux ans après, elle est recontactée par la gendarmerie en charge de son dossier, qui lui demande de reconnaître des personnes pouvant être impliquées dans cette arnaque grâce à des photographies. Bingo : la maman reconnaît celles et ceux qui l’ont accompagnée lors de cette journée. « Pourtant, je n’ai jamais eu de nouvelles de la procédure. Je n’ai jamais été convoquée au tribunal, je n’ai jamais obtenu de remboursement et je ne sais toujours pas ce qu’est devenue cette affaire », regrette-t-elle.
Avec le recul et quelques années après cette amère expérience, elle reste encore sonnée. La perte financière a été importante, mais Claude reste surtout marquée par la manipulation psychologique dont elle a été victime. « Ces personnes savaient parfaitement mettre leurs victimes en confiance. Elles parlaient avec assurance, s’intéressaient à ma vie, à mes enfants, à mon conjoint. Puis, progressivement, leur attitude est devenue plus oppressante et intimidante. Je me suis sentie trahie, manipulée et profondément atteinte », appuie-t-elle.
Elle décrit ce moment comme « une véritable violence psychologique ». Malgré son habitude des réseaux sociaux, elle n’a pas vu le piège qui lui était tendu. « Pendant plusieurs heures, j’ai sincèrement eu peur pour ma vie. C’est une expérience que je ne souhaite à personne », affirme-t-elle. Elle a accepté de partager son histoire pour rappeler « que ce type d’arnaque peut toucher n’importe qui. Les escrocs sont parfois extrêmement crédibles, prennent leur temps, inspirent confiance et savent exploiter nos émotions. Il ne faut jamais avoir honte d’en parler ». Depuis, elle redouble de vigilance devant des messages reçus sur les réseaux sociaux et ne désespère pas que ses arnaqueurs soient rattrapés par la justice un jour.