Ce que l’on sait de la mort d’un ex-professeur de Cambridge mêlé à un scandale de plagiat

Ce que l’on sait de la mort d’un ex-professeur de Cambridge mêlé à un scandale de plagiat

International 15/08/2026 12:29 Actualisé le 15/08/2026 13:09

Jason Arday, professeur charismatique de l’université britannique, a été retrouvé mort à Londres vendredi. Il avait 41 ans.

Par Vincent Gibert avec AFP

Devant le Jesus College de l’université de Cambridge, dans l’est de l’Angleterre, le 15 août 2026.

BROOK MITCHELL / AFP

Devant le Jesus College de l’université de Cambridge, dans l’est de l’Angleterre, le 15 août 2026.

La prestigieuse université de Cambridge, en Angleterre, vit des heures tourmentées. L’un de ses anciens professeurs, Jason Arday, qui se trouvait au cœur d’un retentissant scandale de plagiat marqué par des accusations de racisme, a été retrouvé mort vendredi 14 août.

Face aux doutes qui s’accumulaient sur ses travaux mais aussi sur ses affirmations concernant son parcours jusque-là considéré comme modèle, ce Britannique de 41 ans avait démissionné le 5 août de l’université britannique, dont il était devenu en 2023 le plus jeune professeur noir.

Très médiatisée, la nomination de cet enseignant charismatique aux origines modestes avait tourné ces dernières semaines en une affaire de plus en plus embarrassante pour la réputation de l’institution, et était devenue un symbole pour la presse de droite et une partie du monde universitaire des errements provoqués par les politiques de diversité.

Voici ce que l’on sait de ce scandale, et de la mort de Jason Arday.

· Comment est né le scandale autour de Jason Arday

L’affaire a éclaté lorsque certains universitaires et des articles de presse ont accusé Jason Arday d’avoir plagié des passages de sa thèse de doctorat en sciences de l’éducation. Ces accusations ont été initialement formulées par un chercheur américain, Nathan Cofnas, lui-même renvoyé de Cambridge en 2024 après avoir été accusé de racisme. Les allégations ont été exploitées par les journaux britanniques de droite et certains commentateurs, qui affirment qu’il a indûment tiré profit des politiques de diversité, d’égalité et d’inclusion.

· Ce que l’on sait de sa mort

La police de Londres a indiqué que ses agents avaient constaté vendredi la mort d’un homme de 41 ans, dont l’identité n’a pas été précisée, dans un bâtiment du quartier de Battersea. L’université de Cambridge a ensuite confirmé sa mort, dont les circonstances restent à ce stade inconnues. « Pour l’heure, son décès est considéré comme inattendu, mais n’est pas jugé suspect », a indiqué un porte-parole de la police.

· Qui était Jason Arday

Si l’on retrace brièvement sa vie, Jason Arday a d’abord travaillé comme professeur de sport, avant d’obtenir son doctorat dans une université de Liverpool. Il est ensuite devenu professeur associé à l’université de Durham, puis professeur de sociologie de l’éducation à l’université de Glasgow, indique la BBC. C’est ensuite qu’il a été recruté par l’université de Cambridge, à l’âge de 37 ans, à un poste de professeur de sociologie de l’éducation au sein du Jesus College - une faculté de l’université.

Un poste qu’il a donc quitté après le début de l’« ignoble campagne » le visant, selon les mots employés par Cambridge, qui avait pris sa défense et avait fini par ouvrir une enquête. Dans une lettre diffusée en ligne début août, Jason Arday avait expliqué que sa démission était « la seule façon » de mettre fin à une « période difficile », tout en assurant que cette décision ne devait pas être « interprétée à tort comme une acceptation des récits qui ont circulé à [son] sujet ».

Plusieurs journaux ont publié des enquêtes sur lui. Outre ses travaux, certaines de ses affirmations concernant son parcours ont été contestées, notamment qu’il aurait couru 30 marathons en 35 jours et collecté des millions de livres sterling pour des œuvres caritatives ou encore les difficultés surmontées dans son enfance.

Jason Arday raconte dans ses mémoires publiées il y a seulement quelques jours que, diagnostiqué autiste enfant et atteint d’un retard global du développement, il n’a parlé qu’à 11 ans et appris à lire et écrire qu’à 18 ans. Des affirmations contredites toutefois par plusieurs personnes de sa connaissance interrogées par le New York Times, qui expliquent que Jason Arday avait certes un retard mais pouvait s’exprimer. Des experts du retard de langage également contactées par le quotidien disent n’avoir jamais rencontré ce cas de figure.

Dans un entretien accordé au Times en août, il reconnaissait avoir commis des « erreurs » sur le plan académique mais assurait qu’on le présentait à tort comme « un menteur, un mythomane et un fraudeur universitaire ». Il estimait estimé que la « campagne » visant à l’évincer était « motivée par des considérations raciales ».

· Les réactions après sa mort

« Jason a été la cible d’une campagne de harcèlement continu pendant plus de trois ans après avoir accepté son poste de professeur », a dénoncé sa famille dans un communiqué diffusé par son éditeur Simon & Schuster. « Cette campagne de désinformation a été insupportable pour Jason, qui était un homme doux et qui a toujours voulu voir le meilleur en chacun », a-t-elle ajouté.

À Cambridge et plus généralement dans le monde universitaire, le cas Arday a divisé. L’administratrice en chef de l’université, la vice-chancelière Deborah Prentice, s’est dite « profondément attristée » par la mort de son ancien professeur, dans un communiqué. Elle avait qualifié jeudi d’« aberration » le cas de cet enseignant, promettant une enquête « indépendante » sur cette affaire qui entache la réputation de l’une des plus prestigieuses universités du monde, tout en insistant sur le fait qu’il ne devrait pas être utilisé « pour jeter le discrédit » sur d’autres universitaires issus de minorités ethniques.

« Jason Arday a été victime d’une campagne de dénigrement pernicieuse que d’autres dans sa situation n’auraient pas subie », a dénoncé de son côté le maire de Londres Sadiq Khan, voyant dans sa mort « une tragédie » mais aussi « un signal d’alarme pour nous tous ».

Le Premier ministre britannique Andy Burnham a lui réagi ce samedi 15 août, déplorant « une tragédie ». « Ce n’est pas le moment de tirer des conclusions hâtives. C’est le moment de la réflexion, dirais-je : réfléchir à la manière dont on en est arrivé là », a-t-il ajouté.