« Tu ne contrôles plus, c’est le verre qui te contrôle » : deux femmes racontent leur parcours face aux addictions
Pendant longtemps, Sylvie a appelé cela son « petit apéritif ». Un rendez-vous du soir, presque banal. « Tous les soirs, il me fallait mon petit apéritif. C’était devenu un rituel. Une sorte d’antidépresseur », confie la quinquagénaire.
Au début, l’alcool accompagne les moments festifs, la détente après une journée. Puis quelque chose change. « À la fin, cela ne me faisait même plus plaisir. Cela me rendait triste. »
Le déclic survient après l’AVC de sa mère, il y a environ un an et demi. Sylvie pousse alors la porte du Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) de Menton. « Il fallait que je me fasse aider, parce que toute seule, c’était compliqué d’arrêter. Et je savais aussi qu’un arrêt brutal pouvait être dangereux lorsque l’on consomme quotidiennement. »
Bilans, consultations, rendez-vous avec la psychologue : le sevrage se prépare avant de commencer.
Le 10 février, Sylvie arrête de boire. Pas à l’hôpital, mais chez elle. Pendant dix jours, elle bénéficie de visites infirmières quotidiennes, jusqu’à trois fois par jour au début, puis deux. Perfusions pour l’hydratation et les vitamines, traitement médicamenteux, surveillance : ce protocole lui permet de rester dans son environnement tout en étant accompagnée.
« J’étais bien accompagnée ici. Il y a de l’écoute, de la bienveillance, il n’y a pas de jugement. »
Huit mois plus tard, Sylvie assure ne plus avoir bu « une goutte d’alcool ». Les traitements destinés à limiter les envies ont progressivement été réduits, puis arrêtés. Elle a repris le sport et perdu plus de 20 kg. « Je revis », résume-t-elle en souriant.
« Une addiction, ce n’est pas qu’une question de volonté »
Célia Malleck
Pour Claire (*), la cinquantaine, le parcours est différent. Et montre combien les conduites addictives peuvent prendre des formes diverses.
La nourriture a d’abord occupé une place centrale dans sa vie. Il y a quatre ans, elle subit un by-pass et perd 37 kg. Mais ses difficultés ne disparaissent pas pour autant. Elle raconte des épisodes de consommation excessive d’alcool, puis des achats compulsifs. « Une addiction, ce n’est pas qu’une question de volonté. »
Claire connaît le poids du terrain familial et celui des épreuves de la vie, notamment la perte d’un enfant. Depuis environ quatre ans, elle bénéficie d’un suivi à Menton et à Nice, avec des rendez-vous réguliers et un traitement adapté à son évolution.
Elle décrit surtout ce moment où le choix s’efface. « Quand je bois, je ne m’arrête pas à un verre. » Jusqu’à perdre le contrôle de sa consommation. « Tu ne contrôles plus, c’est le verre qui te contrôle. »
C’est précisément cette bascule que les soignants cherchent à repérer : au-delà des quantités consommées, la place que prend l’addiction dans le quotidien et la difficulté à s’arrêter malgré ses conséquences.
Claire, elle, ne parle pas de miracle. Plutôt de vigilance, de travail sur soi et d’un accompagnement dans lequel le patient doit aussi prendre sa part. « Ici, il y a de l’écoute, de la compassion, on ne vous juge pas. Mais il faut être acteur. »
Et commencer par franchir un premier obstacle : « Il faut oser parler. »
« Il y a une vie après »
C’est aussi le message que Sylvie souhaite transmettre à ceux qui hésitent encore à demander de l’aide. Elle les encourage à pousser la porte du CSAPA de Menton.
« Il y a des solutions », insiste-t-elle. Elle sait que le parcours peut être long, parfois marqué par des rechutes. Mais elle refuse d’y voir une fatalité.
« Il faut se dire qu’on peut y arriver, on peut s’en sortir. Il y a une vie après l’alcool, après les drogues, après les addictions. Moi, ça m’a changé la vie, en mieux ! »
(*) Le prénom a été modifié afin de préserver son anonymat.