TEMOIGNAGES. "J'ai découvert son engagement dans la Résistance" : le passé de leur grand-mère déportée à Auschwitz refait surface après des décennies de silence grâce à des archives inédites
l'essentiel Pendant des décennies, le parcours de Jeanine Frydman, résistante et survivante d'Auschwitz, est resté presque inconnu de ses propres descendants. Grâce aux recherches menées par le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation de Toulouse, Georges et Myriam Flechner redécouvrent aujourd'hui une histoire familiale que le traumatisme avait réduite au silence.
Dans la famille Flechner, la transmission de la mémoire n'a pas eu lieu. Une absence d'autant plus douloureuse qu'elle plonge ses racines dans les traumatismes de la déportation. Sans récit familial, les descendants grandissent avec des zones d'ombre. Mais, parfois, le passé finit par refaire surface. Georges et Myriam, aujourd'hui âgés de 39 et 34 ans, ont toujours su que leurs grands-parents paternels avaient été déportés à Auschwitz et en étaient revenus. Pour le reste, le silence dominait. Leur père comme leur tante, aujourdhui décédés, évoquaient rarement le sort de leurs parents.
"Nos deux grands-parents ont été déportés à Auschwitz. Ils en sont revenus, mais profondément traumatisés. Ils n'ont pratiquement jamais parlé de cette période à leurs enfants ni au reste de la famille, ce qui a empêché toute transmission. Notre père et notre tante eux-mêmes étaient mentalement abîmés par cette histoire", raconte Myriam.
La redécouverte d'une grand-mère
En 2021, un appel du musée départemental de la Résistance et de la Déportation de Toulouse vient bouleverser cette histoire familiale. L'établissement les informe avoir retrouvé des éléments inédits sur le parcours de leur grand-mère, Jeanine (Henia) Frydman.
À la suite de plusieurs années de recherches menées autour du fonds Schulz-Frydman, Claire Léger, régisseuse des collections, avec l'historien Tal Bruttmann, spécialiste de la Shoah et de l'antisémitisme, et Karen Taïeb, archiviste au Mémorial de la Shoah, est parvenue à retracer le parcours de seize résistants juifs survivants de la Shoah, dont Jeanine Frydman. Leur histoire est aujourd'hui racontée dans une remarquable exposition présentée au musée.
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"J'ai découvert son engagement dans la Résistance, son rôle dans la collecte de témoignages, ses poèmes… Nous ne savions rien de tout cela. J'ignorais aussi qu'elle avait confié autant d'archives au musée, qu'il existait un entretien avec un psychiatre américain ou encore des photographies. Même ses décorations, la Légion d'honneur et l'Ordre national du Mérite, je ne les connaissais que de nom", confie Myriam, qui n'a jamais connu sa grand-mère, décédée trois ans avant sa naissance. Comme son frère Georges, elle s'est plongée avec passion dans ses écrits.
Ce silence familial est d'autant plus frappant que Jeanine Frydman avait consacré une partie de son énergie, dès son retour des camps, à préserver la mémoire des déportés. Avec le résistant Paul Schulz, lui aussi survivant d'Auschwitz, elle constitue un fonds d'archives confié au musée en 1977. Il rassemble des témoignages rédigés dans les semaines et les mois qui suivent la libération du camp : des récits écrits "à chaud", qui traduisent la volonté immédiate des survivants de comprendre, documenter et transmettre ce qu'ils venaient de vivre.
Transmettre à son tour
"C'est très bouleversant. On ressent une immense fierté, mais aussi un profond manque en réalisant que nous connaissions si peu de choses sur son parcours. Maintenant que nous découvrons tout cela, nous avons encore plus envie de transmettre cette histoire à notre tour, de ne pas laisser le silence s'installer une nouvelle fois", souligne Georges.
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Désormais dépositaires d'une histoire familiale un peu moins lacunaire, Georges et Myriam souhaitent poursuivre leurs recherches. "Avec notre cousin, nous essayons de rassembler toutes les pièces du puzzle. C'est un véritable devoir de mémoire : combler ce vide pour ne pas transmettre, à notre tour, une histoire inachevée."