« Un politicien de l’espace » : qui est Count Binface, le candidat à la tête de poubelle et principal rival de Nigel Farage ?

« Un politicien de l’espace » : qui est Count Binface, le candidat à la tête de poubelle et principal rival de Nigel Farage ?
Count Binface est toujours affublé d'un casque en forme de poubelle et d'une combinaison métallique.

Count Binface est toujours affublé d'un casque en forme de poubelle et d'une combinaison métallique.

© Temilade Adelaja / REUTERS

Candidat à sa réélection dans la ville de Clacton-On-Sea (Royaume-Uni), le chef du parti d’extrême droite Reform UK, Nigel Farage, a pour seul rival un candidat hors du commun. Il s’agit du « Count Binface » (« Comte Tête-de-poubelle »), qui se présente vêtu d’un casque et d’une cape argentée.

« Un politicien de l’espace », présenté comme « sain d’esprit ». A priori, la description sur X de ce candidat à l’élection législative partielle de Clacton-On-Sea, petite ville balnéaire du sud-est du Royaume-Uni, n’inspire pas vraiment confiance. Son costume non plus, alors que l’individu ne se cesser de se montrer en étant affublé d’une longue cape argentée, d’une tête de poubelle et d’une combinaison métallique. Pourtant, celui qui se fait appeler « Count Binface » (en français, « Comte Tête-de-poubelle ») fait bien figure d’unique rival à Nigel Farage dans cette cité de l’Essex.

Pour comprendre le contexte de cette élection loufoque, revenons une semaine en arrière. Le 7 juillet, le chef du parti d’extrême droite anti-immigration Reform UK a lui-même déclenché ce nouveau scrutin – prévu le 6 août prochain - en démissionnant de son mandat de député, sur fond de scandale financier.

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Sa stratégie est bien réfléchie : en se présentant aussitôt à sa propre réélection, Nigel Farage espère faire confirmer sa légitimité par les urnes, alors qu’il est visé par une enquête du comité parlementaire des normes pour ne pas avoir déclaré des dons lors de la campagne législative de 2024, notamment un leg de 5 millions de livres (environ 5,7 millions d’euros) d’un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies.

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Avec cette enquête, il risquait de perdre son siège de député, mais sa démission permet de suspendre les investigations – qui ne reprendront que s’il est réélu. « Les habitants de Clacton doivent être les juges de mes actions », se défend désormais le candidat, tout en critiquant les autres principaux partis - travaillistes, conservateurs, Verts, libéraux-démocrates et même la formation d’extrême droite Restore Britain - qui ont décidé de boycotter le scrutin.

Pour cause, le Premier ministre britannique démissionnaire Keir Starmer a qualifié la démission de Nigel Farage de « coup désespéré », le chef des Verts Zack Polanski a jugé qu’il s’agissait d’un « cirque », tandis que la dirigeante conservatrice Kemi Badenoch a décrit la course comme « bidon » et accusé l’ex-député de faire une « crise de nerfs ».

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Diverses candidatures à son actif

Ainsi, c’est bien un duel aussi inattendu que cocasse qui attend les quelque 50 000 habitants de Clacton-On-Sea. Derrière le masque en forme de poubelle, se cache en réalité Jonathan « Jon » Harvey, un humoriste et scénariste de 46 ans. Il a notamment écrit pour l’émission satirique « Have I Got News For You » mais également dans la série politique « The Thick of It ».

Il se présente désormais comme un guerrier spatial extraterrestre venu de la planète Sigma IX. À noter qu’avant de devenir officiellement candidat, Count Binface doit encore récolter les signatures d’au moins dix habitants de la circonscription de Clacton-on-Sea. Si ses apparitions ont le mérite de susciter les sourires à chaque élection, Count Binface n’en est pas à son coup d’essai.

Auparavant, l’humoriste se présentait aux scrutins en tant que Lord Buckethead (« Lord Tête-de-seau »), et notamment en 2017 lorsqu’il a affronté l’ex-Première ministre Theresa May, lors des élections générales anticipées. Mais en 2018, à la suite d’une plainte pour atteinte aux droits d’auteur, il a été contraint de se rebaptiser Count Binface.

À la suite de quoi, il s’est notamment présenté face à Boris Johnson aux législatives de 2019, à Sadiq Khan aux élections municipales de Londres en 2021 et 2024, ou encore, face à Rishi Sunak aux législatives de 2024. Plus récemment, il a choisi d’affronter le travailliste Andy Burnham - probable successeur de Keir Starmer au 10 Downing Street - lors de la partielle de Makerfield, dans le nord de l’Angleterre.

Il ne gagnera « probablement pas »

Malgré sa candidature certainement jugée farfelue par le plus grand nombre, Count Binface ne souffre pas d’un manque d’intérêt de la part des médias. Ce 8 juillet, il était par exemple interrogé par la BBC à l’occasion d’une interview lunaire « depuis l’espace ». L’occasion pour le potentiel candidat de dérouler son programme : « déplacer le sèche-mains [dans les toilettes hommes du pub Crown and Treaty à Uxbridge], vers une position plus raisonnable », « nationaliser Adele », le « plafonnement du prix du kebab », ou encore, l’installation d’un « wifi qui fonctionne dans le train ».

Parmi ses autres propositions figurent la construction d’au moins un logement abordable, le renommage de London Bridge en « Phoebe Waller-Bridge » et sa promesse d’obliger les dirigeants de Thames Water (une entreprise chargée de la gestion de l’eau) à « faire un petit plongeon dans la Tamise pour voir si ça leur plaît », en référence aux rejets d’eaux usées dans le fleuve londonien.

Par ailleurs interrogé sur la question de savoir s’il avait une chance de battre Nigel Farage, Count Binface se veut réaliste : « Probablement pas, mais mon rôle est de célébrer et de défendre les merveilles de la démocratie britannique. » Même s’il prétend lancer sa candidature depuis l’espace, le « politicien » garde malgré tout les pieds sur Terre.