Trump espère sauver ses « midterms » en trahissant les Ukrainiens
Donald Trump a fait scandale en permettant à la Russie d’exporter du diesel sous sanctions, et en exigeant un changement de leadership à Kiev après les critiques ukrainiennes. L’Europe soutient Volodymyr Zelensky sous pression américaine.
Une nouvelle fois, Donald Trump poignarde l’Ukraine dans le dos. Et il le fait dans l’espoir que ça l’aidera à ne pas perdre les élections de mi-mandat aux États-Unis dans trois semaines.
Les dirigeants ukrainiens ont le sentiment d’être tombés dans un piège, comme lors de la célèbre rencontre orageuse de Volodymyr Zelensky et de Donald Trump dans le bureau ovale de la Maison Blanche, l’an dernier. Cette fois, le traquenard s’est déroulé sur trois jours, et a détruit le peu de confiance qui avait été reconstruit entre le président ukrainien et les États-Unis.
A l’arrivée, Donald Trump fait un cadeau à Vladimir Poutine qui va recevoir des centaines de millions de dollars grâce à un accord avec Washington sur le diesel ; il fait porter à l’Ukraine la responsabilité de l’absence de négociations Kiev-Moscou, mais aussi de la hausse des prix mondiaux de l’énergie ; et il exige le remplacement de Zelensky à la tête de l’Ukraine, une ingérence décomplexée dans les affaires d’un pays souverain.
Hier, Trump a tenté de corriger le tir en annonçant un accord des Russes et des Ukrainiens pour ne plus s’attaquer aux infrastructures énergétiques – aussitôt démenti par Zekensky, très remonté.
L’explication de cette crise est double. Il y a bien sûr la complaisance constante de Donald Trump vis-à-vis de la Russie de Poutine, en partie provoquée par le rêve de « deals » économiques qui constituent le moteur de l’actuelle politique étrangère américaine.
Mais il y a surtout le bourbier dans lequel se trouve Donald Trump depuis sa décision fatidique d’attaquer l’Iran, une guerre qu’il n’arrive ni à gagner, ni à s’en extraire, et qui s’étend désormais à la péninsule arabique théoriquement sous protection américaine.
L’impact politique est considérable, avec le retour de l’inflation aux États-Unis, dont il rend désormais l’Ukraine responsable avec ses attaques de drones contre des raffineries de pétrole russes, plutôt que d’admettre que les prix de l’énergie ont crevé le plafond depuis l’attaque de l’Iran en février.
Cette lâcheté politique n’a rien de surprenant - sauf qu’elle se manifeste ici aux dépens des Ukrainiens au moment où ils subissent les pires assauts russes depuis le début de cette guerre il y quatre ans et demi.
Trump veut priver l’Ukraine de l’une de ses ripostes possibles en l’empêchant d’attaquer les cibles énergétiques en territoire russe, là où la Russie s’en prend tous les jours à celles de l’Ukraine. Zelensky s’est dit prêt à un accord réciproque pour ne plus viser ces cibles, mais a besoin de garanties que la réciprocité est réelle.
Le risque est que les États-Unis privent l’Ukraine du renseignement dont elle a besoin pour mener sa guerre, l’aide principale encore apportée par les Américains. Surtout après l’échange acrimonieux entre Trump et Zelensky sur un changement de dirigeant à Kiev exigé par le président américain. Zelensky lui a répondu que c’est aux Ukrainiens de choisir, pas à Trump.
L’Europe a mis le temps à réagir, mais a fini par s’exprimer en faveur de Zelensky. Il était temps, car elle a trop courbé l’échine face à une Amérique qui a perdu la tête. On est ici face à du cynisme à l’état pur de la part de Trump, décidément plus hostile à ses alliés théoriques qu’à ses adversaires supposés, comme on le constate de manière constante depuis sa réélection il y a bientôt deux ans.
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France Inter
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