"Un modèle qui arrive à un tournant": faut-il repenser le système des pompiers volontaires?

"Un modèle qui arrive à un tournant": faut-il repenser le système des pompiers volontaires?

Publié aujourd'hui à 07h08

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Une inscription "burn-out" sur un camion de sapeurs-pompiers, au centre de secours de Clermont-Ferrand, le 8 septembre 2026.

Une inscription "burn-out" sur un camion de sapeurs-pompiers, au centre de secours de Clermont-Ferrand, le 8 septembre 2026. - MAXIME FRAISSE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Les pompiers ont entamé cette semaine un mouvement de grève, après un été marqué par les incendies. Les syndicats de pompiers demandent l'embauche de 21.000 professionnels, dans un secteur où près de 80% des effectifs sont des volontaires. Certaines casernes peinent aujourd'hui à recruter de nouveaux membres, ou du moins à garder ceux en poste.

Huit syndicats de pompiers professionnels ont appelé à une mobilisation nationale depuis ce mardi 8 septembre et jusqu’au 20 octobre au minimum. Ils demandent des moyens financiers, humains et matériels supplémentaires et dénoncent un système à bout de souffle qui "ne peut plus continuer ainsi", selon les mots de Laurent Guilloteau, représentant syndical CGT des SDIS.

D'autant plus que ce système repose en grande partie sur des volontaires, qui représentent aujourd'hui près de 78% des effectifs totaux des sapeurs-pompiers. Que ce soit sur le front des violents incendies qui ont ravagé le territoire cet été que tout au long de l'année sur une vaste palette d'interventions, plus de 200.000 hommes et femmes exercent des missions de pompiers en complément de leur activité professionnelle. Nombreux sont ceux qui ont même posé des congés pour combattre les flammes.

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"On a répondu présent cet été, mais c'est vrai qu'on est sursollicités et quand il y a des événements exceptionnels qui deviennent de plus en plus fréquents, ça peut poser question sur la pérennité du système", reconnaît auprès de BFM Tom Burggraeve, pompier dans le Nord et secrétaire général adjoint du Syndicat national des sapeurs-pompiers volontaires (SNSPV).

Si les effectifs de pompiers volontaires sont relativement stables ces dernières années, une baisse de 25% de leur nombre pour 100.000 habitants a été observée en 52 ans. Surtout, ils font face à une hausse importante du nombre d'interventions: +35% en vingt ans. Et le vieillissement de la population additionné aux conséquences du changement climatique pourraient aggraver la tendance.

"On a un modèle qui arrive à un tournant", concède Pauline Born, maîtresse de conférences à l'université de Rouen-Normandie.

Une "sursollicitation des pompiers volontaires" qui peut les décourager

Cette situation entraîne une hausse du temps moyen d'arrivée des secours: +20% entre 2013 et 2025. Surtout, elle a pour conséquence "une sursollicitation des pompiers volontaires", afin de garantir la continuité du service public, explique Laurent Guilloteau de la CGT. Conséquence: dans de nombreux départements, "un nombre d'heures minimal ou des objectifs de gardes ou d’astreintes à réaliser sont imposés aux pompiers volontaires", explique Pauline Born.

"Ce n'est parfois pas compatible avec leur vie professionnelle ou personnelle", ajoute-t-elle.

"Avant, les volontaires avaient des astreintes, qui sont le cœur de notre métier. Maintenant, ils ont des gardes: on fait le boulot des professionnels", déplore ainsi Tom Burggraeve, qui précise que "81% des centres de secours ne fonctionnent qu'avec des volontaires". Le pompier du Nord dénonce par ailleurs une "invisibilisation" des agents volontaires, qui n'ont pas été reçus au ministère de l'Intérieur ce mardi, contrairement aux organisations syndicales de pompiers professionnels.

