Trois premiers romans qui disent la violence du monde

Trois premiers romans qui disent la violence du monde

Ajouter aux sources préférées sur Google Mort, humiliations, peur, inceste, traditions qui emprisonnent : la violence est partout dans « C’était ça ou mourir », « Tuer le vieux » et « L’Âge de déplaire », trois premiers romans marquants de cette rentrée littéraire.

D’abord C’était ça ou mourirde Thélyson Orélien (Grasset, 21,50 €). C’est LE roman dont tout le monde parle, présent sur presque toutes les listes des prix (il vient de recevoir le prix Première Plume du Furet du Nord, en collaboration avec La Voix du Nord) de cette rentrée. Et pour cause : il est impressionnant.

Thélyson Orélien.
Thélyson Orélien. - Photo J.-F. Paga
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Par l’histoire, d’abord. Le périple, fou, presque un film d’aventures tragique, d’un prof qui quitte Haïti, à feu et à sang, pour rejoindre le Canada. La violence, la mort, les humiliations, les drames sont partout. Et pourtant on rit. C’est ça, aussi, qui impressionne, ici. L’humour du héros, qui rend ses épreuves supportables. Et qui donne à ce roman un ton particulier qui fait qu’on ne peut pas le lâcher. Et puis il y a le style. Ample, flamboyant, impressionnant de maîtrise. Aucun doute, c’est un très grand roman.

C’est d’une autre violence qu’il est question dans Tuer le vieux de Daria Marx (Flammarion, 18 €). Et elle nous prend autant aux tripes. Une histoire inspirée de son histoire et de confidences d’autres victimes d’inceste. Alors que l’héroïne s’était décidée à porter plainte contre son grand-père – qui l’agressait sexuellement pendant les vacances que, petite fille, elle passait chez lui –, le rendez-vous est annulé.

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Pour elle, une seule chose reste à faire : le tuer. Elle prend donc le train pour retourner sur le lieu du drame. Et raconte. Le vieux, obsédé par la propreté, maltraitant, sadique, l’heure de la douche… Les parents qui divorcent, le père alcoolique. L’ado solitaire qui commence à vriller. La boulimie, les comportements à risques, les psys qui ne servent à rien. On lit ce roman comme on a l’impression que l’autrice l’a écrit, en apnée, d’une traite, avec rage. Et on en sort rincé, et marqué, autant par le propos que par le style.

Le courage de vivre sa vie

C’est un retour au pays particulier que Fadel vit dans L’Âge de déplaire d’Abibou Diouf (Albin Michel, 19,90 €) : son père est mort. Fadel a quitté le Sénégal pour faire ses études. Il a un boulot à Paris. Une petite amie. Il a sa vie. Avant, l’équilibre subsistait, même si on trouvait qu’il s’était trop occidentalisé. Aujourd’hui, les choses ont changé. Son frère aîné le presse de rentrer pour s’occuper de sa mère. Sa sœur veut le marier… avec la femme qu’elle lui a choisie. On lui explique ce qu’on attend de lui, ce que c’est qu’être un homme.

Abibou Diouf.
Abibou Diouf. - Photo Pascal Ito
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Face à la pression, au devoir, au poids de la tradition, Fadel va-t-il réussir à devenir lui-même, à résister… et donc à déplaire ? On devine qu’Abibou Diouf a mis beaucoup de lui dans ce jeune Sénégalais écartelé entre deux vies, deux cultures, qui n’est lui nulle part. D’où l’urgence que l’on sent d’écrire cette histoire. Il le fait avec sensibilité et nous questionne sur la liberté et le courage qu’il faut, parfois, pour vivre sa vie.

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