Ultra-Trail du Mont-Blanc : pourquoi se lancer dans un tel défi ? - RTBF Actus
Ces dix dernières années, la popularité des courses et compétitions n'a fait que grimper en flèche. Une société en quête d'adrénaline et de dépassement de soi fait exploser les compteurs d'inscriptions : Ironman, CrossFit, ultra-endurance, tout y passe. Et les influenceurs s'invitent dans la course : Inoxtag conquiert l'Everest en 2024, le Belge Average Rob relève le défi du Marathon des Sables. Les créateurs de contenu spécialisés dans le challenge sportif se multiplient, et contribuent à démocratiser ces exploits extrêmes, autrefois réservés à une élite d'athlètes.
C'est notamment le cas de l'UTMB, l'Ultra-Trail du Mont-Blanc, la course la plus prestigieuse de la discipline, où s'affrontent les meilleurs coureurs trail de la planète. Sa particularité ? Pros et amateurs s'élancent sur la même ligne de départ, pour affronter le même parcours. Un monstre de 174 km et près de 10 000 mètres de dénivelé positif, qui boucle le tour du Mont-Blanc en traversant l'Italie, la Suisse et la France.
Ça va être intense, ça va être dur. Mais j’ai hâte d’y être.
L'UTMB ne déroge pas à la règle de l'explosion des inscriptions : chaque année, la hausse se confirme, même si pour décrocher un dossard sur la course reine de 174 km, il faut passer l'épreuve du tirage au sort et cumuler des points de qualification. Dans son documentaire, Clément Champiat nous plonge dans les pas de quatre coureurs déterminés à repousser leurs limites.
Ligne de départ de l'UTMB en 2025. © Tous droits réservés
Ruth Croft, en pleine ascension
Ruth Croft, athlète de trail originaire de Nouvelle-Zélande, s'était hissée à la deuxième place du classement féminin de l'UTMB en 2024. Lors du tournage du documentaire en 2025, elle repart à l'assaut du sommet, avec un adversaire de taille sur sa route : l'Américaine Courtney Dauwalter, triple championne de l'épreuve. Un défi colossal pour la Néo-Zélandaise, déterminée à transformer l'essai.
C’est la première fois que je cours contre Courtney. J’ai un énorme respect pour elle. Je pense qu’elle a vraiment repoussé les limites de ce qui est faisable dans le trail féminin.
Ruth Croft et son data scientist. © Tous droits réservés
Pour viser le sommet, Ruth n'a rien laissé au hasard. Autour d'elle, une véritable armée : une entraîneuse physique aux manettes de la musculation, son compagnon en soutien psychologique, un coach qui millimètre sa préparation. Et pour ne rien laisser filer, elle a même embarqué un data scientist dans l'aventure, capable d'éplucher chaque donnée d'entraînement pour traquer la moindre seconde à grappiller.
La spécificité de l'UTMB ? Savoir grimper vite, très vite, dans les montées. Une discipline où Ruth est justement le moins à l'aise. Seule face à la montagne, elle devra donc affronter ses propres démons pour tenir la cadence.
Théo Detienne, la course d'une désillusion
Athlète professionnel, Théo Detienne s'attaque à son premier UTMB en 2025. Après des mois d'entraînement intensif, il vise haut : la première place. Mais son ascension ne se déroule pas comme prévu. Pourtant, il avait pris les commandes du peloton dès les premiers kilomètres — mais plus la course avance, plus la ligne d'arrivée semble s'éloigner.
Le top 10, tu peux l’oublier. Maintenant, tu te dis que tu vas aller au bout. Tu vas terminer la course.
Derrière l'échec sportif se cache souvent un défi invisible : la bataille psychologique. Abandonner en cours de route, c'est bien plus qu'un simple retrait de la course — c'est un an de préparation, de sacrifices et d'espoirs qui s'effondrent en quelques secondes. La déception laisse place à un sentiment d'échec difficile à digérer, parfois à la culpabilité, voire au doute sur sa propre légitimité en tant qu'athlète.
Un DNF (Did Not Finish – n'a pas terminé) n'efface pourtant pas les mois d'efforts fournis. Mais sur le moment, difficile de voir les choses autrement, et le mal-être du sportif n'est jamais loin. En 2025, 33% des coureurs de l'UTMB n'ont pas franchi la ligne d'arrivée. Sur l'instant, ces DNF affrontent seuls leur frustration — mais ils sont loin, très loin, d'être un cas isolé.
Laura & Charlotte, ensemble jusqu'au bout
Laura et Charlotte, deux copines, se lancent ensemble dans l'aventure des 174 km, en simples amatrices. Loin des chronos affûtés des athlètes de haut niveau, elles n'en restent pas moins de vraies warriors. Ensemble, elles encaissent tout ce qu'une telle course peut infliger au corps : fatigue, douleurs musculaires, hypothermie… Mais portées par leur équipe de supporters, les deux amies avancent kilomètre après kilomètre, main dans la main, bien décidées à ne rien lâcher.
Le ravitaillement, c’est le point stratégique. Tout est à disposition, peu importe la demande qu’on a, on l’aura et moi, ça me soulage parce que je suis très stressée psychologiquement. Du coup, ça m’aide.
Laura & Charlotte © Tous droits réservés
Ce que révèle avant tout ce documentaire, c'est qu'on ne s'improvise pas coureur d'ultra-trail. Se lancer sur un objectif aussi extrême que l'UTMB sans préparation ni encadrement professionnel n'est pas qu'une question de performance — c'est une question de sécurité. Suivi médical, entraînement progressif, accompagnement physique et mental : ces étapes ne sont pas des options, mais des étapes indispensables pour éviter que l'aventure ne tourne au drame.
Mais la préparation seule ne fait pas tout. Sur le terrain, un autre acteur s'avère tout aussi décisif : les supporters. Masse de bras qui applaudissent, visages familiers à un ravitaillement, mots d'encouragement glissés dans le creux de l'oreille à 3h du matin — ce soutien humain fait souvent la différence entre l'abandon et la ligne d'arrivée. La preuve que même dans l'effort le plus solitaire, on ne franchit jamais vraiment la ligne d'arrivée seul.
Ne manquez pas le documentaire Ultra-trail du Mont-Blanc, la course de leur vie ce mardi 25 août à 20h05 sur RTBF Tipik et en streaming sur RTBF Auvio.