Un journaliste congolais "accuse la Belgique de laisser la violence de Kinshasa s'implanter ici"
"Jeudi dernier, j'ai été convoqué par le comité R (renseignement), ils m'ont dit que j'avais été placé au niveau 4 de la menace. Le niveau le plus élevé. Parallèlement, ils m'ont demandé de signer un document dans lequel je m'engage à ne plus critiquer le gouvernement congolais. J'ai refusé", explique Claude Pero Luwara, journaliste congolais, victime en un an de trois agressions violentes en Belgique.
La dernière s'est déroulée le 3 septembre 2026, en plein après-midi, sur la Grand-Place de Tirlemont. "Je ne les ai pas vus arriver. Il y a eu un choc et un bruit terrible", explique-t-il en montrant la tonsure autour de la plaie à l'arrière de la tête. "Ils m'ont attaqué avec un marteau. J'ai été roué de coups."
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"C'est une tentative de meurtre", intervient son avocat Me Deswaef. "Elle fait suite à deux agressions, la première à Tirlemont, il y a un an, la deuxième à Louvain-la-Neuve. La première a abouti à une enquête, des arrestations et un jugement devant un tribunal correctionnel. On sait que les prévenus se sont partagé 5 000 euros pour cette agression. Ils n'ont pas voulu lâcher le nom du commanditaire, mais le juge a retenu un mobile politique pour cette agression d'un journaliste critique du pouvoir à Kinshasa."
Un journaliste qui a obtenu le statut de réfugié en Belgique, une voix critique pour le pouvoir congolais, un mobile politique retenu par la justice belge et, aujourd'hui, un niveau 4 de menace qui signifie que celle-ci est "sérieuse et imminente", selon l'Ocam (l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace). Et pourtant, "pas la moindre sécurité accordée à M. Luwara", s'étonnent en chœur les avocats Bernard Maingain et Alexis Deswaef, par ailleurs président de la Fédération internationale des droits humains (FIDH). "Du surréalisme à la belge", continue Me Deswaef qui insiste sur le "manque de réaction de la Belgique. On peut déposer des plaintes, mais ces plaintes ne protégeront pas M. Pero."
"Il y avait sept types autour de moi": un journaliste congolais, dont la tête est mise à prix à Kinshasa, violemment agressé en BelgiqueLe "J'accuse" de Pero Luwara
Le journaliste congolais, connu pour son ton acerbe et ses analyses au vitriol sur le régime du président Félix Tshisekedi n'hésite pas à lancer un "j'accuse". "J'accuse la Belgique de laxisme et de laisser-aller éhontés qui frisent la complicité dans cette entreprise criminelle d'exportation de la violence sur son sol par Kinshasa. Comment expliquer autrement l'absence de réaction du Royaume de Belgique face à ces actes criminels menés ici par Kinshasa ?"
Il pointe particulièrement le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR) et celui des Affaire étrangères Maxime Prévot (Les Engagés). Le chef de la diplomatie belge, qui a publié la semaine dernière un message sur "X" en compagnie du président congolais, vantant "un partenariat RDC-Belgique (qui) repose sur des fondations solides", était en partance ce lundi pour l'Assemblée générale des Nations unies à New York. Il a expliqué à La Libre avoir appris "avec consternation la nouvelle attaque contre Pero Luwara, réfugié congolais en Belgique. Cette agression est intolérable et j'espère que les auteurs pourront être identifiés et appréhendés rapidement. Toute forme de violence – qu'elle soit liée à des motivations politiques ou non – doit être rejetée. La protection de la diaspora congolaise est un sujet d'intérêt commun que je compte aborder avec les autorités congolaises dans l'attente des résultats de l'enquête".
Du côté du ministre de l'Intérieur, lui aussi en déplacement, ses services invitent à contacter le Centre national de crise (NCCN) "qui dépend du ministre et qui suit cela de près, tout comme la justice puisque des plaintes ont été déposées".
"Des corps ont été enfouis, je les ai vus de mes yeux" : Félix Tshisekedi ciblé par un dépôt de plainte à la Cour pénale internationaleAu DAP, le service de protection de la police, deux sources s'étonnent de "l'absence de mise en place d'un service de protection face à un niveau 4". Au NCCN, on tempère, "il n'y a pas d'automatisme, tous les dossiers sont étudiés au cas par cas", avant d'expliquer : "On ne communique jamais sur un dossier personnel". Une manière élégante pour le ministre de l'Intérieur de renvoyer la patate chaude au NCCN en sachant que celui-ci ne pourrait donner aucune information ?
Enquêtes à venir ?
Me Maingain, lui, insiste sur l'attitude des membres du Comité R qui ont "fortement conseillé" à Pero Luwara "d'arrêter son métier et de cesser de critiquer le gouvernement congolais. Qui sont-ils ces agents pour tenter de priver un journaliste de sa liberté de critiquer un gouvernement ou un régime ?". L'avocat prône "une démarche officielle au gouvernement belge pour ouvrir une enquête disciplinaire approfondie et au besoin tenir des poursuites à l'encontre des fonctionnaires du renseignement ou de la police qui ont conseillé à M. Luwara de changer d'attitude. La Belgique doit mettre les moyens pour protéger ce journaliste. On le fait pour des magistrats, des hommes politiques, on doit le faire pour M. Luwara". Le journaliste congolais, lui, interroge : "Aurais-je été traité de la même manière si j'avais été Belge ? Si j'avais été blanc ?"
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