Un an après la loi, l’interdiction de fumer sur les plages est-elle bien acceptée à Nice ? On est allé vérifier
Savez-vous qu’il est interdit de fumer sur la plage ? À cette question, ces deux jeunes touristes de la région parisienne répondent par des regards étonnés et des mines interrogatives. « On n’était pas du tout au courant, lâche finalement Jade, la vingtaine, en écrasant vite fait sa cigarette sur un galet de la plage publique du Castel. Il y a de plus en plus d’espaces publics interdits à la cigarette, ce n’est pas surprenant. Mais pour moi, c’était plutôt devant les écoles, dans les parcs autour des aires de jeux. À la plage, il y a du vent, c’était pas forcément gênant. Même si je peux comprendre que ça dérange les familles ». Sa copine éteint aussi sa clope. La troisième, qui vapote à côté, peut en revanche continuer : la cigarette électronique ne fait pas partie de l’interdiction. L’amende est de 135 euros en cas de verbalisation.
Depuis le 1er juillet 2025, il est interdit de fumer sur toutes les plages publiques de France. L’objectif est avant tout de protéger les enfants (et aussi de réduire la pollution des mégots). À Nice, c’était déjà le cas sur l’ensemble des plages et des jardins publics depuis 2024. La capitale azuréenne fait partie des pionnières dans les restrictions du tabagisme : elle a ouvert en 2012 sa première plage sans tabac, celle du Centenaire.
« Les autres n’ont pas à supporter ma fumée »
Un peu plus loin sur la promenade des Anglais, près de la plage de l’Opéra, on croise Peter, jeune touriste hongrois, une cigarette à la main. Il est bien au courant de la mesure : « Oui, je sais que c’est interdit, c’est pour ça que je fume ici. Je pense que c’est bien : les autres n’ont pas à supporter ma fumée ». Les amis anglais et hongrois qui l’accompagnent, non-fumeurs, sont partagés sur la question. Oui pour protéger les enfants mais « on sait que c’est une addiction, il faudrait un espace pour les fumeurs. Pas forcément sur la plage mais à côté ».
Photo : Dylan Meiffret / Nice-matin
À l’ombre d’un palmier, toujours sur la Prom’, Hans, un vacancier suisse, fume aussi. « Cette interdiction est logique : fumer, ce n’est pas bon pour la santé. Regardez : ensuite j’écrase ici ma cigarette et je jette mon mégot ». Un emplacement spécial est en effet prévu sur des poubelles.
« Ce n’est pas agréable d’avoir autour de soi cette odeur de cigarette »
Rémi acquiesce quand on parle de l’interdiction, et désigne du doigt un mégot coincé entre deux galets : « La meilleure raison, elle est là. Les gens ne respectent pas et ce n’est pas très agréable. C’est polluant ». Ce quadragénaire venu de la région parisienne en vacances est un ancien fumeur. « Je fumais sur la plage, oui. Et ma réponse serait peut-être différente si je n’avais pas arrêté… Mais je trouve que ça a toujours été une bonne idée de l’interdire dans les lieux publics. Cette odeur de cigarette autour de soi, ce n’est pas agréable… »
Farah, la soixantaine, niçoise, est elle aussi une ancienne fumeuse : « C’est génial de ne pas avoir de cigarettes. Si un gosse marche pieds nus et qu’il y a une cigarette mal éteinte, il peut se brûler. Une plage propre, c’est aussi plus sympa. On est les uns à côté des autres, on respire la cigarette, on est fumeur indirectement ». Fumeuse, est-ce qu’elle y prêtait attention ? « En toute sincérité, non, je ne m’en rendais pas compte ».
« Bonne évolution de la société »
Au terme d’une belle promenade sur les galets, le constat est celui-ci : on a remarqué quelques cigarettes électroniques seulement et pas beaucoup de mégots abandonnés. En partant, on croise une famille de vacanciers avec des enfants en bas âge. Sidy, le père, fumeur, a l’étincelle quand on lui parle de l’interdiction : « Ah, c’est pour ça que je ne voyais personne fumer. »
« C’est une excellente mesure, d’abord parce que les plages sont fréquentées par de jeunes enfants, abonde Abby, la maman. Ils n’ont pas à respirer des fumées toxiques. C’est moins de pollution aussi car les fumeurs peuvent jeter leurs mégots qui finissent à la mer. » Le papa confirme : « C’est un pas pour l’écologie ». Fumeur, est-il frustré ? « Non pas du tout, on s’écarte, on va plus loin. Ça fait partie de la bonne évolution de la société ».