"Tous ceux qui s'engagent le font dans une vraie volonté altruiste, mais quand ils voient les contraintes, ils sont découragés", explique Pauline Born, qui cite, par exemple, la formation initiale des pompiers volontaires qui dure une trentaine de jours. "Beaucoup doivent donc poser des jours de congé ou y passer leurs week-ends".

Appel à la "professionnalisation" du métier

Les sapeurs-pompiers volontaires "coûtent moins cher: pas de charges sociales ou patronales... Nos employeurs les adorent, mais ce sont 200.000 personnes dont on ne peut pas garantir la disponibilité", note Laurent Guilloteau, de la CGT.

Sur des feux de forêt qui durent comme cet été, "les pompiers sont stationnés pendant plusieurs jours d'affilée, on ne peut plus reposer que sur des volontaires", abonde la chercheuse Pauline Born.

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L'intersyndicale réclame ainsi l'embauche de 21.000 professionnels, un nombre calculé sur la base d'un rapport de l'Inspection générale de l'administration de 2025, autant de postes aujourd'hui occupés par des pompiers volontaires. Outre la disponibilité, l'objectif est également de favoriser l'accumulation d'expérience, plus difficile à bâtir pour des volontaires, chez lesquels "il y a un énorme turnover". "Il n'y a pas tant un problème d'effectifs que de fidélisation: certains ne restent que quelques mois, quelques années voire quelques jours donc il y a constamment besoin de les former", explique Pauline Born.

Si la plupart des pays européens reposent, comme la France, sur le volontariat, certains comme l'Espagne ou le Royaume-Uni ont fait le choix de s’appuyer davantage sur les pompiers professionnels, qui représentent plus de la moitié des effectifs.

Préserver la complémentarité

Pour autant, les syndicats de sapeurs-pompiers professionnels l'assurent: ils ne se mobilisent pas contre le volontariat. "Ils se battent aussi pour que ce modèle, fondé sur la complémentarité entre sapeurs-pompiers professionnels et sapeurs-pompiers volontaires, puisse continuer d’exister", affirme la CFDT. "Notre modèle ne pourrait pas conserver son niveau de proximité territoriale sans l’engagement de dizaines de milliers de volontaires", soutient le syndicat.

En effet, "en agglomération, on ne manque pas de volontaires", explique Tom Burggraeve du Syndicat national des sapeurs-pompiers volontaires. Les professionnels sont, en effet, essentiellement basés en ville. À l'inverse, la présence de volontaires est primordiale en zone rurale puisqu'il n'y a pas assez de besoins pour y stationner un centre avec des professionnels à plein temps toute l'année.

À cet égard, Tom Burggraeve déplore la fermeture de nombreux centres de secours ces dernières années, entraînant une hausse du temps d'intervention mais également une nouvelle contrainte pour les volontaires. "Certains ne veulent pas aller dans les grosses casernes plus éloignées", explique-t-il.

"Simplifier la vie" des volontaires

Pour la spécialiste Pauline Born, là réside tout l'enjeu: pour rendre le volontariat chez les pompiers attractif, "il faut moins de contraintes". "Il faut alléger l'engagement sinon plus personne ne pourra", affirme-t-elle. "Parfois, cet engagement leur coûte plus cher que s'ils n'étaient pas pompiers volontaires", poursuit-elle, citant par exemple le besoin de trouver une garde pour leurs enfants. Elle appelle donc à leur "simplifier la vie".

"Nous sommes 80% des effectifs mais seulement 20% des budgets", rappelle ainsi Tom Burggraeve, qui demande au gouvernement "des moyens". S'il reconnaît que les pompiers volontaires "ne sont pas des travailleurs", il estime toutefois nécessaire d'a minima "revaloriser les indemnisations" pour que celles-ci soient "au moins indexées sur l'inflation" et "qu'elles soient les mêmes à l'échelle nationale". De la même manière, le Syndicat national des sapeurs-pompiers volontaires demande une meilleure "reconnaissance" des trimestres de majoration pour la retraite.

