Témoignage. « Sa violence émanait aussi de la mienne » : elle raconte comment sa relation avec son fils s’est apaisée

Témoignage. « Sa violence émanait aussi de la mienne » : elle raconte comment sa relation avec son fils s’est apaisée

Lorsque Florence rembobine ses souvenirs avec son fils, elle se rappelle d’avoir commencé à le corriger alors qu’il était petit et qu’il n’était pas sage. « Il me désobéissait très jeune. Je voyais cela comme de la rébellion, alors que parfois ce n‘était que des jeux d’enfant. » Maman solo d’une fille et d’un garçon en Meurthe-et-Moselle, tous deux adultes aujourd’hui, elle a dû assumer seule ce statut. « J’ai cru que je pouvais jouer le rôle du père et de la mère. J’ai gardé le rôle de correction plutôt que celui de maman tendre et aimante. J’étais très autoritaire, et si ça n’allait pas dans mon sens, je pouvais être très injuste », confie-t-elle.

Florence le reconnaît : elle n’a pas instauré un climat sain dans son foyer. Devenue maman très jeune, à la vingtaine, elle avait « envie de profiter de la jeunesse ». Une époque pendant laquelle elle consommait du cannabis, s’occupait peu de ses enfants et était elle-même violente verbalement et physiquement avec ses enfants.

Changer son regard

Si sa fille se montre plutôt silencieuse face à ce comportement, son fils, lui, se rebelle. Dès l’enfance, il peut avoir des accès de colère. Au collège, il est décrit comme un garçon très intelligent mais turbulent. À la maison, les affrontements sont fréquents. « Moi-même, je l’insultais, donc mon fils me répondait en insultes en retour. Après, ça a été crescendo. Il s’est défendu au départ par la parole. Et puis, quand je le frappais, au bout d’un moment, il m’a empoignée aussi. C’était une spirale de violence », raconte la mère de famille.

Avec le recul, à 50 ans, Florence porte aujourd’hui un regard très différent sur cette période. Elle reconnaît avoir exercé une forte pression sur son fils, notamment en raison de ses inquiétudes. Lorsqu’elle découvre qu’il se drogue à son tour, elle surveille ses affaires, fouille son armoire et cherche constamment à savoir où il se trouve. « Je ne le laissais jamais tranquille car je ne voulais pas qu’il fasse de bêtises. En retour, il s’échappait de la maison et bravait les interdits. »

Les difficultés scolaires s’ajoutent au reste. Son fils commence à ne plus aller en cours. Les matinées deviennent synonymes de crises et de disputes quotidiennes. Pendant cette période, Florence reste pourtant convaincue que la situation peut s’arranger. Elle a depuis longtemps arrêté de consommer du cannabis et s’appuie sur sa foi chrétienne : croyante, elle prie régulièrement pour son fils, jusqu’à ressentir un déclic qui va changer sa vie et surtout sa relation avec lui. « Un jour, je priais pour lui et j’ai eu un déclic : il fallait que j’arrête de le voir comme le délinquant qu’il était. Il fallait que j’arrête de voir tout ce côté négatif chez lui. J’ai réalisé que finalement, mon fils, je ne l’aimais pas pour qui il était. »

Ne pas attiser la colère

Son comportement change progressivement. Elle cherche davantage à l’encourager et le laisser s’exprimer. « J’ai commencé à l’écouter, à le regarder autrement. Tout a changé », assure-t-elle. Les tensions ne disparaissent pas du jour au lendemain, mais Florence apprend aussi à ne plus répondre aux crises par la confrontation et la violence. Peu à peu, les disputes laissent davantage de place au dialogue. « Jusqu’au jour où on a réussi à discuter sans se disputer, à confronter nos points de vue », explique-t-elle.

Florence estime que son fils porte encore les blessures de son enfance, notamment liées à l’absence de son père. Elle ne nie pas non plus la responsabilité de ses propres comportements. La mère et le fils ont finalement pu se demander pardon. Aujourd’hui, à 25 ans, le jeune homme est lui-même devenu père. Florence découvre alors une nouvelle facette de son fils, notamment dans sa manière de s’occuper de son enfant. « Il prend son rôle très à cœur. »

Elle sait pourtant que tout n’est pas réglé et que le chemin est encore long. Son fils reste parfois instable dans sa vie professionnelle et personnelle. Mais sur le plan de la violence et de leur relation, elle observe un changement radical. « Aujourd’hui, il maîtrise sa colère, ses émotions. Sur son comportement et nos relations, il y a du mieux. » Une histoire qui, pour Florence, ne se résume donc pas à celle d’un enfant devenu violent. C’est aussi celle d’une mère qui reconnaît ses propres erreurs, demande pardon et tente désormais de réparer, avec son fils, une relation longtemps abîmée par la violence.