TÉMOIGNAGE. Manifestations du 24 octobre : Excédé par les pillages et les casseurs, ce commerçant toulousain traumatisé s'est armé pour défendre sa boutique, "je n'aurais jamais cru en arriver là"

TÉMOIGNAGE. Manifestations du 24 octobre : Excédé par les pillages et les casseurs, ce commerçant toulousain traumatisé s'est armé pour défendre sa boutique, "je n'aurais jamais cru en arriver là"

l'essentiel La tension est montée indéniablement d'un cran. Face aux violences du 17 octobre, un commerçant du centre-ville de Toulouse, qui a souhaité rester anonyme vu le contexte, a acheté dans une armurerie plusieurs armes de défense vendues en vente libre. Toujours sous le choc des exactions de samedi, il explique vouloir défendre son personnel, son bien et son quartier face à des casseurs et pilleurs selon lui "pas suffisamment punis". Il n'est apparemment pas le seul à avoir pris cette initiative. On vous livre son témoignage choc.

La colère, on le sait, est mauvaise conseillère. Un commerçant toulousain, jusque-là modéré et bienveillant et qui a souhaité garder l'anonymat, a vu son état d'esprit chamboulé après les violences du 17 octobre. Il décrit le saccage de son quartier par des bandes organisées : feux de poubelles, vitrines brisées, commerces pillés et employés terrorisés au fond de leur boutique. Des scènes de guérilla qui n'ont pris fin qu'avec l'intervention des CRS vers 18 h 45.

"J'ai alors vu rouge"

"J'ai alors vu rouge, confie-t-il. Le soir même, en découvrant à la télévision l'étendue des violences urbaines à travers le pays, une colère sourde est montée en moi. Je me suis dit : cette fois, la violence et le vandalisme ont franchi un cap. Ce n'est plus possible."

Après cette journée noire, les commerçants du quartier se sont réunis. "Plusieurs d'entre eux ont lancé l'idée d'une milice, raconte-t-il. Une idée que j'ai d'emblée stoppée : rien que le mot m'effraie. En revanche, nous avons été tous unanimes pour décider de ne pas fermer samedi 24 octobre. Cela serait pour nous un recul face à ces casseurs et une façon de leur montrer que l'on a peur d'eux."

"Protéger ce que j'ai construit"

Face à la crainte d'un nouveau chaos, ce commerçant a fini par prendre une décision radicale : "S'ils reviennent casser, piller, détruire... J'ai pensé à m'armer pour protéger ce que j'ai construit et ce qui fait ma vie." Il s'est rendu dans une armurerie de Toulouse pour acheter deux tasers équipés de lampes aveuglantes et deux bombes lacrymogènes colorantes — un dispositif permettant à la police de repérer les assaillants. Ces équipements, autorisés et en vente libre, permettent de neutraliser un assaillant sans séquelle irréversible.

L'armurerie du coin en rupture de stock

"Je ne suis pas Superman, explique-t-il. Je ne suis pas plus courageux qu'un autre mais, comme beaucoup, je suis excédé, je n'en peux plus. Quand la répression reste perçue comme trop douce, la colère monte. L'armurerie dans laquelle j'ai acheté cet attirail s'est d'ailleurs retrouvée en rupture de stock en quelques jours. Une première pour ce commerce, même au plus fort du mouvement des Gilets jaunes."

Il conclut avec amertume : "Je n'aurais jamais cru en arriver là. Mais penser que des petits voyous, qui n'ont rien de manifestants épris de justice sociale, puissent anéantir tout ce que l'on a peiné à construire, ça fait vraiment mal. Et la douleur, vous savez, n'a pas de limite."