Pour autant, dans ses travaux de recherche, Pauline Born a constaté qu'en début d'engagement, seuls 3% des pompiers volontaires disent être intéressés par la rémunération. "Certains ne savaient même pas qu'ils seraient indemnisés", commente-t-elle. Pour elle comme pour les représentants de la profession, l'enjeu est le "recentrage des missions". "Beaucoup de nos interventions ne sont pas liées à notre cœur de métier et sont faites pour compenser d'autres services publics", explique à ce titre Laurent Guilloteau.

Par exemple, la fermeture d'un établissement de soins pousse les pompiers à parcourir plus de kilomètres pour y amener un patient. "Faire des heures de route aller-retour pour remplacer les ambulances privées, ce n'est pas possible pour les volontaires en zone rurale", déplore Tom Burggraeve.

Vers des "engagements différenciés"?

"Les missions des sapeurs-pompiers sont tellement diversifiées (...), mais si on les recentre, peut-être qu'on n’aura pas besoin de recruter tant que ça", affirme ainsi Pauline Born, ajoutant qu'il faudra bien toutefois trouver qui se chargera de ces missions.

Pour alléger le quotidien des pompiers volontaires, la chercheuse explique que de plus en plus de SDIS développent ce qu'ils appellent des "engagements différenciés". Ceux-ci permettent aux volontaires de suivre uniquement certains modules la formation et donc de n'intervenir que sur les missions correspondantes, "réduisant de fait la durée totale de leur formation et le temps à consacrer à leur engagement".

Ce dispositif pourrait être particulièrement utile dans un contexte d'intensification et de multiplication des feux de forêt en raison du changement climatique. Une piste évoquée par Pauline Born serait de permettre à des volontaires de se former uniquement à la lutte contre les incendies de végétation. Selon la spécialiste, cela pourrait servir, par exemple, aux agriculteurs, qui, cet été, ont porté assistance aux soldats du feu sans disposer d'une formation.

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Pour autant, Tom Burggraeve estime "qu'on ne peut pas être un bon sapeur-pompier en venant une fois tous les trois mois". "D'abord c'est un engagement moral, ensuite il faut s'entraîner, partir en intervention régulièrement etc...", affirme-t-il.

Des obstacles au recrutement

Le pompier volontaire appelle néanmoins à "mieux s'adapter au volontariat" afin de "garder ceux qui sont en poste en leur offrant plus de flexibilité", notamment grâce à de meilleures conventions signées avec les entreprises. "Sinon, tant que les gens ont la flamme ça fonctionne, mais à la longue ça peut fatiguer", concède-t-il. "L'engagement dans une vie n'est pas linéaire", insiste-t-il ainsi. D'autant plus qu'il observe qu'aujourd'hui, "les gens sont plus volatils, ils peuvent déménager plus souvent" ou encore qu'ils valorisent davantage leur temps libre.

Pour endiguer cette sorte de "crise des vocations", Pauline Born appelle également à s'intéresser aux "profils qui partent le plus". Pour devenir sapeur-pompier volontaire en France, il faut avoir au moins 16 ans, résider légalement en France et satisfaire à des conditions d'aptitude médicale et physique. Cependant, on observe une forte homogénéité dans les rangs. "Le profil traditionnel, ce sont des hommes plutôt jeunes et plutôt de classe populaire", explique Pauline Born.

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L'an dernier, seules 22% des sapeurs-pompiers de France étaient des femmes. Pour en accueillir davantage, "il y a des mentalités à changer", reconnaît la chercheuse. De la même manière, attirer des profils plus "âgés" ou issus d'autres milieux reste un défi. "Ils n'y trouvent pas toujours leur place malgré leur volonté", indique Pauline Born. De son côté, Tom Burggraeve estime qu'on méconnaît trop les sapeurs-pompiers et plaide pour que l'on "parle du volontariat dans les écoles".

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