TEMOIGNAGE. L'incroyable histoire d'une couturière de Tarbes qui a réalisé une robe pour la duchesse de Séville : " On ne fait pas des essayages tous les jours dans un palais ! "
l'essentiel Mélissa Cruz, une couturière tarbaise est partie de zéro en Andalousie. A Séville, depuis trois ans, elle façonne des robes de flamenco qui trouvent un succès inespéré. Une duchesse a fait appel à ses services pour une tenue de cérémonie. Défi relevé haut-la-main par la Pyrénéenne qui prépare sa nouvelle collection.
Les robes à pois lui ont d'abord fait tourner la tête, à 5 ans. Mais impossible d'imaginer alors qu'après avoir dansé dedans, un jour, Mélissa Cruz les assemblera toute seule comme une grande. Celle qui parle déjà couramment le français et l'espagnol à la maison, apprend très tôt à danser le flamenco. " Je suis originaire d'Espagne, mes grands-parents viennent de Grenade, en Andalousie, où j'ai passé tous mes étés dans leur maison ", se souvient la Tarbaise.
Naturellement, elle passe la porte de l'école de danse Arte Andaluz. La petite Mélissa s'attarde davantage sur la posture que la couture des robes. Ce n'est bien plus tard, après des études de commerce et de marketing qu'elle découvre l'or entre ses mains. " Je travais en tant que commerciale pour une entreprise de transports. J'ai commencé à coudre des bavoirs et des gigoteuses pour ma petite nièce " raconte encore la plus andalouse des tarbaises.
Elle porte ses propres robes sur scène
De fil en aiguille, elle suit une formation à distance dispensée par une cousine couturière qui vit à Grenade. En 2021, ses doigts sont plus sûrs, ses mains aguerries. Elle fabrique sa première collection de six robes de flamenco à froufrous et à volants. " Il est déjà très utile de concevoir ses propres robes, par souci économique mais surtout, j'ai une fierté énorme de les porter sur scène, lorsque je danse ". Et puis, l'appel de Séville où vit son compagnon Lucas El Luco, le danseur professionnel originaire de Tarbes, est trop fort. En 2023, Mélissa Cruz embarque direction l'Andalousie avec sa machine à coudre et sa surjetteuse dans la valise.
Pendant deux ans, elle travaille dans une boutique qui vend des articles de flamenco, avec ses créations dans un coin de la tête. Elle participe à plusieurs concours de couture et atteint la finale à Malaga et à Séville. " La couture de robes de flamenco est un énorme marché en Andalousie. C'est aussi un monde fermé où la concurrence est énorme ", concède-t-elle, de passage sur Tarbes.
A Séville, dans le tourbillon sévillan, elle lance sa deuxième collection de plusieurs tenues. Puis, vient une salle de spectacle adossée à sa propre boutique montée avec son futur mari Lucas El Luco, en septembre dernier. Ici, dans la casa Las Dueñas, Mélissa Cruz se consacre à la couture toute la journée. " Il y a quelques mois, une amie danseuse me met en relation avec la duchesse de Séville, Macarena. Elle veut une veste pour sa nièce qui pratique l'équitation ", explique la brodeuse. Elle fabrique une veste boléro avec des épaulettes, pratique pour monter à cheval. La duchesse est tellement satisfaite qu'elle fait de nouveau appel à la Française. Cette fois-ci, le défi monte d'un cran avec la réalisation d'une robe de cérémonie pour un mariage. " Elle avait gardé un beau tissu en soie de couleur bleu-roi. J'ai cousu la robe dedans. Un ensemble très fluide mais une matière compliquée à travailler. On a réfléchi le modèle ensemble, dans son palais. C'est sûr que faire des essayages dans ce décor, ça n'arrive pas tous les jours ! "
A la rentrée, Mélissa Cruz compte préparer sa prochaine collection et accessoirement, son mariage. Et à ce sujet, elle nous révèle un secret : non, elle ne va pas coudre sa propre robe de mariée, pour la simple et bonne raison qu'elle a déjà eu un coup de coeur sur un autre modèle.