Témoignages. Cette association alsacienne accompagne les malades en fin de vie : « Je reçois bien plus que je donne »
Jusqu’à la mort, accompagner la vie, ou Jalmalv. Rarement fédération d’associations aura mieux porté son nom. Donner de son temps au chevet de malades, de mourants ou encore de personnes endeuillées, tâcher de palier leur solitude, « encaisser » leur détresse du petit matin, celle du soir qui tombe, ou même celle des derniers instants : oui, il s’agit bien de tout cela.
Une écoute et un accompagnement « inconditionnels, aconfessionnels, apolitiques », que les bénévoles alsaciens de Jalmalv ont tout d’abord appris lors d’une solide formation interne. Compter une bonne dizaine de jours pour acquérir les bases psychologiques nécessaires, puis huit à 10 semaines de stage en milieu hospitalier ou en Ehpad, avant de pouvoir envisager une première intervention – le tout sans oublier le groupe de parole mensuel, sous la houlette d’un psychologue.
L’association Jusqu’à la mort, accompagner la vie (Jalmalv) Haute-Alsace compte 56 bénévoles accompagnants, très majoritairement des femmes. Photo EBRA/Les Dernières Nouvelles d'Alsace/Laurent Réa
« On n’a pas de baguette magique »
« La première fois, reprend Suzanne Klein, on frappe à la porte, on se présente, en disant "Voilà, je vous apporte de l’écoute, si vous le souhaitez"… et pour moi, ça reste un mystère, toujours magique : le plus souvent la personne dit oui. »
« On n’a pas de baguette magique, enchaîne Jacqueline Ehret, bénévole du côté de Masevaux, c’est juste de l’écoute, mais comme on n’est ni un soignant, ni un proche, la parole se libère, y compris à propos de secrets de famille… La personne écoutée sait que cela restera entre nous. » « Même en hématologie, où l’on doit être habillée en "cosmonaute", ou même avec un trachéotomisé, on arrive encore à nouer un contact avec les yeux, ou les mains », renchérit Geneviève Hans, qui intervient régulièrement au centre hospitalier de Mulhouse.
De gauche à droite, les bénévoles Geneviève Hans, Jacqueline Ehret, Suzanne Klein et Nelly Ségur-Fantino. Photo EBRA/L'Alsace/Vincent Voegtlin
« Vous, au moins, vous m’écoutez »
Florilège de phrases déchirantes cent fois entendues par les quatre femmes : « Je ne sers plus à rien », « Pourquoi suis-je encore là ? » « Mes enfants ne viennent plus, ils ont leur vie… » « C’est dur de mourir, vous savez. » Tout cela a de quoi vriller le cœur, mais il y a aussi d’autres phrases, comme « Vous, au moins, vous m’écoutez », « Vous êtes un ange », « Merci », « Je vous aime ! »…
« J’ai l’impression de recevoir bien plus que je donne, résume Nelly Ségur-Fantino, bénévole du côté de Cernay (Haut-Rhin). En fait, on leur apporte un peu de vie et des couleurs, avec nos vêtements civils au milieu du blanc ou du bleu des hôpitaux et des Ehpad. »
Depuis quelques semaines, les bénévoles de Jalmalv doivent par ailleurs composer avec la toute nouvelle loi sur la fin de vie – « une loi légitime, reprend Suzanne Klein, qui ne changera rien à nos accompagnements, y compris quand la personne demandera à bénéficier d’un suicide assisté, mais les critères d’accès sont si restrictifs, que nous craignons qu’elle entraîne de nombreuses désillusions ». Tout le contraire de l’action de Jalmalv.
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